Arts plastiques

Des beaux tableaux

d'Lëtzebuerger Land du 08.03.2019

L’exposition Van Loon au Musée national d’histoire et d’art (MNHA), permet, en passant un moment en compagnie d’un peintre de la Contre-Réforme, de se plonger dans l’art pictural baroque des provinces des Pays-Bas méridionaux habsbourgeois du XVIIe siècle, dont faisait partie le Luxembourg. On y découvre un peintre quasi oublié : Théodore Van Loon (1582-1949), qui, du fait de plusieurs séjours romains, s’inspira entre autres de Caravage, d’où le sous-titre de l’exposition Un peintre caravagesque entre Rome et Bruxelles. Nombre de ses œuvres se trouvent à l’église Saint-Jean-Baptiste au Béguinage à Bruxelles, ainsi qu’à la basilique de Montaigu à Montaigu-Zichem, encore aujourd’hui un important lieu de pèlerinage marial.

L’exposition est une collaboration du MNHA avec les Musées royaux de Belgique ; présentée avant Luxembourg elle fut au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar). C’est au travail scientifique de Sabine van Spang, spécialiste de Van Loon et co-commissaire de l’exposition, ainsi qu’à la restauration de cinq tableaux de Van Loon dans le cadre de l’Année européenne du patrimoine culturel 2018 et de l’identification récente de plusieurs de ses œuvres, que l’on doit ce voyage au temps d’Albert et Isabelle, les archiducs très catholiques des Pays-Bas méridionaux.

Les Provinces-Unies du Nord ayant pris le parti de la rigueur protestante et de la non représentation dans les temples, la contre-offensive catholique fut de représenter des envolées lyriques de Jésus, de Marie et des saints, dont la béatitude devait provoquer la religiosité plus que la réflexion de ceux qui regardaient les tableaux d’église et stimuler ainsi le mystère de la foi.

Mais entrons dans l’exposition et voyons l’influence de l’Italie et de Rome en particulier, où Van Loon effectua quatre séjours au cours de sa vie. Il en revint avec le clair-obscur dramatisé et la mise en scène de détails quasi en 3D, dirait-on aujourd’hui. On notera par ailleurs que si les sujets de ses peintures sont sans exception religieux, plusieurs tableaux de Van Loon que l’on peut voir ici, ont pu être acquis par des particuliers et font encore partie aujourd’hui de collections privées.

On entre dans le vif du sujet dans la salle de droite, avec La naissance de la Vierge, qui nous apparaît encore résolument flamande, dans l’expression du visage de la figure centrale en tout cas et l’intérieur domestique. Mais on retrouve déjà le rouge et le bleu, le satiné des vêtements et surtout, une accentuation des plis tombants comme en virevoltant des tissus, qui est « la » marque de fabrique de Van Loon. Un peu lourde ou tout du moins, un tic d’écriture qu’il conserva tout au long de sa production.

Suivent dans cette première salle La remise des clés à Saint Pierre, un grand tableau en paysage à l’antique et Le martyre de Saint Lambert, où voici la fameuse envolée lyrique baroque, enfin, La délivrance de Saint Pierre. Un détail est fortement souligné : le corps puissant et dévêtu du soldat couché, caravagesque et un pied du saint qui sort donc, quasi du tableau.

Suivent deux Pietà, qui correspondent à son premier séjour romain, et constituent une sorte d’« interlude » dans l’exposition, avant les grandes allégories baroques. Peindre sur toile uniquement, est encore un italianisme de Van Loon, quand les pietàs s’inscrivent dans la pratique « de la copie de la copie de », qui a toujours été une pratique au fil de l’histoire de la peinture : la Pietà avec saint Jean l’Évangéliste et Marie-Madelaine de Van Loon reprend une composition du peintre siennois Marco Pino, qui lui-même copia Michel-Ange.

Dans la deuxième salle, on retrouvera une ambiance domestique avec La Sainte Famille, une peinture en paysage et en gros-plan, à l’opposé de la Sainte-Cécile et un concert d’anges, qui clôt l’exposition. Le ravissement de la sainte, les yeux tournés au ciel, illustre on ne peut mieux le mystère de la foi catholique et l’envolée lyrique baroque des angelots, la musique céleste. On pourra par ailleurs regarder longuement les compositions foisonnantes et les ascensions baroques des pièces maîtresses de l’exposition : La Sainte Trinité avec la Vierge, Saint Jean-Baptiste et les Anges, L’Assomption et Le Mystère de la Résurrection, qui vient d’être découvert et qui est montré pour la première fois ici, en triptyque avec les deux compositions précédentes.

Si donc n’est pas Rubens (son compatriote et contemporain) ni Caravage (un de ses modèles italiens) qui veut, on ne boudera pas son plaisir devant quelque Adoration des bergers, amenant au petit Jésus, une poule dans un panier ou un mouton tenu par les pattes et peint tête bêche devant l’enfant. On passera aussi un moment à approfondir sa connaissance des collections nationales. L’adoration des Mages de Jan Verhoeven, un tableau du MNHA, peint d’après un Van Loon de la maturité, est présenté ici, non sans fierté.

L’exposition Théodore Van Loon - Un peintre caravagesque entre Rome et Bruxelles est à voir au Musée national d’histoire et d’art (MNHA) au Marché-aux-Poissons à Luxembourg-ville, jusqu’au 26 mai ; informations www.mnha.lu ; catalogue 35 euros.

Marianne Brausch
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