Chronique Internet

Comment reconnaître un twitterbot ?

d'Lëtzebuerger Land du 09.06.2017

Twitter devenant l’arène privilégiée des affrontements idéologiques et politiques, il est tentant pour les personnes de s’y afficher avec une armée de « followers » prêts à propager tous azimuts leurs gazouillis. Et naturellement, ce sont des armées de robots qui font désormais le travail : des robots générés eux-mêmes de manière plus ou moins automatique et obéissant à des algorithmes sophistiqués d’agitprop, les
« twitterbots ». Des entreprises spécialisées vendent du « follower », facturés au millier. La pratique concerne aussi les marques et les célébrités.

Par défaut, Twitter affiche un ovale comme image de profil de ses utilisateurs, et c’est à cet ovale (« egghead ») qu’on a pendant quelque temps pu soupçonner, sinon identifier de manière univoque, un utilisateur d’être un tel robot. Ces derniers temps, la génération de « twitterbots » s’est quelque peu sophistiquée et la tête d’œuf n’est plus vraiment un indice probant (encore que quelques programmeurs de bots s’avèrent toujours trop paresseux pour prévoir des images différentes pour chacun de leurs comptes de bots et que l’on peut alors les reconnaître à l’image de profil qu’ils ont en commun). D’un autre côté, ceux qui étudient les listes de « followers », leurs statistiques, leur historique et le contenu de leurs tweets ont eux aussi fait des progrès, analysant en détail le fonctionnement de la micromessagerie et peaufinant leurs critères d’identification. Cela commence par leur nom (« handle »), qui semble souvent avoir été généré de manière automatique. Un autre signe est un nombre anormalement élevé de personnes suivies par rapport à celui des « followers ». Il y a ensuite la rapidité de réaction : si un utilisateur répond immédiatement (parfois dans les millisecondes) à un de vos tweets sur un sujet donné et vous suit, c’est qu’il s’agit vraisemblablement d’un bot. Si l’utilisateur a tweeté exactement la même phrase à plusieurs centaines voire milliers d’autres, il y a là aussi de fortes chances qu’il s’agisse d’une machine. Les bots générant eux-mêmes d’autres bots (on parle alors de « botnets »), sur certains sujets particulièrement polémiques, on en arrive à assister à des batailles rangées entre armées de robots.

L’Université d’Indiana a mis au point un produit commercial dénommé « BotOrNot » qui permet d’identifier les twitterbots avec une certaine précision. Certains demandent de Twitter qu’il se montre plus exigeant lors de la création de comptes, mais il n’est pas certain que ce soit dans l’intérêt de l’entreprise, qui bénéficie in fine du trafic ainsi généré. Il y a le fameux exemple du bot @ilduce2016, créé en novembre 2015, qui émettait toutes les quelques heures, sans relâche, une citation de Benito Mussolini et la signait #MakeAmericaGreatAgain. Ce bot accomplit sa mission en février 2016, quand son unique cible, Donald Trump, répercutait un de ses tweets. Certains adversaires de Trump ont écrit des scripts qui répercutent massivement des réponses sarcastiques à ses tweets, les propulsant en bonne place (dans la rubrique des « top tweets ») juste sous le tweet original.

À noter que tous les bots ne sont pas maléfiques : certains émettent des news de manière légitime, sans chercher à se faire passer pour des humains. Ils sont faciles à reconnaître. Ceux qui cherchent à influencer les débats politiques prennent soin en revanche de simuler un caractère humain. Le nombre de followers et leur mode d’acquisition devient lui-même un enjeu politique : la semaine dernière, plusieurs médias américains ont affirmé, sur la base d’un tweet, que @realDonaldTrump était en train d’acquérir de nouveaux followers à raison de « cent bots par minute », soit cinq millions de nouveaux followers en trois jours. Une information démentie par Twitter : L’augmentation n’a été que de trois cent mille nouveaux followers, et elle est comparable à celle d’autres comptes de personnalités en vue sur la même période. Ceci dit, ces nouveaux comptes semblent pour la plupart être… des bots.

Jean Lasar
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