Deuxième tour des élections législatives en France

Une victoire, pas un raz-de-marée

d'Lëtzebuerger Land du 23.06.2017

À l’issue du deuxième tour des élections législatives, dimanche 18 juin, La République en marche (LREM) aura bien, à elle seule, la majorité absolue à l’Assemblée nationale : 308 députés sur 577. D’un coup d’un seul, la nouvelle Assemblée va en être rajeunie, féminisée (224 femmes) et renouvelée aux trois quarts, un record. Parmi les nouvelles têtes, le mathématicien vedette Cédric Villani, l’ancienne juge d’instruction Laurence Vichnievsky ou l’ex-patron du Raid Jean-Michel Fauvergue. Emmanuel Macron a donc réussi son deuxième pari et il a désormais les pleins pouvoirs, en ayant fait émerger une nouvelle élite, pour engager les réformes annoncées.

Mais le parti du président ne dépasse finalement pas, avec les 42 élus du MoDem centriste de François Bayrou, les 400 députés que lui prédisaient, au soir du premier tour, les instituts de sondage. Il y aura finalement bien une opposition, ou plutôt des oppositions, à la majorité présidentielle.

Le parti de droite Les Républicains a limité la casse, en dépassant largement la barre des cent députés, et sachant qu’il dispose de la majorité au Sénat, son influence est loin d’être réduite à néant. La gauche de la gauche, de son côté, a réussi la bonne affaire de ce second tour. À elle seule, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon pourra, avec 17 élus, constituer un groupe parlementaire au Palais Bourbon, éventuellement épaulé par les dix députés communistes. Dynamité façon puzzle, le Parti socialiste n’a lui pu faire élire que trente députés, le plus faible résultat de son histoire, suite à quoi son Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a démissionné. Quant au Front national, il aura huit députés dont Marine Le Pen dans la nouvelle Assemblée.

Plusieurs raisons expliquent la victoire moins forte qu’escomptée des macronistes. D’abord, à droite comme à gauche, une partie des Français ne voulait sans doute pas d’un pouvoir sans opposition. Ensuite, l’incompétence de plusieurs candidats LREM, qui avaient pourtant dépassé sans mal les trente pour cent de voix au premier tour, a sauté aux yeux, jusqu’à devenir risible, lors de prestations télévisées complètement ratées devenues virales sur les réseaux sociaux.

Mais ce sont sans doute les projets de réforme du code du travail du gouvernement d’Edouard Philippe qui ont poussé nombre d’électeurs à vouloir muscler l’opposition de gauche. Assouplissement des motifs de licenciements économiques, hausse du seuil à partir duquel un plan social est déclenché, allègement des mesures de reclassement… Le Premier ministre n’a pas même écarté la possibilité que les modalités de rupture du contrat à durée indéterminée (CDI) puissent être négociées entreprise par entreprise.

Le double symbole de la défiance vis-à-vis de ces mesures pourrait être l’élection du journaliste François Ruffin en Picardie, après une campagne locale détonnante, et la défaite à Paris de l’ex-ministre du Travail Myriam El Khomri, incarnation de la loi controversée du quinquennat Hollande. La victoire du réalisateur de Merci Patron !, dans une région sinistrée par la désindustrialisation, soulève l’espoir que la colère des classes populaires ne se déverse pas inéluctablement vers l’extrême droite. En témoigne aussi l’issue du seul duel du pays entre le Front national et La France insoumise, qui avait lieu à Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle : la candidate de gauche l’a emporté à plus de 60 pour cent face à son concurrent frontiste. On notera d’ailleurs que la Lorraine, et le Grand Est en général, contrairement au Nord-Pas-de-Calais, ont totalement échappé au FN, le numéro deux du parti Florian Philippot étant sèchement battu à Forbach, en Moselle.

Pour rappel, si les Français ont confortablement élu Emmanuel Macron face à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, avec 66 pour cent des voix, ils n’avaient été que 24 pour cent à le choisir au premier. Or, la réforme du code du travail divise encore et toujours le pays, à 50/50, selon les instituts de sondage. Si à cela on ajoute un nouveau record d’abstention pour un deuxième tour d’élections législatives, de 57,4 pour cent, on continue à mesurer, scrutin après scrutin, à quel point l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron s’est faite grandement par défaut, sans susciter un enthousiasme excessif des Français. 

Pour autant, il restera essentiellement de cette année 2017 que la « révolution » française dans les urnes n’a pas pris le même tour que celles qui ont marqué en 2016 les deux autres grands pays de tradition libérale : le Brexit, au Royaume-Uni, et l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, aux États-Unis. Le renouvellement incarné par Emmanuel Macron n’est ni réactionnaire, ni xénophobe, ni isolationniste, mais centriste, libéral, entreprenaurial et, surtout, tourné vers le monde.

Emmanuel Defouloy
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