Peinture

Nocturnes de Tina Gillen

d'Lëtzebuerger Land du 25.01.2019

Pour avoir suivi le travail de la peintresse au long de quelque quinze à vingt années, au moment de son énième exposition à la galerie Nosbaum-Reding, à défaut d’avoir compté, ce qu’il faut commencer par relever, c’est une belle continuité. Elle n’exclut pas bien sûr une évolution, dans les sujets ou les thèmes, jusque dans le traitement pictural même. Seulement, il est une démarche qui reste, faite de probité, elle est dans l’attitude face au métier, et si j’en crois le titre de l’exposition, ceux donnés aux peintures, elle va au-delà, attitude qui en explorant les chemins du vent, Windways, prend en compte une problématique majeure de notre temps.

Dans une exposition antérieure, Tina Gillen avait confronté avec des maisons dévastées par des inondations. C’était très concret, pour attirer l’attention sur les changements climatiques. Le vent, aujourd’hui, ses chemins, cheminements, ça l’est moins, et en ce sens convient parfaitement à la manière de la peintresse. Il est là une dématérialisation, en harmonie avec un art qui se situe entre figuration et abstraction. Le réel comme point de départ, pris de suite dans une distanciation, sa représentation étant inscrite directement dans l’image où tels éléments géométriques par exemple ou autres procédés font déviation.

Cette sorte d’entre-deux, de va-et-vient suffirait peut-être à la poésie de cette peinture. Une tension existe de la sorte, elle fait vibrer, fait vivre, cependant ne va jamais jusqu’à faire éclater. Elle est adoucie par le jeu des formes et des couleurs, le raffinement de la matière, elle est retenue par tout ce qui sous-tend l’image, lui donne un contexte, une enveloppe.

Il a été fait allusion plus haut aux titres comme empruntés, poétiquement, à la météorologie, à la climatologie. C’est vrai encore pour Noctilucent, en référence aux nuages noctulescents, ou nuages noctiluques, formations atmosphériques de très haute altitude. Ramenés ici et pris dans une autre dimension, de la peinture justement. L’essentiel est ailleurs, dans le fait qu’ils sont visibles la nuit, celle-ci en est alors illuminée, et dans les meilleurs cas, se fait elle-même illuminatrice. De même dans la peinture de Tina Gillen, dans tels tableaux où le terme de notturno d’un coup n’est plus le propre de la musique. À moins d’y associer reflet et résonance.

Ce sont dès l’entrée de l’exposition les tableaux de plus grand format. Une construction qui sort de l’obscurité, dans une éclatante blancheur. Un paysage ouvert par la traînée d’un nuage luisant, parcouru par ailleurs de lignes blanches qui tendent vers une triangulation. Une maison aux fenêtres faiblement éclairées. On voit cette autre part, de mystère peut-être, que cette peinture comporte. Il en va de même d’un paysage de montagne enneigé avec ses parties d’ombre, parsemé de points, de boutons, comme s’il s’agissait d’une éruption cutanée.

Ils sont une demi-douzaine, les tableaux de grand ou de moyen format. À côté, une bonne dizaine de petits formats qui sont des fois comme des esquisses, les premiers pas dans l’exploration des chemins du vent ou plus exactement d’une hypothèse, d’un projet de peinture. De la sorte, l’exposition fonctionne un peu comme si elle nous emmenait dans l’atelier de l’artiste, Tina Gillen au travail, ou comment le vent de la création, soufflant de plus en plus fort, se met à gagner de l’espace.

L’exposition Windways de Tina Gillen dure jusqu’au 2 mars chez Nosbaum-Reding, rue Wiltheim Luxembourg ; ouvert du mercredi au samedi de 11 à 18 heures ; nosbaumreding.lu.

Lucien Kayser
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