Portrait Claude Haagen, nouveau président du LSAP

De rabbelkäppege Ries

d'Lëtzebuerger Land vom 04.04.2014

« On ne peut pas tout regarder par les lunettes des finances (...). Un budget équilibré ne peut pas être une fin en soi, l’atteindre n’est pas la solution à tous les problèmes. C’est la politique qui doit donner le ton », lança un Claude Haagen qui se voulait combatif et volontariste à la fin d’une longue matinée de congrès national ronronnant à Ettelbruck dimanche. En jeans et veston, le nouveau président du LSAP se montrait même presque malicieux en enchaînant : « Aux gens de McKinsey, je voudrais rappeler que le budget d’État reste le projet de loi le plus important de l’année et que, partant, il demeure sous la responsabilité de la Chambre des députés ! » Les délégués applaudissent sagement cette lueur d’opinion politique. Claude Haagen promettait que sous sa présidence, le parti allait défendre les principes d’égalité, de solidarité et de liberté – « les mêmes mots qui furent déjà chers à mon prédécesseur Alex Bodry » –, que les priorités devaient être la défense du droit au logement et la lutte contre le chômage. Affirmant avoir entendu les principales critiques lors de ce congrès, aussi bien de son concurrent Philippe Meyers au poste de président que des Jeunesses socialistes ou du Spic, regroupant les membres non-Luxembourgeois, Claude Haagen promit encore d’augmenter le dialogue et la communication internes en impliquant tout le monde dans ce qu’il voit comme une équipe de direction du parti et en organisant des hearings réguliers sur les grands dossiers politiques. Remise de fleurs, chant de l’Internationale et photo de groupe – c’était tout.

Mais qui est donc Claude Haagen, ce méconnu, dont on ne sait guère plus que sa taille : deux mètres ? Quelque part, il est sur les radars politiques depuis vingt ans, sans que l’on puisse dire ce qu’il représente ou ce qu’il défend. Issu d’une famille diekirchoise, il a su mettre à profit sa popularité sur le plan local, dû notamment à son activité de handballeur de talent s’étant frayé un chemin jusqu’en équipe nationale, pour construire sa carrière politique. Membre du LSAP Dierkirch depuis 1993, il s’est présenté à chaque édition des élections législatives depuis 1994 et se classa dans le peloton de tête à partir de 2004. En 2009, bien que le LSAP n’ait eu qu’un seul siège dans le Nord et que Claude Haagen ait obtenu 3 500 voix de moins que Romain Schneider, il profite de la nomination de ce dernier au poste de ministre et devient député. Économiste de formation et ancien professeur au Lycée technique d’Ettelbruck, il a représenté son parti dans des commissions parlementaires liées à l’économie, aux finances ou à l’éducation. Mais il ne fut guère en charge de dossiers importants et ses interventions au parlement n’ont pas marqué le conscient collectif. En 2013, le LSAP gagne un deuxième siège au Nord et Claude Haagen est réélu en deuxième position, toujours derrière Romain Schneider.

C’est surtout sur le plan local que s’est jouée la carrière de Claude Haagen, le fils du pays. Dans une interview au Luxemburger Wort publiée lundi, il affirme s’être attendu à un résultat mitigé dans cette élection au poste de président : 77 pour cent des voix serait absolument correct pour lui, vu que pour le première fois en quarante ans, le parti qui a son assise dans le Sud ouvrier, élisait un président du Nord. La région rurale de l’Œsling, beaucoup moins peuplée, est beaucoup moins rouge aussi : à l’exception de Wiltz, on n’y vote guère à gauche. À Diekirch, Claude Haagen, qu’on dit viscéralement anti-clérical, s’est toujours illustré par ses attitudes provocantes vis-à-vis de l’Église, des milieux catholiques et surtout du CSV, en dernier lieu avec sa facétie d’installer un âne sur le toit de l’église Saint-Laurent.

À Diekirch, son entêtement et son esprit querelleur lui avaient même coûté le poste de maire en 2005. En parallèle à sa carrière nationale, il avait consciencieusement grimpé les échelons locaux : conseiller communal à partir de 1994, il devint échevin en 1997, puis bourgmestre en 2001. Mais son attitude que beaucoup qualifient d’hautaine et de méprisante vis-à-vis de l’opposition, notamment des Verts et de leur très populaire Fränk Thillen, a fait que le CSV et les Verts ont concocté une alliance contre le LSAP en 2005, décrit par beaucoup comme un putsch (avec plus de 38 pour cent des suffrages, les socialistes étaient restés le parti dominant). La revanche vient en 2011 : le LSAP rafle la majorité absolue, plus de 53 pour cent des voix et sept sièges ; depuis, Claude Haagen y régit quasiment seul.

Si beaucoup admirent en lui son côté jovial, proche du peuple – il promène son chien dans les rues de Diekirch, fréquente les bars autant que les assemblée générales des associations locales –, on le connaît aussi frondeur contre le projet du nouveau lycée agricole à Gilsdorf, par crainte d’une augmentation du trafic à Diekirch, ou l’aménagement qu’il juge trop ambitieux de la Nordstad. Contrairement aux promesses du parti de limiter le cumul des mandats, le député-maire multiplie désormais une fonction politique de plus. josée hansen

josée hansen
© 2017 d’Lëtzebuerger Land