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Cinéma


Sur les rails de la corruption


Fränk Grotz


La vie de Tsanko Petrov est réglée comme sa montre,
seul objet de valeur en sa possession, auquel il apporte une attention particulière. Cette montre de la marque Glory, avec une dédicace gravée à l’arrière, lui avait été offerte par son père. Tous les matins, le cheminot, chargé d’entretenir les voies ferrées qui passent à travers son village, veille à ce qu’elle fonctionne à la seconde près. Un jour, en resserrant quelques boulons sur les kilomètres de rails qu’il parcourt tous les jours à pied, il tombe sur une grosse somme d’argent, visiblement tombée d’un train passant par là. Alors que l’actualité bulgare est dominée par un scandale concernant la revente illégale de matériel au sein des chemins de fer, Tsanko décide d’informer les autorités de sa trouvaille.


Quelques minutes plus tard c’est le téléphone de Julia Staykova qui sonne. La responsable du service presse du ministère des Transports sent le danger imminent pour son ministre et met immédiatement sur pied une cérémonie lors de laquelle Tsanko recevra une distinction honorable et une nouvelle montre en guise de récompense. Or, la situation bascule lorsque Julia perd la montre personnelle du cheminot et refuse de prendre ses appels par la suite. Tsanko, décidé à récupérer à tout prix sa Glory, ira même jusqu’à dénoncer le ministère et ses pratiques à la presse. Une décision qui s’avérera lourde de conséquences, au vu du degré de corruption et du manque de scrupules du côté des hauts fonctionnaires.


Après leur excellent premier long-métrage The Lesson (2014), ayant, entre autres, remporté le Grand Prix de l’édition 2015 du Luxembourg City Film Festival, Kristina Grozeva et Petar Valchanov reviennent avec une parabole dressant une fois de plus une image peu tendre de leur pays. Chargé en symbolique, comme la montre en guise de signifiant pour la droiture du personnage principal ou les rails comme image du chemin inéluctable, 
Glory va peut-être un peu loin dans son opposition des extrêmes pour se faire comprendre : l’ouvrier reclus et bégayant face à la professionnelle de la communication munie de deux portables et une équipe prête à réagir à la seconde. 


Toutefois le film intimiste fonctionne à tout moment grâce aux acteurs Margita Gosheva et Stefan Denolyubov, grâce à l’attention portée au petits détails dans la mise en scène, mais aussi parce qu’on sent l’intrigue bien ancrée dans une réalité probablement très proche dans laquelle bon nombre d’ouvriers et de fonctionnaires peu payés sont tentés d’arrondir leurs fins de mois. Dans le classement des pays le plus corrompus de l’Union européenne, établi en 2016 par Transparency International, la Bulgarie arrivait clairement en première place.


En compétition au Luxembourg City Film Festival cette année, où il fût élu meilleur film par l’Association luxembourgeoise de la presse cinématographique, Glory a cette caractéristique des grands films qui est celle d’exprimer des grandes vérités à travers une petite histoire : un film à voir et un duo de réalisateurs certainement à suivre.

On sent l’intrigue bien ancrée dans une réalité probablement très proche dans laquelle bon nombre d’ouvriers et de fonctionnaires peu payés sont tentés d’arrondir leurs fins de mois
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