Bibliothèques digitales

Héritage culturel américain en ligne

d'Lëtzebuerger Land vom 26.04.2013

Les États-Unis viennent de mettre en ligne une vaste bibliothèque publique contenant quelque 2,4 millions de photos, manuscrits, œuvres d’art, sons, clips, textes et autres objets, accessibles sans frais à tout internaute. L’inauguration officielle de la Digital Public Library of America (DPLA), dont le siège est à Boston, a été retardée en raison de l’attaque contre le marathon qui a endeuillé et paralysé cette ville la semaine dernière. Même si certaines critiques ont été émises à l’encontre de ce projet, alimentées notamment par la crainte qu’il n’ait pour conséquence de détourner des fonds publics des bibliothèques traditionnelles, le résultat est une ressource remarquable qui met une quantité impressionnante de biens culturels en tous genres à la disposition de tous.

Le projet a été lancé en 2011. Pour l’heure, la DPLA, bien que pleinement opérationnelle, est en mode béta. Elle fédère douze grandes bibliothèques et institutions, dont le Smithsonian Institute et l’université de Harvard sont sans doute les plus prestigieuses, ainsi que plusieurs autres instituts partenaires. L’objectif du projet est d’étendre règulièrement la bibliothèque virtuelle à de nouveaux participants.

Au-delà de cette fédération de ressources, le projet s’entend également comme un écosystème ouvert aux développeurs désireux d’y rattacher des services et applications, grâce à une interface de programmation ouverte. On peut donc espérer que le contenu de la DPLA sera disponible sur différents terminaux et utilisé amplement comme support pédagogique.

Les États-Unis semblent être quelque peu à la traîne par rapport à l’Europe sur ce dossier, dont l’équivalent Europeana existe depuis 2008, interface mutlilingue donnant accès à des millions de trésors artistiques et culturels numérisés, issus de galeries, bibliothèques, archives et musées. Des objets appartenant au Rijksmuseum, à la British Library et au Louvre y figurent. Comme dans le cas de la DPLA, Europeana propose des expositions thématiques, ainsi qu’une interface de programmation pour développeurs. Mais ce sont d’ores et déjà 2 000 institutions qui participent au portail Europeana, avec une vingtaine de sous-projets allant de la biodiversité à la première guerre mondiale, de l’archéologie aux contenus issus de la télévision.

Le nombre et la qualité des objets que l’on peut visualiser ou écouter grâce à ces deux projets sont impressionnants. Le fait d’avoir accès en permanence et en parallèle aux ressources des plus grandes institutions culturelles des deux côtés de l’Atlantique ouvre des perspectives véritablement nouvelles aux étudiants, scientifiques, historiens et amateurs d’art, pour ne citer que quelques-unes des catégories intéressées. C’est ce qu’explique Maura Marx, directrice du secrétariat de la DPLA : « L’objectif de la DPLA est de sortir les riches collections culturelles nationales des étagères et de les amener dans l’environnement innovant d’Internet pour que les gens les découvrent. les téléchargent, les remixent, les réutilisent et construisent à partir d’elles de façon que nous n’avons pas encore commencé à imaginer ». Les conservateurs, curateurs, bibliothécaires et documentalistes sont donc invités, désormais, à se concevoir comme des facilitateurs de façons nouvelles d’absorber et de combiner des biens culturels. La consultation traditionnelle reste possible, ajoute Maura Marx, mais « les développeurs et innovateurs peuvent construire à partir de vastes pans de code et de contenu depuis la plateforme – nous créons de l’accès, nous ne le contrôlons pas ».

Parmi les œuvres auxquelles la DPLA donne accès figurent des portraits et daguerréotypes des présidents George Washington et Abraham Lincoln, des images de femmes manifestant pour le droit de vote au Kentucky, des reportages télé sur les voyages en bus des militants du mouvement des droits civils, un manuscrit de 1514 avec ses enluminures et des notes écrites par Thomas Jefferson.

Après l’attaque du 15 avril, qui s’est déroulée non loin de la Boston Public Library, les promoteurs du projet ont décidé de maintenir la mise en ligne du portail, mais de reporter à l’automne les festivités prévues pour son inauguration.

Jean Lasar
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