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Nest, Boston Dynamics, Deepmind : que trame Google ?

d'Lëtzebuerger Land du 31.01.2014

En quelques semaines, Google a aligné trois acquisitions majeures dans le domaine de la domotique, de la robotique et de l’intelligence artificielle, pour un montant sans doute pas très éloigné de 4 milliards de dollars. Pour 3,2 milliards de dollars, il a mis la main sur Nest, qui produit des alarmes anti-incendie et des thermostats intelligents connectés à Internet. A la mi-janvier, il a déboursé un montant non précisé pour Boston Dynamics, champion de la robotique connu notamment pour son engin quadrupède baptisé Cheetah qui court à la vitesse ébourrifante de 46 km/h. Cette semaine, c’est au tour de la société londonienne d’intelligence artificielle Deepmind, pour un prix estimé entre 400 et 500 millions de dollars. Que mijote Google ? Faut-il se réjouir d’avancées décisives qui

viendront enrichir l’expérience vécue par ceux qui utilisent ses produits et services ? Ou faut-il se méfier comme de la peste de ce que l’entreprise de Mountain View risque de nous concocter en intégrant des appareils intelligents et des algorithmes avancés d’intelligence artificielle à sa force de frappe inégalée en matière de recherche en ligne, de services Internet ou encore de systèmes d’exploitation mobiles ?

Tant du fait des sommes déboursées que de la logique commune à ces acquisitions, celles-ci semblent correspondre à une stratégie mûrement réfléchie en haut lieu chez Google. Pour autant, faute d’explications détaillées, on en est réduit à spéculer sur les intentions du géant californien, en scrutant ses axes de recherche connus tout comme les actifs acquis.

Dans le cas de Deepmind, un détail de la transaction fait tiquer. Google a dû s’engager, à la demande expresse de Deepmind, à mettre en place un Conseil d’éthique qui déterminera ce que Google est autorisé à mettre en œuvre en matière d’intelligence artificielle issue des recherche de la start-up londonienne.

Deepmind n’a encore commercialisé aucun produit, mais l’entreprise, créée en 2010 par le neurologue Demis Hassabis et d’autres, aurait mis au point un type d’intelligence artificielle différent par nature de ceux développés jusqu’ici, fondés sur des scripts pré-établis, en ce qu’il recourt, paradoxalement, à des algorithmes moins sophistiqués, mais s’appuie sur des ressources en réseau plus importantes pour développer d’authentiques aptitudes d’apprentissage et de reconnaissance de motifs, davantage comparables à celles des humains. Un réseau neuronal mis au point par Deepmind aurait ainsi été en mesure d’apprendre à jouer à Breakout, un jeu Atari. Ce type d’apprentissage est décrit par les spécialistes comme du « deep learning ».

Boston Dynamics, qui développe des robots pour l’armée américaine, n’est pas la première acquisition de Google en matière de robotique, ce qui a fait dire au New York Times que la firme « étend sa ménagerie de robots » . Cet effort est conduit chez Google par Andy Rubin, qui a été à l’origine d’Android, le système d’exploitation pour mobiles dont le symbole est un robot vert.

Nest, dont les objets permettent par exemple de contrôler à distance la température de son logement depuis une application smartphone, a comme Deepmind été créé en 2010. Ses produits semblent pouvoir s’intégrer parfaitement aux efforts de Google en direction des « wearables », ces objets connectés dont l’exemple le plus connu, même s’il n’en est qu’à ses débuts, est Google Glass.

Tout cela indique que Google s’est engagé dans une course effrénée pour commercialiser dans un avenir relativement proche des objets et des services dont l’impact sur les utilisateurs sera exponentiellement plus immédiat et plus intense, mais aussi davantage susceptible de les contrôler. La clause éthique imposée par les dirigeants de Deepmind suggère toutefois que sur cette trajectoire, les frontières du socialement ou moralement acceptable seront sans doute plus vite atteintes qu’on n’ose l’imaginer aujourd’hui.

Jean Lasar
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