Philippe Haziza

Ras la basket, jamais !

d'Lëtzebuerger Land du 10.04.2015

Il est des objets qui peuvent susciter une émotion honnête et véritable, par leur esthétisme, leur histoire ou la madeleine de Proust qu’ils peuvent représenter pour quelqu’un. Cela peut être une voiture de collection, un maillot de football vintage ou une jolie paire de sneakers… Ce sont justement ces trois catégories que Philippe Haziza porte dans son cœur, et tout spécialement la dernière dont il a fait son métier à Luxembourg.

Originaire de Côte d’Azur, le commerçant de 52 ans pose ses valises au Grand Duché et ouvre sa boutique Version Originale rue Chimay en 2012 : « On m’a dit qu’à Luxembourg, les gens qui travaillent bien étaient appréciés et que je devais absolument venir voir ce qu’il s’y passait ». Dont acte. Ce qui le séduit alors : la taille humaine de la ville, sa vie et son rythme à la fois posés et riches, et sa touche résolument cosmopolite. Il se rend vite compte qu’il pourra exercer ici son métier et sa passion. Et cette passion combinée à un professionnalisme évident sont les atouts que Philippe met chaque jour au profit de ses clients. Car au-delà de l’aspect tendance de la sneaker, il aime provoquer cette même émotion qui l’anime, même s’il reste lucide et conscient de son activité commerciale. Cependant, il ne se contente pas de donner la paire désirée dans la bonne taille : il parle, il écoute, il conseille et il observe. Cela lui a d’ailleurs valu un sympathique surnom auprès des autres commerçants du quartier : Celui Qui s’Agenouille Au Pied Du Client. C’est le voisin coiffeur de Philippe qui le lui a dit, on ne peut trouver source plus fiable !

Coté sélection, difficile d’imaginer a priori les trésors auxquels a accès ce fin connaisseur des sneakers. Car monsieur possède les plus hauts niveaux d’accréditation auprès des plus grandes marques comme Puma, Adidas, New Balance… Pour cette dernière d’ailleurs, il est l’un des 45 seuls magasin au monde à proposer la ligne exclusive faite main. Et sur certains modèles, même les États Unis ne font pas le poids : c’est ainsi qu’un client vivant à Seattle et de passage en Europe a fait un détour par le Luxembourg pour voir et s’offrir les dernières nouveautés exclusives disponibles chez Version Originale. L’acteur américain Jeremy Sisto est également venu faire quelques emplettes et témoigner son admiration. « J’ai vu des grand messieurs de quarante ans avoir littéralement la larme à l’œil en voyant la réédition de leur paire de baskets d’enfance ». Commerce et émotion, il faut croire que le couple peut être viable parfois…

Pour être témoin de son expertise, il suffit de demander à Philippe de parler des ses modèles fétiches. La fameuse Air Jordan par exemple : qui eut cru qu’à l’époque, il était interdit de porter des baskets de couleur sur les parquets de la NBA et que Michael Jordan écopait d’une amende à chaque fois qu’il arborait ce modèle révolutionnaire lors d’un match ? Nike s’empressait à chaque fois de régler la dite contravention, mais c’est en se démarquant ainsi que la marque a pu devenir le premier équipementier sportif de l’époque, laissant Adidas sur le carreau. Et n’oublions pas la célèbre Cortez – qui s’apprête d’ailleurs à faire son grand retour dans les mois à venir – qui avait été dessinée à la base pour les jeux olympiques de Munich en 1972, tout comme la SL 72 d’Adidas, que l’on connaitra plus tard comme « la basket de Starsky et Hutch » ! Il y a également la Top Ten d’Adidas, la Diadora que portait Bjorn Borg ou plus récemment la collaboration entre New Balance et le très chic new-yorkais Bergdorf Goodman que Philippe a la chance d’avoir en boutique. Quant à sa madeleine de Proust à lui, elle se prénomme Gazelle OG et est de couleur beige…

Enfin, son inspiration, Philippe Haziza la puise dans la presse spécialisée internationale, les vieux films, le sport et les salons professionnels pointus, comme le regretté Bread & Butter. Une inspiration que l’on retrouvera sans doute dans le shop en ligne qu’il est en train de finaliser et qui augure un avenir toujours plus radieux pour ce solaire chausseur…

Fabien Rodrigues
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