Stéphanie Rollin

Nouvelle héroïne

d'Lëtzebuerger Land vom 09.12.2010

Stéphanie Rollin n’en revient pas elle-même : la presse internationale, les blogs de décoration et de design les plus courus (notamment www.designboom.com), la télévision (CBS, ITV, Stylia)... l’enthousiasme est général pour, « Cocon » la première pièce de design éditée par Superette, sa maison d’édition lancée il y a quelques mois. « C’est inespéré et cela place d’emblée Superette à un niveau international et professionnel, » explique la jeune éditrice de trente ans. Elle revient de la Biennale de design de Saint Étienne, où, dans les allées, elle a entendu plusieurs fois « Ah, c’est toi Superette ! » Le sérieux et la ténacité de la jeune femme a donc payé : elle a décroché un distributeur prestigieux en France, Sentou, et est désormais présente à Luxembourg, chez Smets qui la distribuera aussi en Belgique. « Je tenais à être vendue au Luxembourg ».

Un petit flash-back s’impose sur cette success story dans un univers mal connu au grand-duché : l’édition d’objets et de mobilier design. Un domaine pour lequel il n’existe pas de formation en tant que telle et que Stéphanie Rollin apprend en le faisant. Née à Luxembourg, formée à l’École européenne, cette Franco-Italienne a vécu à Londres, où elle a suivi les cours du Chelsea College of Art and Design, avant de s’installer à Strasbourg où elle décroche un Master en art à l’Université. Pendant ses études, elle crée avec d’autres étudiants en art une galerie d’art associative où sont exposés de jeunes artistes. « C’est là que j’ai pris goût, outre la création pure, à en faire la médiation, la promotion, la production ». Rentrée à Luxembourg en 2006, elle mettra ses compétences au service du Mudam, depuis l’ouverture jusqu’il y a environ un an.

C’est là que l’aventure Superette commence. Et le travail est intense, tant dans le volet administratif (où la création de société se heurte un temps au fait que le terme et le métier de l’édition d’objets ne sont pas connus) que dans la partie créative. Elle trouve un nom, qui sonne féminin, qui se prononce facilement dans plusieurs langues et qui évoque les superhéros (sans se prendre trop au sérieux). Elle trouve surtout un premier objet à éditer. Ce sera le fauteuil « Cocon » dessiné par Les M (Céline Merhand et Anaïs Morel), dont elle a déjà pu voir et apprécier le travail au Mudam. Fusion d’un fauteuil et d’une couette qui donne naissance à un siège de lecture, de repos, de visionnage, cette assise d’hiver correspond parfaitement à l’univers que Superette veut développer. « Des objets décalés et humains qui racontent quelque chose et jouent des références ».

Le travail de l’édition combine divers métiers en un. « La partie la plus enthousiasmante est la recherche de projets » : lectures, voyages, rencontres, c’est en voyant énormément de design, mais aussi d’art, de graphisme... que Stéphanie Rollin forme son goût et son œil. Il lui faut choisir des objets qui correspondent à sa ligne et à son univers, mais aussi qui apportent un petit plus aux personnes qui vont l’utiliser. En règle générale, soit le designer propose un projet existant, sur lequel il planche – c’était le cas pour le Cocon – soit, l’éditeur lui commande spécifiquement une pièce en lui laissant la liberté

Vient ensuite la partie de production, où il s’agit de rendre l’objet commercialisable, pratique, à un prix juste. Pour Cocon, il a fallu faire appel à des ingénieurs pour tester et confirmer la solidité de la structure, choisir la bonne laine, les meilleurs matériaux, le rendre déhoussable, lavable, parfaitement confortable... Stéphanie Rollin a trouvé une entreprise dans la région spécialisée dans la confection de tissus d’ameublement. « Ce sont des contacts extraordinaires avec des passionnés qui mettent leur savoir-faire à notre service. Ils ont beaucoup de choses à nous apprendre. » Parallèlement à la production et au développement des prochaines pièces, il faut également penser à la distribution et à la communication. Dans cet univers du design, la présence sur des foires et salons, des expositions et bien sûr dans la presse est indispensable. Montré pour la première fois à Maison et objet à Paris, Cocon a également été à la Biennale internationale du design de Liège, et à la foire internationale Intérieur à Courtrai, dans le cadre de The Young Designers Fair. Stéphanie Rollin lui cherche des distributeurs en Angleterre, Scandinavie et en Suisse tout en restant attentive aux premières ventes et en planchant sur les futurs objets de la gamme Superette.

Jade Fairbanks
© 2017 d’Lëtzebuerger Land