| Architecture
8 mai 2009
The belly of an architect
Si
on ne peut pas définir une « touche Clemes », un style
incomparable, c’est parce qu’il veut partir de la situation, des besoins, du programme de construction et du contexte
josée hansen
C’est
avec un Sauternes premier grand cru classé Château Guiraud 2005, offert
en guise de vœux de nouvel an 2009, que Jim Clemes a voulu partager la
bonne nouvelle avec ses clients et amis : son bureau vient de
remporter le concours d’architecture pour l’extension et la
restructuration du domaine du Château Guiraud, dans le Bordelais. Leur
projet allie respect de la tradition et du prestige du lieu,
valorisation de la nature environnante et modernité des matériaux. Un
projet rêvé pour Jim Clemes, l’épicurien, qui aime les belles choses et
la bonne chair, trouve normal de soutenir les artistes et qui veut
mettre son architecture au service des gens qui l’habitent, form
follows function. La
première chose que l’on voit en entrant dans le bureau d’architecture
route de Luxembourg à Esch, c’est le présentoir de cartes
postales : les images qu’on y voit ne sont pas ces photos
d’architecture aseptisées que l’on connaît des magazines en papier
glacé, mais des photos très impressionnistes de l’ombre portée d’un
bâtiment, de mauvaises herbes devant un pont, le détail d’un matériau
original, des jeux de lumières à l’intérieur d’une salle de classe – de
la vraie vie, quoi. Le
bureau fête ses 25 ans d’existence cette année, Jim Clemes, qui a fait
ses études à Miami et à Paris en a 52 – et une soixantaine de
collaborateurs de tous horizons. Le mercredi, c’est cantine pour tous,
l’équipe se retrouve au grand complet dans une salle exiguë pour
discuter et manger ensemble. Un moment de convivialité essentiel pour
le travail en équipe et l’échange. Parmi les convives, on rencontre
entre autres Nico Thurm, l’artiste plasticien a des bureaux ici, il est
impliqué dans la conception de certains projets, pour leur aspect
purement visuel – comme pour le viaduc de l’Alzette à Lorentzweiler, où
il a réfléchi en amont à l’intégration élégante de l’énorme
construction dans la nature, ou, actuellement, au futur pont d’entrée à
Belval –, parfois aussi à la conception d’œuvres dans les nouvelles
constructions. « Joie
de vivre et culture » seraient les maîtres mots de Jim Clemes,
lit-on dans une publication du bureau. Maîtres mots qu’on retrouve sans
conteste dans sa manière de concevoir son lieu de travail – les œuvres
d’art luxembourgeoises et africaines s’alignent de manière décomplexée,
comme entreposées, dans chaque salle –, mais aussi son approche des
projets de constructions. Si on ne peut pas définir une « touche
Clemes », un style incomparable, comme il y a le blanc Richard
Meier, la pierre et le verre IM Pei ou les formes organiques à la
Gehry, c’est parce qu’il veut partir de la situation, des besoins, du
programme de construction et du contexte. L’hôtel
Meliã, qui devrait ouvrir ce début mai, place de l’Europe au
Kirchberg, en est un bel exemple : encastré entre les
prestigieuses architectures de Pei (Mudam) et de Portzamparc
(Philharmonie) et les gigantesques verrières du Centre de conférences
(Schemel & Wirtz), le bâtiment n’avait pas beaucoup de place pour
se déployer. Jim Clemes a choisi de répondre en toute modestie :
son bâtiment de sept étages est en monolithe asymétrique à toit plat,
un bloc noir, dont la façade est rythmée par les différents tons de
gris foncé à l’anthracite des plaques de basalte qui l’habillent. Le
bâtiment est élégant et calme, comme un pôle fixe sur une place en
mouvement. C’est à l’intérieur que cet hôtel, qui, avec un peu
plus de vingt millions d’euros disposait d’un budget extrêmement
modeste, dévoile son aspect spectaculaire : les 160 chambres,
surtout celles qui font le coin, offrent des vues impressionnantes, sur
Mudam, son parc, la vieille ville. Les grandes baies vitrées laissent
entrer beaucoup de lumière sans qu’on se sente exposé. Si le mobilier
correspond au standard de la chaîne espagnole – elle possède plus de
300 hôtels dans trente pays –, l’architecte luxembourgeois a néanmoins
insisté pour que chaque chambre soit décorée d’œuvres d’art originales,
créées pour l’occasion. Rien
ne laisse présager que le projet de la gare de Belval-Usines, dont les
formes organiques commencent à être visibles, est du même bureau
d’architecture. Le bâtiment, inspiré d’un ver luisant, est un long
couloir translucide, qui se faufile le long des voies ferrées et
s’élargit là où le flux des voyageurs sera le plus important. Les
membranes qui l’habillent laissent entrer la lumière naturelle le jour
et en font un objet lumineux la nuit. Le lycée Belval, pour lequel le
premier coup de pelle vient d’être donné fin mars, a lui des formes
plus géométriques, les bâtiments formant une sorte d’anneau autour
d’une cour intérieure. Mais Jim Clemes construit aussi le nouveau
bâtiment administratif de La Luxembourgeoise à Leudelange, le nouveau
bâtiment de la Justice de Paix à Esch, l’extension de la Cour des
comptes européenne au Kirchberg, l’extension du Centre François
Baclesse à Esch… D’ailleurs le bureau s’est spécialisé en
infrastructures hospitalières, gériatriques et en écoles, des lieux qui
accueillent « l’être humain fragilisé », comme il l’appelle. Depuis
2004, Jim Clemes travaille également au Mali, à Bamako, où il collabore
avec des intervenants locaux pour la construction de structures de
santé. C’est aussi cela, sa conception de l’architecture : un don,
un geste de générosité, qui améliore la vie de l’homme et son
environnement.
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