Technoport Schlassgoart

Soutien innovant

d'Lëtzebuerger Land du 09.12.2010

Dans la panoplie des aides à la création d’entreprises, le projecteur est souvent tourné, à juste titre, sur les soutiens financiers comme les exonérations fiscales ou l’accès au « capital-financement ».

Mais les entrepreneurs apprécient aussi les facilités matérielles qui leur sont proposées « en nature » sous forme de locaux, d’équipements et d’appui intellectuel.

C’est ainsi que s’est affirmé depuis 30 ans le succès des « incubateurs d’entreprises » (appelés aussi couveuses), une sorte de nid douillet permettant aux jeunes pousses de grandir en sécurité avant de prendre leur envol. Il s’agit de structures d’accompagnement de projets de création d’entreprises, destinées à fournir un appui en termes d’hébergement, de conseil et de financement, lors des premières étapes de la vie de l’entreprise.

Dans le cadre de sa politique de soutien aux entreprises innovantes, le Luxembourg s’est doté en 1998 d’une structure de ce type, le Technoport du CRP Henri Tudor, ayant vocation d’accueillir des porteurs de projets d’entreprises innovantes au stade de l’idée et les accompagner jusqu’à la phase de démarrage de l’entreprise Après avoir facilité la création de plus de cinqante entreprises, il est aujourd’hui sur le point de franchir une étape cruciale de son existence.

Au moment de son lancement, l’incubateur n’était qu’un volet d’un projet plus large regroupant sur le site du Schlassgoart à Esch le Laboratoire de technologies industrielles ainsi que différents services d’aide à l’innovation comme le Centre de veille technologique et normative, le Centre de ressources des technologies pour l’environnement, l’organisation SITec, le réseau « PRISME » d’appui aux PME en matière de technologies de l’information, une antenne de Luxinnovation et de Luxembourg Senior Consultants.

Créer un incubateur d’entreprises dans un petit pays comme le Luxembourg tient de la gageure. La modeste taille du marché domestique est en effet propre à dissuader les créateurs même s’ils ne visent pas une vaste clientèle. La logique serait plutôt de s’installer en France ou en Allemagne par exemple, qui regorgent de pépinières, implantées souvent tout près du grand-duché (un important incubateur est actif en Lorraine).

Selon Diego De Biasio, son directeur, la particularité du Technoport est d’avoir joué d’emblée la carte de l’international. Sur les 52 entre­prises créées depuis 1998, quatre à peine ont été créées par des Luxembourgeois (dont deux sont actuellement hébergées). En dehors des ressortissants des pays proches, on trouve représentées les nationalités espagnole, italienne, russe et même indienne et argentine.

La vocation internationale de l’incubateur luxembourgeois se retrouve dans l’activité des entreprises « couvées », qui sont d’autant plus tournées vers l’exportation qu’elles exploitent parfois des niches (scanner industriel, systèmes de protection des données) dont le marché est mondial.

Depuis l’origine, les projets hébergés ont connu un infléchissement assez marqué en direction, ce n’est pas une surprise, des activités liées aux technologies de l’information et de la communication au détriment d’applications davantage orientées vers l’industrie.

En revanche, le profil des entrepreneurs a peu évolué. Il s’agit toujours de personnes ayant une solide formation technique, également dotés d’une bonne expérience (cinq à sept ans) du monde du travail luxembourgeois et ayant détecté des opportunités qui les ont incités à se mettre à leur compte.

Le processus de sélection est sévère. Grâce à sa notoriété dans les milieux économiques (qui s’appuie notamment sur une Newsletter diffusée à 1 500 exemplaires chaque bimestre), le Technoport reçoit environ 70 demandes par an.

À peu près la moitié des dossiers sont éliminés après un premier tri, en raison de leur inéligibilité aux critères : le projet doit être réellement innovant et avoir une dimension technologique (ce qui exclut, par exemple, de nombreuses activités dans les services).

Environ 35 dossiers par an sont retenus pour le programme d’encadrement dit « pré-commercial ». C’est l’incubation stricto sensu : elle comprend notamment la réalisation d’une étude de faisabilité et la finalisation d’un « business plan ». Pendant une durée de quatre à six mois, l’entrepreneur bénéficie d’un coaching individualisé et d’une infrastructure de bureau gratuite.

