Anatomicals

Une leçon d’anatomie artistique

d'Lëtzebuerger Land du 15.03.2013

Implantée au Luxembourg depuis un peu plus d’un an, la jeune galerie Bergman Berglind représente non seulement un choix judicieux d’artistes contemporains prometteurs, mais propose aussi de petites expositions rafraîchissantes. L’exposition actuelle Anatomicals regroupe quatre artistes, dont la Luxembourgeoise Justine Blau, qui s’intéressent de près au thème de l’anatomie et qui dissèquent dans leur œuvre le corps humain tout comme le monde dans lequel ce dernier évolue.

La série Anatomie du corps humain (2012) de Justine Blau se compose de collages de petit format de muscles humains en papier découpés et assemblés de façon à rappeler les formes d’un test de Rorschach. Ces collages rouges, entrecoupés du blanc des ligaments, sont complétés d’une planche anatomique intitulée The Female Muscular System qui liste les noms des muscles composant le corps humain féminin. Grâce à la numérotation des muscles figurant dans les œuvres, on comprend vite qu’ils proviennent de cette même planche où la représentation humaine fait défaut. Blau procède ainsi à une réorganisation du corps humain, laissant au spectateur le plaisir de retrouver et d’identifier les différents muscles.

L’artiste américaine Joanne Grüne-Yanoff juxtapose dans ses œuvres des organes humains à des éléments naturels le plus souvent délicats. Ainsi, la sculpture Ribbon Spine (2010) se forme d’une colonne vertébrale entourée de rubans avec des inscriptions et des papillons en papier bleu. Ribbon Spine fait partie de la série Sensitive Objects, dans laquelle figurent aussi une colonne vertébrale enrobée de miel, un intérieur d’oreille (également doté d’écriture, faisant allusion à la fois à l’ouïe et à la parole) ou une cage thoracique entourée de mousse. Ces combinaisons renvoient à un inventaire à la fois poétique et morbide d’un être fragile qui se définit par la nature et son environnement et qui n’en peut être défait.

Valentin Magaro dresse lui aussi un recueil fantastique. À titre d’exemple de son univers imaginaire, la galerie Bergman Berglind a choisi trois dessins au crayon et à l’encre d’un squelette humain. Alors que l’un des trois squelettes semble prendre la fuite, les deux autres portent une sorte de chevelure surdimensionnée sur la tête. À ces deux derniers travaux, l’artiste suisse a ajouté un collage de carreaux, greffé sur le papier à la manière d’une tapisserie ou d’une coulisse de théâtre. Prenant en compte les éléments classiques qui peuplent le travail de Magaro à côté des éléments sortis de la culture populaire (par exemple des sculptures de femmes et des nus) et l’utilisation de la perspective, le crâne et le squelette fonctionnent comme une allusion à la vanité flamande du XVIIe siècle et à la limite dans le temps des êtres vivants.

Finalement, Lois Renner nous renvoit lui aussi à la temporalité de l’être humain : Die Zeit ist ein Mörder. La photographie de 2006 montre un atelier avec une peinture murale au fond et semble à première vue bien cadrée mais anodine. Il en est de même de la deuxième photographie de l’artiste autrichien, Gruft (2006), présentant un lieu similaire. Sur les deux images, on découvre un crâne surdimensionné par rapport à son entourage. En y prêtant plus d’attention, on reconnaît qu’au contraire, le crâne est de taille réelle et que l’atelier doit en conséquence être une construction en miniature. Cette reconstruction de la réalité est dévoilée par certains détails, comme des agrafes au bord droit de Gruft, et brouille les frontières entre mondes réel et fictif. Tout comme Blau, Magaro et Grüne-Yanoff, Renner analyse l’être humain et son environnement et les découpe afin de pouvoir réorganiser les détails à sa propre manière.

Anatomicals montre que le thème du corps humain et de ses différentes composantes est toujours d’une actualité accrue pour les jeunes artistes. Les travaux des quatre artistes se distinguent par leur aspect ludique tout en restant subtils et complexes. Surprenante à plus d’un égard, l’exposition est à ne pas rater pour ceux qui passent dans les alentours de Hollerich.

L’exposition Anatomicals est à voir jusqu’au 23 mars à la galerie Bergman Berglind Contemporary Art, située au 49, rue Baudouin à Luxembourg‐Hollerich et ouverte du mardi au vendredi de midi à 19 heures et les samedis de 11 à 17 heures ; www.bergmanberglind.com.
Florence Thurmes
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