URL

Adresses courtes, idées longues

d'Lëtzebuerger Land du 17.12.2009

Les URL permettent de situer de manière univoque chaque ressource qui se trouve sur Internet (URL est l’abréviation d’« Uniform Resource Locator »). Il s’agit donc d’un des standards de base du Net. Sa création remonte à 1994. Les intern­autes se sont familiarisés avec les URL lors de leurs premiers pas sur le web, en tapant des adresses de pages du Web dans leur navigateur. Vers 2001, la Toile avait déjà bien grandi et les adresses web que les internautes avaient à manipuler commençaient à être incroyablement nombreuses, longues et indigestes. Lorsque les liens sont excessivement longs, ils deviennent im-possibles à mémoriser et même le copier/coller peut devenir un problème, par exemple en cas de sauts de ligne. C’est alors que naquit l’idée de proposer des services de raccourcissement des URL. Un premier service fut offert en 2002 à l’adresse makeashorterlink.com . Pour prendre un exemple actuel, au lieu d’écrire http://land.lu/site2009/index.php/direct/items/31.html, un lien de 54 caractères, on peut, après l’avoir passé à la moulinette du site TinyURL.com (qui a entre-temps racheté makeashorterlink.com ) se contenter du lien http://tinyurl.com/ybrmbmk, qui ne compte que 26 caractères.

TinyURL a été le pionnier de ce service, mais il a depuis été rejoint par plusieurs douzaines de concurrents. Parmi les plus connus figurent Bit.ly et Tr.im. Les blogs ont beaucoup fait pour les populariser. Mais le réseau de microblogging Twitter, qui limite la taille de ses tweets à 160 caractères, a été le grand accélérateur des services de raccourcissement d’URL. Si un lien a 50 voire 100 ou 150 caractères, il ne reste pas beaucoup de place dans un message Twitter pour commenter. Le succès de Twitter a donc aussi été celui des « URL shorteners ». Au printemps dernier, on apprenait que Bit.ly avait supplanté TinyURL.com sur Twitter, avec un score de 46 pour cent contre 44 pour cent, un résultat de la décision de Twitter d’adopter Bit.ly comme outil de raccourcissement par défaut.

Malgré leur omniprésence, les raccourcisseurs d’URL restent un casse-tête pour les entrepreneurs du Net, qui ont beaucoup de mal à coller sur ce service un modèle d’affaires viable. Malgré l’importance que les adresses courtes peuvent revêtir pour les marchands en ligne par exemple, les tentatives de générer des revenus tangibles grâce à cette activité ont pour l’instant échoué. Différentes méthodes d’encodage ont été testées, certaines visant avant tout la brièveté, d’autres cherchant à accom-pagner l’explosion du nombre de pages du Web, d’autres encore recherchant des adresses courtes mais en même temps lisibles et mémorisables par des humains. Rien n’y a fait : aucun de ces modèles ne semble apte à générer des revenus significatifs. Quid dès lors de la perennité de ces adresses : en l’absence de profits, qui payera à l’avenir pour les connexions Internet et l’espace serveur qui permettent à ces adresses abrégées de fonctionner ?

Dans l’immédiat, deux anecdotes rapportées aux États-Unis témoignent de l’intérêt que continuent de susciter les URL courts. Désireux de relancer son existence en ligne qui s’étio-lait fâcheusement, le Parti républicain a à son tour lancé il y a quelques jours une plateforme de raccourcissement d’URL, gop.am , avec pour slogan « Making long URLs … conservative ». Mal lui en a pris : des farceurs se sont aussitôt emparés du service pour créer et disséminer des adresses abrégées de sites de bondage, auxquels l’acronyme du Grand Old Party se trouvait donc associé. Au point que les administrateurs du site ont dû momentanément suspendre le site, le temps d’effacer du serveur les adresses infamantes.

Et puis, l’incontournable Google s’y est mis. Le géant du Net a choisi un nom de domaine original offrant à la fois identification et brièveté : le service est logé à l’adresse Goo.gl, le suffixe corres-pondant aux noms de domaine du Groenland. Le service est réservé pour l’heure à des produits Google, mais la société de Mountain View aurait l’intention d’en faire un service universellement accessi-ble. Le magazine Wired croit savoir que Facebook envisage lui aussi de créer son propre moulin à URL. Si les géants s’y mettent, les jours des TinyURL.com et Bit.ly sont sans doute comptés.

Jean Lasar
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