Luxair

Table rase

d'Lëtzebuerger Land du 10.02.2000

Contrairement à l'écho concernant Luxair, paru dans le Land de la semaine dernière, le président du conseil d'administration de la compagnie aérienne nationale, Roger Sietzen, n'a pas laissé la présidence d'une récente réunion du conseil au représentant de la Bil, André Roelants. Plutôt s'agissait-il d'une réunion informelle entre les actionnaires de Luxair qui eut lieu 17 janvier  en l'absence de Sietzen. Ceux-ci y débattaient de l'avenir du président du conseil d'administration Sietzen et de celui du directeur général, Jean-Donat Calmes.

Il semble que les actionnaires de la compagnie aérienne (État, Lufthansa, BCEE, CLT-Ufa, BGL, Bil et Luxair elle-même) veulent enfin mettre un terme à la situation de plus en plus intenable qui oppose le directeur général Calmes à son prédécesseur à ce poste, c'est-à-dire à l'actuel président du conseil d'administration Sietzen. Le duel que se livrent les deux protagonistes avait pris une nouvelle dimension il y a deux mois, lorsque Calmes avait soumis au conseil d'administration des documents concernant la comptabilité de l'ère Sietzen. Il y était entre autres question d'un fonds de pension supplémentaire qui n'apparaît pas dans les livres de Luxair, mais duquel Sietzen s'était fait rétribuer plus de 80 millions de francs lorsqu'il quitta la direction générale. Calmes dut alors encaisser une dé-faite : il avait demandé la tête du directeur des finances, Jean-Pierre Walesch - seul rescapé du temps de Sietzen à la tête de la direction - sans l'obtenir. 

De son côté, Sietzen avait essayé, sans succès non plus, de démonter Calmes, La réunion du conseil d'administration à la mi-décembre ressemblait ainsi à un statu quo, mais aussi bien Sietzen que Calmes en sont ressortis affaiblis. Le conseil avait cependant voté, après âpre discussion, la proposition de budget présentée par Calmes. 

Le fait que la Bil et la BGL n'ont plus d'attaches directes au Luxembourg libère les banques actionnaires de ce que l'on pourrait appeler « l'obligation morale patriotique ». Il s'agit d'un côté de « l'obligation morale » de ne pourvoir les têtes des compagnies luxembourgeoises qu'avec des ressortissants luxembourgeois ; de l'autre de prendre des parts dans une société luxembourgeoise sans se soucier du rendement lucratif. Il semble que les groupes Dexia et Fortis, propriétaires respectifs de la Bil et de la BGL, n'aient cure d'un combat des chefs à la tête d'une compagnie aérienne dont le bon fonctionnement s'en retrouve largement compromis. Les deux banques sont par conséquent devenues l'élément moteur pour faire une fois pour toutes table rase chez Luxair. L'État actionnaire, qui a longtemps observé la situation se dégrader sans intervenir, va lui consulter les autres actionnaires dans les prochains jours pour discuter d'une solution définitive. Celle-ci devrait être arrêtée dans les semaines à venir pour être proposée au conseil d'administration lors de sa prochaine réunion.

Alors qu'il est quasiment acquis que Sietzen devra rendre son tablier, Calmes pourrait sauver sa tête par le fait que sa succession sera plus difficile à gérer.

marc gerges
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