WikiLeaks

Little sister is watching you too !

d'Lëtzebuerger Land vom 09.12.2010

Les psychiatres ont donc suspendu leur grêve du rêve, les généralistes celle de la crêve et les cardiologues celle de la sêve. Grâce à leur abnégation, vous avez donc échappé entre autres au « patient de verre », ce patient qu’un ministre trop zêlé voulait rendre transparent en étalant ses moindres bobos dans un dossier électronique à la portée du premier flic venu.

Vous n’échapperez pas, cependant, au « diplomate de verre », grâce au zêle de Wikileaks, qui tarde cependant à révéler les quelque 138 documents relatifs au Luxembourg, à l’exception d’une dépêche qui relate le passage au Luxembourg et les propos presque philoaméricains d’un ancien détenu de Guantanamo. Nous devons donc attendre le mois de janvier pour que le Luxem-bourg soit « put on the map » et pour apprendre que Juncker est un fumiste et ne boit plus seulement du petit lait depuis que Sarko l’a dans le collimateur, qu’Asselborn pédale dans la choucroute, que la Grande-Duchesse adore jouer au yo-yo pendant que son Monseigneur de mari n’inaugure plus que des chrysanthèmes, que le ministre de l’Économie ne se prend pas au sérieux depuis qu’il n’a plus prise sur la barre du voilier gouvernemental et que, tiraillé entre les élans réformistes de ses camarades socialos et la voracité des patrons, il est obligé de reculer à la voile et à la vapeur, que le ministre de la Santé souffre de la maladie du rire et pleurer spasmodiques, et j’en passe et des pires.

Bref, le quidam luxembourgeois devra patienter jusqu’à l’année prochaine pour s’apercevoir, par le trou de la serrure d’une porte qui n’a jamais été fermée, que le roi est nu. Car enfin, qu’avons-nous appris à travers ces quelque 250 000 documents, volés par un soldat yankee trompant son ennui en Irak, recelés par un jeune Australien soupçonné de pédophilie, passés au crible par cinq journaux prestigieux ? Qu’Angela Merkel n’a guère le physique de sa compatriote Claudia Schiffer, que Sarkozy a la folie des grandeurs bling-bling et que les Arabes n’ont jamais aimé les Perses !

Orwell nous a prévenu que « Big Brother is watching you », mais, désormais, la petite sœur rend la pareille à son grand frère. Dans une famille, les secrets sont le plus souvent vides et mis en scène dans des symptômes névrotiques ou, pire, psychotiques. La perte de l’intimité du vécu, le vol et le devinement de la pensée, l’écho halluciné de ses propres idées, les voix forcloses qui reviennent du dehors, voilà autant de symptômes révélateurs de folie. Trop de transparence tue la transparence et le cercle de la nation a besoin, comme celui de la famille, sinon de secret, du moins de mystère et de jardin secret. À bon écouteur, salut !

Yvan
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