Artec Créations

Les deux faces de la médaille

d'Lëtzebuerger Land vom 10.12.2009

Pour certains, il est encore un peu tôt pour penser à la Fête nationale. Ceux qui y recevront une médaille pour les services rendus à leur corps respectifs ne s’en préoccupent pas encore. Ceux qui devront les remettre non plus. Mais à Merscheid, à quelques kilomètres d’Ettelbruck, une demi-douzaine de personnes s’affaire déjà en vue du 23 juin. Parce que les médailles, ils les fabriquent. Et plusieurs heures de travail sont nécessaires pour chacune d’entre elles.

Depuis une quinzaine d’années, la société Artec (une contraction de « art » et « technique ») fournit l’essentiel des 3 000 médailles que les différents ministères distribuent chaque année à différentes personnes en reconnaissance de leurs mérites, sans compter celles de l’armée, des douanes ou des pompiers.

Après un début de carrière dans la construction de machines, Michel Reichert sent sa fibre entrepreneuriale qui le titille et débute la création de sa propre société en 1992. Au départ, il s’agit d’une fonderie d’art, installée dans le garage de la maison. « On faisait tout à la main, avec beaucoup de passion et de sueur », résume-t-il. Malgré quelques succès d’estime, il se rend bien compte que le marché n’est pas suffisant et recherche alors « un secteur moins concurrentiel ».

C’est ainsi qu’il va démarcher le ministère d’État avec deux échantillons de médailles : une de grand-croix et une de commandeur. La qualité et la précision de l’exécution séduisent les responsables, qui lui passent commande. Jusqu’à sa destruction par une grenade au phosphore en décembre 1944, c’était la maison Wunsch de Diekirch qui fabriquait des médailles. Ensuite, les distinctions honorifiques des différents ministères ont été de plus en plus souvent assurées par des firmes étrangères des pays voisins.«

La qualité des médailles et de leur conditionnement s’en est fait beaucoup ressentir, » détaille Michel Rei­chert en montrant deux modèles : en effet celui qui vient de chez Artec n’est pas seulement plus brillant et mieux présenté, la médaille est composée de sept pièces distinctes assemblées entre elles, alors que les autres sont simplement embossées d’un seul tenant.

Voilà qu’en 1996, Artec doit investir dans des machines de précision, dignes de l’horlogerie pour garantir la qualité demandée. Fraisage, tournage, estampage, fabrication des moules, fonderie, émaux, galvanisation et même écrins d’emballage… tout est fait à Merscheid, avec un soin et une précision qui forcent l’admiration.

La première étape est le fraisage pour donner la forme globale de la croix. Les rondelles d’argent (ou de bronze ou de vermeil, selon le grade de la médaille) sont placées dans la machine CNC qui découpe la forme et y façonne les reliefs sur les deux faces. 18 outils différents sont nécessaires pour cette étape. La pièce est ensuite polie à la main pour lui donner un aspect plus doux et gommer les aspérités sur les champs. Ensuite, elle est placée dans un bain de galvanisage qui dépose une couche d’argent ou d’or de quelques microns d’épaisseur : « Nous allons jusqu’à quinze microns, ce qui est 100 fois plus que les modèles de moindre qualité. » La croix va ensuite être émaillée pour obtenir la couleur désirée.

Les pièces du centre de la croix, une bague ainsi qu’une plaquette ronde et une couronne ou un lion sont fabriquées séparément. Dans des moules réalisés par le procédé de la cire perdue l’argent sera coulé pour recevoir des pièces très fine avec beaucoup de perforations comme les lions, les couronnes et monogrammes. Le polissage, la galvanisation et l’émaillage suivent de la même façon que pour la croix.

Enfin, les huit pièces sont assemblées et les rubans sont ajoutés. Actuelle­ment, le tissage des rubans est la seule partie qui n’est pas fabriquée par Artec, qui a cependant développé un étui breveté. L’écrin en bois de hêtre est façonnée de la même façon que les pièces métalliques et une collaboratrice se charge de la recouvrir de tissus, de placer les charnières et le garnissage thermoformé, pour une présentation digne d’un bijou.

Chaque année, ce sont quelque 8 000 médailles et décorations qui sont ainsi produites. Et comme qui peut le plus, peut le moins, Artec n’hésite pas à proposer des boutons de manchettes, des insignes de grades, des boucles de ceinture ou diverses applications en métal, toujours réalisés avec le même soin et la même précision.

Toujours tourné vers l’avenir, Michel Reichert voudrait développer d’autres produits autour de cette mécanique de précision, en un premier temps dans la bijouterie, puis, pourquoi pas, dans le domaine médical, pour la fabrication d’outils ou d’implants.

Jade Fairbanks
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