Chronique de l’urgence

De la vérité scientifique à la désobéissance civile

d'Lëtzebuerger Land du 25.10.2019

Un des cofondateurs d’Extinction Rebellion, Roger Hallam, a publié en mai un fascicule intitulé Common sense for the 21st century, dans lequel il détaille la stratégie du mouvement. Seule une rébellion non-violente et massive peut désormais éviter l’effondrement climatique et social, énonce-t-il. Les ONG, les partis politiques et les mouvements réformistes qui ont été partie prenante de « l’échec abject » de ces trente dernières années en prônant des solutions graduelles sont devenus, à ses yeux, « le principal obstacle » empêchant l’indispensable transformation en profondeur de nos sociétés.

La charge est sévère, mais fondée : de fait, ces organisations n’ont pu faire mieux qu’accompagner la poursuite d’un modèle fondé sur l’exploitation illimitée des ressources de la planète, qu’illustre bien l’augmentation de soixante pour cent des émissions de CO2 enregistrée depuis 1990. Il faut, dit-il, renoncer au lobbying et « massivement enfreindre la loi à travers la désobéissance civile non-violente » ; il faut passer « de l’exclusion élitiste à la mobilisation populaire démocratique ».

Ce processus suppose la participation de milliers de gens prêts à des actions telles que les blocages de routes, de moyens de transport ou d’infrastructures, prêts à continuer jour après jour, en maintenant une stricte discipline de non-violence, même face à la répression, et en se concentrant sur les gouvernements plutôt que sur des objectifs intermédiaires. Hallam précise que ces actions peuvent avoir une « atmosphère fun », sachant que la plupart des gens « répondent à ce qui est culturel et festif plutôt qu’à ce qui est politique et solennel ». Cette stratégie doit placer les autorités devant un dilemme : permettre l’occupation quotidienne des rues, ce qui ne fera qu’encourager la mobilisation et saper leur autorité, ou la réprimer, ce qui les expose au risque d’un retour de bâton. À Londres, où XR a rodé ces méthodes, elles ont fonctionné, les personnes arrêtées par la police étant promptement remplacées par d’autres manifestants. Pour qu’un mouvement de masse puisse émerger, il faut un message exprimé dans un « langage culturellement neutre » et le cas échéant des mobilisations distinctes pour accommoder les différentes sensibilités. Hallam prend soin aussi de recommander de faire très attention au format des assemblées, afin que tous puissent s’y estimer bien accueillis. Enfin, il faut un « plan post-révolutionnaire » fondé sur des « assemblées citoyennes » tirées au sort et appelées à prendre le moment venu le relais des parlements, relégués à un rôle consultatif.

La méthode proposée par Roger Hallam fonctionne. Transgressive, conviviale et concrète, la stratégie de désobéissance motivée par l’urgence climatique et fondée sur la participation citoyenne d’Extinction Rebellion lui a permis de lancer une dynamique qui a déjà, indéniablement, changé la donne. Reste au mouvement à se diversifier et à s’amplifier.

Jean Lasar
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