Alterviolence de Filip Markiewicz

Des roses rouges sur fond noir et blanc

d'Lëtzebuerger Land du 18.03.2010

Il est indéniablement une part de solennité qui entoure l’exposition de Filip Markiewicz à la galerie Beau­mont. Dirai-je une auréole, et le visiteur, tel jour, mais cela devrait rester de même au long des semaines, dehors déjà, sur les planches en bois d’accès, était surpris par un bouquet de roses rouges, posé là comme un signe, signal, feuilles et pétales pris dans le froid. Solennité empreinte d’emblée de deuil, les deux accentués de suite par le très beau portrait, crayon sur papier, de Thierry Van Werveke, même si l’on peut se trouver tant soit peu gêné par l’inscription somme toute banale (comme jeu de mots cela peut passer) : « the ideal is to die young as late as possible ».

Et nous voilà déjà en face d’une caractéristique de la manière de Filip Markiewicz ; sans doute le soir du vernissage, c’était différent encore, car on connaît ses performances musicales. En face aussi de ce qui soulever telle interrogation, il faudra y revenir, après avoir continué la visite.

La grande salle du rez-de-chaussée d’abord, là d’autres roses rouges, têtes en bas, sont suspendues au plafond, avec son installation, à caractère proprement religieux : un autel, avec les reliques de quel culte, dont une guitare électrique ; une baignoire, avec des cierges de leurs mèches brûlées ; d’un côté un vaste dessins de sept mètres de long, de l’autre des dessins encore et des bannières ; j’allais oublier sur un autre mur l’inscription en bois brûlé toujours, Holy­wood (sic). On est là, comme venu trop tard à quelque cérémonie, peut-être secrète, mais les restes, en l’occurrence les dessins, ont de quoi retenir, tellement le trait est ensemble de force et de finesse.

De même, dans la petite salle à côté, les autres dessins de Filip Markiewicz n’ont guère besoin de la soi-disant plus-value d’une citation. Cela dit, l’humour ne fait pas de mal que par exemple « life is the farce which every­one has to perform ». Filip Markie-wicz sait mettre en page, sait composer. Ses dessins sont parlants.

Ce talent de dessinateur, voici qu’il me rappelle, privilège ou fardeau de l’âge, le travail de Marc Henri Reckin-ger au moment de son art d’artiste engagé. Le trait a son analogie ; seulement, à l’époque, des utopies, d’au­cuns diront des illusions, la vision était militante, donc téléologique, aujourd’hui, elle s’avère panoramique, kaléidoscopique. Ainsi, Alter-violence, de qui, contre qui, immense fresque, peut rassembler toutes sortes de personnages, du pape à l’épouse d’un président en passant par une star rock, et autour, comme dans tels films, grandes ouvertes, des gueules de requins.

En cela, Filip Markiewicz , ordonnateur habile de grandes scènes, est un enfant de notre temps ; il en a pris le pli, quant à ses dessins, ils en reflètent les plis et les rides les plus flagrants. Au regardeur de décider alors la part de détachement, de complaisance ou de critique dans l’exercice.

Vous descendez au sous-sol de la galerie, et toujours dans une atmosphère de recueillement, que vient là accroître un trio de Schubert, vous surprendrez peut-être deux acteurs dans la simulation d’un match de boxe à la française, genre où l’on se sert aussi des pieds. Ou alors ils se retrouvent là, comme des gisants, juste avant de se relever, rassurez-vous. Naguère, ou jadis déjà, Beuys s’était adonné lui-même au noble art, il en était sorti le nez en sang.

L’exposition Alterviolence de Filip Markiewicz dure encore jusqu’au 24 avril à la galerie Beaumontpublic + Königbloc, 21A, avenue Gaston Diderich à Luxembourg ; ouvert du mardi au samedi de midi à 18 heures ; téléphone : 46 23 43 ; Internet : www.beaumont
Lucien Kayser
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