| Tzeedee
23 mai 2008
Fly into the sun
En un peu plus d’un quart d’heure, Hal Flavin nous dévoile quelques pièces de son univers en construction
David André
Franchement,
qui aurait cru que ce vent electropop qui souffle depuis quelques
années sur notre continent sèmerait l’une ou l’autre graine dans ce
fertile terreau luxembourgeois plus propice, il est vrai, aux plantes
carnivores hardcore ou metal, voire aux bluettes insipides ? Il
faut dire que sous nos latitudes, à part quelques notables exceptions,
la délicatesse pop est souvent synonyme de mièvrerie ou d’autres
caramels mous qui collent aux dents. Justement, parmi ces exceptions,
on compte Hal Flavin, qui, plus est, aime se parer d’oripeaux électro.
Hal Flavin, dont le premier EP est disponible digitalement
(aujourd’hui, 23 mai) sur le site de leur label Lili is Pi avant de
se retrouver sur les autres plateformes de téléchargement ou sous
support CD. Rebaptisée
Hal Flavin depuis plus de deux ans (l’ancien patronyme ayant été MV
Moussevingt), cette formation inventive s’est plus ou moins stabilisée,
depuis l’arrivée de Mike Koster à la basse, autour du noyau dur formé
par Marc Clement (voix, synthés et machines) et Samuel Reinard
(guitares, machines et voix). La
pochette d’une sobriété exemplaire contraste assez fort avec l’opulence
du contenu. Une opulence parfois démonstrative, qui manque presque de
plomber le fragile équilibre sur lequel s’échafaudent les constructions
de ce trio, notamment sur les deux premiers morceaux. Passée la
première écoute, forcément déceptive, cette impression s’évapore,
heureusement assez vite et les éléments présents s’imbriquent pour
finalement dégager un côté aérien, comme sur le magnifique Uplift, Golgotha
de l’EP qui se dégage directement comme tel. Avec une sublime intro
chiadée, ses arpèges Frippiens et ses discrètes rythmiques sur un lit
de cordes synthétiques du plus bel effet, ce morceau reflète un coté
incontestablement pop et accrocheur. Rock face puise également dans
cette veine aérienne, même si une guitare volontairement incisive se
pose en contrepoint sur des beats appuyés qui accentuent
l’ascension. SPQR
s’ouvre de manière minimaliste et lascive avant s’étoffer peu à peu et
de dévoiler sa structure complexe et surchargée qui, paradoxalement,
s’avère moins convaincante que le début du morceau, avant que le final
bien abouti et un poil excentrique ne remette les pendules à l’heure.
Le morceau d’ouverture Lights
fait sauter à l’oreille la production impeccable (tout au long de l’EP,
il faut bien le dire) qui restitue bien la froideur des programmations
ainsi que l’interprétation mécanique tant de la basse musclée et
slappée que de la guitare tout en saturations princiennes sur
lesquelles se posent le chant très versatile (pureté, technique,
louvoiement, susurrement, cris, tout y passe). Ce morceau, au premier
abord outrancier, se développe et effectue sa mue en sortant de son
cocon froid et métallique par à un nouveau pont aérien, avant de
légitimement de redemander son sceptre Coldfunk. En
un peu plus d’un quart d’heure, Hal Flavin nous dévoile quelques pièces
de son univers en construction. Quatre morceaux qui tentent d’allier
froideur et sensualité, instruments usuels et électroniques, muscles et
intellectualisme, légèreté et gravité, d’où ressort finalement cette
impression d’un groupe, qui comme Icare, cherche à constamment élever
le propos au risque de devoir se retrouver parfois face à face avec
leur condition d’êtres humains faillibles. Give it a try !
Pour plus d’informations et/ou pour télécharger le quatre titres de Hal Flavin : www.lili-is-pi.com, www.myspace.com/halflavin. Le disque sera présenté ce soir, vendredi 23 mai, au festival Screaming Fields of Sonic Love à la Rockhal.
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