Art contemporain

L’explorateur

d'Lëtzebuerger Land du 06.04.2018

Danny Fox n’est pas Américain mais Anglais. C’est en tant que résident aux USA (il s’est installé en Californie en 2015) que la galerie Zidoun-Bossuyt peut donc l’exposer dans sa série d’artistes d’Outre-Atlantique. Fox a été exposé par la galerie de Sotheby’s aux States et dans une exposition de groupe récemment chez Saatchi à Londres. C’est donc fort de cette aura et de son CV – les peintres autodidactes sont dans l’air du temps – qu’on peut s’intéresser à son travail. En tant que tel, Danny Fox s’appuie essentiellement sur son imaginaire personnel. Originaire de Cornouailles, d’une ville portuaire où il est né au début des années 1980, le « héros » que représentent la majorité de ses toiles chez Zidoun-Bossuyt, est l’explorateur écossais David Livingston.

Le grand-père de Danny Fox, écossais lui aussi, était parti à son tour en Afrique. Cet entrelacs d’histoire familiale avec la « grande Histoire » permet au peintre de rassembler sur une même toile – à la manière de Basquiat, précise la galerie – des signes récurrents : le tracé du Nil, dont la recherche des sources fut la grande affaire de l’explorateur, des chevaux et têtes de cavaliers militaires, car Livingston participa activement à l’impérialisme colonial victorien ou encore des trophées de chasse, comme une tête de lion.

On verra aussi toute une série de portraits de Livingston à différents âges, à la manière statique des prises de vue dans le studio du photographe comme c’était courant au XIXe siècle, qui célébraient la réussite sociale. Danny Fox imagine donc Livingston à différents âges et périodes de sa vie : le jeune missionnaire assis dans un stricte fauteuil à bascule en bois, puis au fil de son ascension (mais amputé d’un pied, ce qui lui arriva dans la vraie vie), dans un confortable fauteuil Chesterfield, etc. La spontanéité du peintre autodidacte se retrouve dans la manière de poser les couleurs en aplats, sur des fonds aux couleurs chaudes de la terre d’Afrique rouge et ocre ou dans des intérieurs à l’occidentale, avec fenêtres esquissées, papier peint et plantes en pot.

De son séjour en Californie, Danny Fox qui est désormais revenu vivre en Grande-Bretagne, ramène des toiles qui ont pour cadre le quartier chaud de LA où il vécut, mais les personnages qui vendent leurs services sexuels pour de la drogue, sont peints en costumes historiques, à la manière des frères Kellogg, célèbres lithographes américains du XIXe siècle dont la diffusion des images – dont celle du fils prodigue que l’on retrouve ici – fut immense. L’histoire donc, sert de canevas, politique, que ce soit celle du colonialisme, du commerce illicite et de l’Amérique de Donald Trump, qui est celle du séjour californien de Fox.

L’exposition Blood spots on apple flesh de Danny Fox, à la galerie Zidoun-Bossuyt, dure encore jusqu’au 28 avril ; ouvert du mardi au vendredi de 10 à 18 heures et le samedi de 11 à 17 heures ; 6, rue Saint-Ulric à Luxembourg-Grund ; www.zidoun-bossuyt.com.

Marianne Brausch
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