| Cinéma
7 juillet
2000
Maudite puberté
Hans-Christian
Schmid adapte Crazy, le bestseller d'un auteur de seize ans, Benjamin
Lebert
Gabrielle Seil
On
a tous eu seize ans. On a tous été follement amoureux d'une
fille ou d'un garçon qui ne voulait rien en savoir. Et alors, on
aurait pu mourir. Surtout de honte et parce qu'on ne comprenait plus rien
au monde ni à ses multiples secrets. À seize ans, on n'est
plus vraiment un enfant et pas encore un adulte. On ne fait que flotter
au gré de ses humeurs et de celles aussi variables des autres. On
est tout le temps comme en suspension. C'est pas un âge plaisant,
l'âge ingrat de la puberté.
Lorsqu'au
printemps 1999, Benjamin Lebert publiait son roman autobiographique Crazy,
il venait d'avoir dix-sept ans. Les médias furent tout de suite
aux aguets. Le public suivit. Plus de deux cent mille exemplaires vendus
en un temps record. Du jour au lendemain, comme une bombe, le jeune auteur
dont la main et la jambe gauches sont atteints de paralysie, ne cessait
de remuer le milieu littéraire allemand. Et parmi les premiers à
s'intéresser aux déboires pubertaires du protagoniste central
de Crazy, il y avait le cinéaste Hans-Christian Schmid. Le réalisateur
reconnu de Nach fünf im Urwald et 23. À peine un mois après
la parution du livre, il aborde l'adaptation cinématographique.
Le tournage commence en plein été. Et voilà maintenant
le résultat.
Une
chose est sûre : Crazy n'est pas du tout - fort heureusement - du
genre American Pie des frères Weitz. Pas de gags tous plus hilarants
les uns que les autres. Pas de pseudo-perversités à la noix.
Pas de fornication avec une grosse tarte aux pommes toutes chaudes. Non,
et quoique que les ingrédients des deux productions soient plus
ou moins identiques (en passant des revues porno et branlements divers
jusqu'au dépucelage...), le respect ne se perd pas. Car Crazy n'est
pas une comédie dopée aux hormones ne dépassant que
rarement le stade anal, mais il s'agit plutôt d'un drame intimiste.
Celui d'un garçon terriblement tourmenté.
D'un
côté, Benjamin (Robert Stadlober, très convaincant)
souhaite que ses nouveaux copains d'internat le traitent normalement, comme
s'il ne souffrait d'aucun handicap.
De
l'autre par contre, il aime souvent invoquer son infériorité
physique pour se dispenser d'une obligation soit pénible, soit difficile.
S'y ajoute qu'il assiste involontairement à l'effondrement brutal
du mariage de ses parents. En plus, il s'amourache pour la première
fois et pour de vrai d'une fille qui s'appelle Malen. Mais c'est pas tout.
La jolie Malen est également convoitée par Janosch (Tom Schilling,
excellent), le meilleur ami et confident de Benjamin. Autant dire que la
vie à seize ans, c'est parfois ultra-compliqué.
À
l'instar des deux réalisations précédentes de Hans-Christian
Schmid, Crazy doit son intensité à l'aptitude de son metteur
en scène à discerner les plus délicats rapports des
émotions et des pensées de ses personnages. Sans jamais forcer
quoi que ce soit, il dépeint aussi bien leur naïveté
que leur malice. Et il le fait avec une sincérité troublante.
On se reconnaît sans peine dans ce qu'il nous raconte. On se sent
à l'aise parmi ses anti-héros si héroïques pourtant.
On n'a jamais le sentiment d'être pris à l'improviste ou pour
un gobe-mouches. C'est que Hans-Christian Schmid se pose et se trouve à
chaque fois au même niveau que le spectateur. Qu'il expose ses histoires
pas commodes d'une manière vertueusement claire et simple. Il en
résulte un effet d'attraction et de fascination irrésistible.
Comme un aimant.
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