Médicaments psychotropes

Mother's little helper

d'Lëtzebuerger Land du 19.02.2004

« Because you can add more to your life. Shop Now ! » Ou : « We offer the widest range of drugs available and provide access to complimentary online medical consultations. No prescription for: V|agr@ _ Valiu|m| + Xan+a+x ~ .S.oma ( P/n/termin ~ At.|v@n », disent deux des messages choisis au hasard parmi les dizaines reçus ces derniers jours dans notre boîte aux lettres électronique. En ce moment, après les implants mammaires et les allongements de pénis, ce sont les publicités pour les médicaments (psychotropes ou non) qui prévalent dans le pourriel. La vente par Internet de médicaments n'est qu'un des épiphénomènes qui inquiètent le Centre de prévention des toxicomanies (CePT). Il vient de lancer mercredi, une grande campagne de sensibilisation sur les médicaments psychotropes - somnifères, tranquillisants, neuroleptiques, antidépresseurs, psychostimulants anorexigènes, amphétamines - et surtout leurs abus.

 

Le public-cible de la campagne : les consommateurs adultes, les « multiplicateurs », et surtout ...les médecins. Le 13 mars aura ainsi lieu, au Centre hospitalier, un séminaire intitulé Les psychotropes d'aujourd'hui : usages, habitudes, abus, dépendances destiné au corps médical. « Les médecins sont fréquemment confrontés à des demandes pour des prescriptions de psychotropes qu'ils ne suivent pas, » constate le docteur Romain Stein, représentant de l'AMMD dans l'organisation de cette campagne. Campagne qui découle en fait des observations que le CePT faisait lors de ses enquêtes menées entre 1996 et 2000 dans les communes et dans les lycées sur l'usage de drogues illégales, comme le cannabis ou l'ecstasy : chaque étude ayant compris quelques questions sur la corrélation entre usage de drogues et usage de médicaments, la banalisation du recours aux médicaments les a frappés. Au point qu'ils ont fait une ré-analyse des résultats sous cet angle. 

 

Ces chiffres ne se basent certes que sur les déclarations des personnes interrogées. Néanmoins, il est effrayant de constater que treize pour cent des 26-40 ans et 22 pour cent des 41-60 ans ont déjà eu recours à des tranquillisants, catégorie d'âge qui consomme en même temps beaucoup de somnifères (seize pour cent de prévalence). Les psychostimulants par contre sont utilisés souvent par les 17-25 ans. « En règle générale, on constate que la consommation de médicaments psychotropes augmente avec l'âge, note Thérèse Michaelis, directrice du CePT, et plus les gens consomment de ces médicaments, moins ils trouvent cela inquiétant. En plus, il y a une forte corrélation entre l'insatisfaction de leur vie et leur taux de consommation de psychotropes. » Ce qui inquiète le CePT, c'est l'évolution de l'attitude des jeunes, qui reproduisent avec le plus grand naturel, les gestes observés chez leur mère, leur grand-père, sous le slogan : « Une petite pilule et hop, tout s'arrange ! ». « Mother needs something today to calm her down / And though she's not really ill / There's a little yellow pill, » chantaient les Rolling Stones en 1967 déjà.

 

Le ministère de la Santé ne dispose encore que de très peu de chiffres concrets sur la consommation de psychotropes. Une analyse spécifique se basant sur les ordonnances recueillies vient d'être commandée à l'Union des caisses de maladie, jusqu'à présent, seule l'évolution des prescriptions d'antidépresseurs est connue, en évolution constante : 163 882 boîtes en 1998, 170 525 en 1999 et 175 447 en 2000, pour un montant global de quelque cinq millions d'euros. « Des chiffres qu'il faudra analyser avec beaucoup de circonspection, met en garde Romain Stein, les antidépresseurs sont aussi utilisés pour le traitement de la démence par exemple. » Alors que pour d'autres psychotropes, comme les tranquillisants ou les psychostimulants, il n'y a aucune indication chronique à les prescrire.

 

Les recherches ne font que commencer dans ce domaine au Luxembourg. « Nous savons que nos campagnes de sensibilisation n'ont de retombées que dans le moyen et le long terme, constate Thérèse Michaelis. Nous ne voulons pas diaboliser les médicaments psychotropes. Nous aimerions simplement mettre en garde, rappeler qu'ils peuvent être nocifs et rendre dépendant, qu'il faut les utiliser sous prescription médicale. Nous aimerions faire réfléchir par deux fois avant qu'on ait recours aux petites pilules. » Une société idéale irait même jusqu'à soigner les origines du mal-être.

 

Voir aussi notre dossier « Toxicomanies » 

 

josée hansen
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