À son terme seules trois ou quatre entreprises entreront dans la phase d’hébergement proprement dite. Concrètement elle se traduit par le fait que l’entreprise occupe une partie des 1 000 mètres carrés de locaux et bénéficie du soutien matériel et intellectuel du Technoport pour assurer sa pérennité. C’est le programme « Start-Up », qui « vise à offrir les meilleures conditions de développement initial à l’entreprise en la localisant dans un environnement professionnel en termes de services, réseaux de partenaires et infrastructures informatique et bureautique ».

La phase d’hébergement dure en moyenne quatre ans. Actuellement 13 entreprises en bénéficient. Chaque année, deux ou trois « prennent leur envol », de sorte que l’effectif hébergé reste stable.

C’est l’intérêt du Technoport de faire tourner les « pensionnaires » pour libérer de la place et du temps pour de nouveaux venus (le taux d’occupation des locaux est de 85 pour cent). C’est aussi l’intérêt des entreprises de quitter la structure aussitôt leur avenir assuré car le fait d’être hébergé dans un incubateur, s’il est bien vu pour une entreprise en démarrage, l’est moins pour une société active depuis trois ou quatre ans : question de crédibilité.

Après son départ, l’entreprise a encore accès au programme « croissance », phase pendant laquelle elle bénéficie de services adaptés à sa situation : ainsi le Technoport facilite son introduction dans des « réseaux entrepreneuriaux » propres à lui procurer des opportunités d’affaires au niveau local et international.

Le Technoport est une structure légère qui ne compte au total que cinq permanents, mais il peut s’appuyer sur les ressources humaines du CRP Henri-Tudor et peut ponctuellement (avec l’accord de l’entrepreneur hébergé) faire appel aux compétences de consultants extérieurs.

Les entreprises ayant bénéficié de l’appui du Technoport représentent aujour­d’hui plus de 200 emplois directs. Cela paraît peu, même à l’échelle du Luxembourg, mais il faut considérer qu’il s’agit d’emplois hautement qualifiés, potentiellement générateurs de nombreux emplois induits. Malgré la crise, l’année 2009 a été plutôt favorable avec 45 emplois créés et 10,2 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Toutefois, l’hébergement par le Technoport n’est pas une garantie de pérennité. Sur les quelque 40 entreprises ayant pris leur envol depuis 1998, près de la moitié n’existent plus. Cinq d’entre elles ont été rachetées (dont quatre par des groupes étrangers) en raison de l’intérêt de leurs projets, mais 18 autres n’ont plus d’activité. Ce chiffre apparemment élevé doit être relativisé par deux constats. Il s’agit d’abord d’un taux de survie bien supérieur à ce que l’on constate habituellement. D’autre part, sept d’entre elles faisaient partie du lot des huit entreprises acceptées en 2001, dont le développement a été entravé par la mauvaise conjoncture des années suivantes et qui n’ont « pas fait de vieux os » après leur prise d’envol.

Le Technoport se trouve aujourd’hui à un tournant de sa jeune histoire.

2011 verra en effet la fusion, envi­sagée depuis plusieurs années, du Technoport avec les centres Ecostart de Foetz (voir encadré). À l’image des entreprises qu’il héberge, le Technoport est ainsi appelé à prendre son envol en quittant le giron du Centre de recherche public Henri-Tudor (avec lequel une collaboration étroite sera néanmoins maintenue) tout en accédant à une nouvelle phase de son développement.

La nouvelle structure, dont le nom n’est pas encore fixé, sera une société anonyme à capital majoritairement public mais avec vocation à s’ouvrir de plus en plus aux investisseurs privés. Elle s’installera en avril 2011 dans la future Cité des sciences, de la recherche et de l’innovation de Belval-Ouest et mettra l’accent sur la dimension internatio­nale. Tout en développant son rôle d’incubateur, qui, on l’a vu, profite surtout à des entrepreneurs d’origine étrangère, elle aura aussi vocation à accueillir les entreprises étrangères souhaitant s’installer au Luxem­bourg comme base d’accès aux grands marchés voisins.

On reconnaît bien là les orientations déjà prises par les entités partenaires, qui pourront grâce à leur regroupement développer des synergies et jouir d’une meilleure visibilité.

Georges Canto
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