Tzeedee

Trois musiciens et un couffin

d'Lëtzebuerger Land du 08.06.2018

Michel Reis au piano, Marc Demuth à la section basse et Paul Wiltgen à la batterie. Les trois compères viennent de publier leur troisième opus commun Once in a blue moon chez Cam Jazz, label italien sur lequel est aussi paru en février dernier le plus récent projet du Maxime Bender Universal Sky. Reis Demuth Wiltgen, des noms indissociables de la nouvelle scène jazz internationale. Amis de longue date et officiellement regroupés depuis 2012, les trois membres du trio peuvent se targuer de mener des carrières personnelles certes admirables, mais aussi et peut-être avant tout, d’avoir construit en quelques années une œuvre commune. Le couffin du titre, outre la référence, c’est cette œuvre. Fruit d’une union musicale consommée entre trois virtuoses, Once in a blue moon vient clôturer une trilogie d’albums, imparfaits, mais pour le moins cohérents. Le premier, éponyme, paru chez Laborie Jazz en 2013 précédait Places in between paru quant à lui chez Double Moon Records en 2016. Nouveau changement de label donc, mais la recette reste la même.

Enregistré à Cavalicco en Italie, Once in a blue moon se compose de treize titres plus deux morceaux bonus dans la version digitale. Sur la pochette, une photographie d’Elisa Caldana présentant le trio, complice et tout sourire, sur un fond bleu et blanc. Sur le disque, tout compris, 70 minutes de brio. Du rythme teinté de romantisme, des cascades de notes contrebalancées par des passages plus délicats. L’introduction, Freedom trail propose une rythmique implacable. Sur Push, le piano impose son tempo. La construction du titre développe un schéma fréquemment utilisé par le trio. Une ossature rythmique fluide, un climax précédant un silence, puis une reprise de musique syncopée. 22 May 2015 est un étonnant titre d’easy listening accéléré. Arrive ensuite une reprise du titre Both sides now de Joni Mitchell, légendaire artiste canadienne, toujours trop méconnue du grand public. La contrebasse et la batterie se cherchent, c’est lancinant puis arabesque. Arrive New beginning, un des meilleurs morceaux, classique mais encore efficace.

La belle mais sombre structure harmonique de Never seen again, fait parfois penser à une marche funèbre. Arrive encore Sacred conversation, plus longue pièce de l’album sur laquelle on a l’impression d’entendre des murmures. Catherine’s song est un morceau assez passable en forme de transition ou d’interlude au calme plat. Le groove qui ressort de A day in the village vient rééquilibrer le tout. Le solo de Michel Reis est intriguant, ses notes, cassantes. Between a rock and A laisse un arrière-gout d’inachevé. Une orchestration aurait été de bon aloi, mais on ne refait pas la musique. Un trio classique piano, basse et percussions présente forcément des limites. Sur Dante, Paul Wiltgen se fait plaisir, la fusion des genres donne un morceau japonisant. La rythmique habituelle est présente sur Coming home, la contrebasse de Marc Demuth n’est plus larmoyante, mais presque vindicative. Sunrise in Juba est une vaine mais délicate conclusion. Enfin, pour les titres bonus, les camarades de jeu se moulent la chemise sur Meteor, puis finissent par proposer une construction atypique et nostalgique sur Waltz #4.

La plupart des musiciens de jazz n’hésitent pas à considérer leurs albums comme de simples cartes de visite et se contentent de sillonner les scènes en vendant quelques CDs ici et là. Le trio Reis/Demuth/Wiltgen, qui a enchainé pas loin de 200 dates depuis 2012, a su matérialiser cette énergie, la cristalliser en une œuvre, on y revient. Quoiqu’il advienne, ils auront laissé une empreinte, dont ce dernier opus n’est qu’une partie. Kévin Kroczek

Plus d’informations : http://reisdemuthwiltgen.com)

Kévin Kroczek
© 2018 d’Lëtzebuerger Land