Édito

Relever la tête ? Oui, mais quelle tête ?

d'Lëtzebuerger Land vom 18.01.2019

Cette semaine et la semaine prochaine ont lieu quatre hearings internes des deux candidats à la présidence du CSV devant les délégués, avant le vote samedi prochain 26 janvier au congrès national du parti. C’est la première fois que de tels séances de discussions avec les candidats sont organisées avant un vote que beaucoup considèrent comme crucial pour l’avenir du parti, qui n’en revient toujours pas de se retrouver une deuxième fois d’affilée sur les bancs de l’opposition. Car les deux hommes en lice ne pourraient être plus différents. Le premier, Serge Wilmes, 36 ans, père de deux jeunes enfants, représente toujours le renouveau du parti – bien qu’il siège au parlement depuis huit ans et soit depuis 2017 premier échevin de la capitale. Wilmes fut président de la CSJ et plusieurs fois candidat à des mandats internes, notamment de secrétaire général face à Laurent Zeimet, prônant toujours le rajeunissement et l’ouverture du parti pour enrayer sa perte d’influence (il a notamment milité pour le droit de vote des non-Luxembourgeois aux élections législatives lors de la campagne pour le référendum de 2015, contre la ligne officielle du parti). L’historien de formation a choisi une carrière de politicien professionnel et est réputé être « proche des gens ». Ce journal l’avait appelé « le Xavier Bettel de la droite » pour son entregent et sa propension à chercher le contact avec ses électeurs. Ayant beaucoup de crédit auprès de la direction du parti pour avoir ramené le CSV au pouvoir à Luxembourg-Ville, il refuse toutes les demandes d’entretien des médias avant les hearings, voulant, comme il dit, réserver la primeur aux membres du CSV. Ne plus faire de faux-pas semble être la devise de celui qui s’est publiquement proposé comme homme providentiel dès le lendemain des élections du 14 octobre 2018, dont le CSV est sorti perdant (moins deux sièges et moins 5,37 pour cent par rapport à 2013).

Face à Wilmes, Frank Engel, 43 ans, semble partir d’une position de faiblesse : élu européen depuis 2009, le juriste de formation a entamé sa carrière politique dans sa jeunesse chez les Verts, avant de rejoindre le CSJ et grimper les échelons, puis devenir secrétaire du groupe parlementaire du CSV de 2001 à 2009, travaillant notamment durant une législature avec le très tranchant Michel Wolter comme président. Or, depuis 2009, Engel est député européen et passe son temps à Strasbourg, peu visible au Luxembourg, ce que lui reprochent ses détracteurs internes. C’est pourquoi il milite pour un président à plein temps, ce qu’il serait prêt à faire, estimant mercredi soir à RTL Télé Lëtzebuerg que le CSV risquait de tomber à deux mandats européens lors des élections du 26 mai – en 2014, il s’était classé troisième sur la liste de son parti, derrière Viviane Reding et Georges Bach. Si Engel a toujours été un brin provocateur, il n’hésite pas à s’exprimer en public en amont du vote interne et revendique un CSV fier et offensif, qui s’affiche en « parti d’opposition résolu » qui n’ait pas peur d’affronter ce qu’il appelle vis-à-vis du Land une « véritable OPA de la majorité DP/LSAP/Déi Gréng » sur l’appareil de l’État.

Les deux candidats à la présidence du parti viennent des mouvements contestataires au sein du parti et s’affichent désormais fédérateurs, mais tout les oppose : Wilmes est membre du Dräikinneksgrupp (avec des gens comme Charel Schmit et Pierre Lorang), think tank qui se veut social et promeut le rajeunissement du parti depuis tellement longtemps que leurs tempes ont grisonné. Wilmes a écrit un livre de vulgarisation du parlementarisme, C wéi Crémant (Saint-Paul, 2013). Engel, lui, fut membre du Cercle Joseph Bech (avec le fils de Jacques Santer, Patrick, et Marc Rauchs e.a.), think tank du tournant du siècle promouvant notamment le libéralisme économique et plutôt à droite, ne serait-ce que par son allégeance au Premier ministre du parti de droite que fut Bech. Même si Engel s’offusque désormais vis-à-vis du Land qu’il se situe à mille lieues de la droite dure. Il est européen convaincu et a publié plusieurs livres sur la crise de l’Europe ou l’euro. Si Martine Hansen en présidente du groupe parlementaire et Félix Eischen en tant que secrétaire général (il est le seul candidat à la succession de Laurent Zeimet) sont des figures intégratives, le CSV fixera sa ligne future avec le choix de son président, conciliant ou plus pugnace, modèle Wiseler ou modèle Wolter.

josée hansen
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