Luxair

Démission(né)

d'Lëtzebuerger Land du 01.10.2000

Jean-Donat Calmes, président du comité de direction de Luxair, a démissionné de ses fonctions lors de la réunion du Conseil d'administration de la compagnie aérienne luxembourgeoise du 2 octobre 2000. Selon un communiqué officiel de Luxair S.A., cette démission fait suite à « des divergences de vue avec les actionnaires de la société ». Quant au président du conseil d'administration de Luxair S.A., Roger Sietzen, qui occupait auparavant les fonctions de Calmes, il a fait part au Conseil d'administration de son intention de ne plus solliciter le renouvellement de son mandat lors de la prochaine assemblée générale de Luxair S.A. en 2001. 

Lorsque Calmes  reprit la direction de Luxair S.A., le 11 mai 1998, la vie de la société était marquée par l'affrontement plus ou moins ouvert entre Calmes et Sietzen (voir nos articles précédents). Cet affrontement avait fini par lasser les actionnaires, car ils étaient non seulement dommageables pour l'image de la compagnie, mais de surcroît affectaient les résultats de cette dernière. Ces résultats étaient d'ailleurs déjà à la baisse suite à différentes erreurs stratégiques de la direction, à l'image de la débâcle de la liaison transatlantique  Luxembourg - Newark. Dans un contexte économique difficile - sans véritable alliance stratégique avec une autre compagnie aérienne alors que l'accord open sky fait des ravages dans le secteur, la fin du tax-free pour les départs intra-UE, la perte du monopole en ce qui concerne le handling (passagers et cargo), le catering, les déficits réalisés par la branche touristique LuxairTours -, Luxair se  dirigeait tout droit vers un atterrissage forcé.

Dans un premier temps, les actionnaires avaient obtenu un cessez-le-feu entre les deux protagonistes qui, tous deux, s'appuyaient sur de forts relais politiques pour préserver leur position au sein de Luxair S.A. Les actionnaires étrangers, Dexia (anc. Bil), Fortis (maison-mère de la BGL) et Lufthansa, ont finalement revendiqué un changement radical et obtenu, passant outre les intéressements et sensibilités luxo-luxembourgeois, le remplacement de Calmes par un professionnel belge, Christian Heinzmann, issu du domaine des transports et dernièrement directeur général de la compagnie aérienne belge VLM Airlines NV. Calmes qui quittera ses fonctions le 31 décembre 2000 gardera cependant son siège au Conseil d'administration. 

Quant à Sietzen, son départ lors de la prochaine assemblée générale a lui aussi été retenu lors de la réunion du Conseil d'administration du 2 octobre. Celui qui dirigeait Luxair depuis ses débuts en 1961 pour reprendre en 1998 la présidence du Conseil d'administration s'était trop impliqué dans la guerre qu'il se livrait avec Calmes. Il avait aussi été affaibli par la découverte d'un fonds de pension supplémentaire qui n'apparaît pas dans les livres de Luxair S.A. mais duquel Sietzen s'était fait rétribuer plus de 80 millions de francs lorsqu'il quitta la direction générale ainsi que par sa pratique comptable de camoufler des bénéfices réalisés aux actionnaires.

Pour le gouvernement luxembourgeois (détenteur de façon directe de 23,1 pour cent du capital et de 13,4 pour cent de façon indirecte par le biais de la BCEE) qui préconisait toujours une solution luxembourgeoise - c'est-à-dire un national à la tête de Luxair S.A. - le fait d'avoir plié sous la pression des actionnaires étrangers équivaut à une défaite partielle.

marc gerges
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