CDs Heartbeat Parade et Everwaiting Serenade

Conscientisation vers le haut

d'Lëtzebuerger Land du 02.12.2011

Depuis une dizaine d’années, La Kulturfabrik met à disposition des studios de répétitions à des formations locales. Et ceci, contre loyer et la garantie de ces dernières d’avoir une visibilité et une actualité soutenues. De ce vivier, on peut citer Heartbeat Parade et Everwaiting Serenade qui viennent de sortir tous les deux un EP. Honneur aux premiers nommés. Heartbeat Parade est né des cendres encore chaudes de Defdump, gloire locale s’il en est, où officiait la section rythmique, Felix Faber et Vincent Orianne. À ce duo basse-batterie est venu se joindre le guitariste Vincent Le-Gac. Musicalement, on évolue dans une veine instrumentale, complexe et technique qui laisse poindre des inflexions aussi bien mathrock que hardcore ou même metal, à laquelle viennent s’ajouter des échantillonnages vocaux issus de documentaires ou de journaux télévisés. La teneur de ces samples prend un aspect primordial dans la démarche de Heartbeat Parade car, sciemment choisis, ils reflètent l’indignation face aux dérives d’un manichéisme politique et d’un néolibéralisme chancelant, hypocrite mais toujours sans foi ni loi. Bref, tout ce qui broie et aliène ce qu’il y a d’humain et de noble en tout un chacun…

Ce faisant, le trio paie sa dîme aux phénoménaux From Monument To Masses, regrettés et trop tôt disparus, qui adoptaient une démarche similaire dans la conscientisation indignée et musicale. Pourtant, ce qui différencie Heartbeat Parade de cette influence ombrageuse, c’est l’aspect musical. Ici les grooves et les arrangements sont plus rigides et mécaniques, voire froids comme pour mieux illustrer le combat disproportionné qui a lieu entre le système et l’humain. L’interprétation ne laisse guère de place à l’émotion, celle-ci étant présente par les voix empruntées. Passée une intro-duction jouette aux claviers avec boîte à rythmes, seul moment positiviste de l’EP, on entre dans le vif du sujet avec Les grands et les petits, menaçant à souhait et agrémenté d’un petit riff accrocheur de piano électrique. Morceau, qui alors, va évoluer vers une inexorable catharsis. The destroyer of worlds, dédié au bombardement de Hiroshima, poursuit dans une veine plus lourde avec quelques moments plus relâchés menés par une flûte guillerette. Avec No bailout, morceau qui clôt les débats, Heartbeat Parade continue à jouer aux montagnes russes, alternant chevauchées et accalmies, cependant le calme laisse ici toujours poindre un couteau entre les dents.

Pour ce qui est d’Everwaiting Serenade, le quintet de metalcore mélodique en est à sa troisième sortie discographique avec cet EP six titres intitulé All rise. L’enregistrement a été confié à l’inévitable Charel Stoltz. Ce qui distingue Everwaiting Serenade de beaucoup d’autres groupes dans cette mouvance, c’est cette volonté d’agrémenter leur metalcore d’autres infusions indie, postrock, voire même hiphop. Cette démarche n’est pas sans risques et s’avère être ici à double tranchant.

En effet, les passages hiphop sont de loin les moins convaincants, comme le prouvent Safe’n sound avec Corbi de De Läb en guest, que l’on a déjà connu plus à son avantage (et ce, malgré des parties instrumentales assez inspirées dans le chorus). Même constat pour Submission moves, qui rappelle aussi Limp Bizkit (aie !) dans ses couplets, malgré une approche postmetal proche d’Isis, toute en progression. Par contre, les quatre autres pièces montrent un groupe à son avantage et en pleine possession de ses moyens. Dès l’entame de Trading place qui ouvre l’EP, on retrouve le chant guttural et puissant de Julien Primout, très remonté ainsi que des staccatos de guitares caractéristiques sur un rythme échevelé, avant de déboucher sur une envolée plus lyrique. Le morceau n’est pas terminé que l’impression d’entendre le groupe avoir encore gagné en cohésion et en maîtrise s’installe durablement. Les breaks et les changements de rythmes, rapides et concis, confirment ce constat. Overflow, pièce maîtresse, poursuit dans une veine plus powermetal entre Pantera et Suicidal Tendencies, en usant d’un rythme soutenu et on entend même des velléités mélodiques le temps d’un chorus rassembleur. Puisant dans l’énergie punk pour Inside et ses chœurs de marins, poursuit cette veine plus accessible avec une certaine réussite. Quant au Place in the sun final, il déboule avec assurance, malgré une deuxième voix un rien sucrée.

Plus d’informations : www.heartbeatparade.com et www.myspace.com/everwaitingserenade.
David André
© 2017 d’Lëtzebuerger Land