Le réaménagement de l’exposition permanente, le trésor du musée qu’est la collection et le dinosaure : un entretien avec Alain Faber, le nouveau directeur du natur musée

« Nous voulons placer l’objet au centre »

d'Lëtzebuerger Land vom 16.05.2014

d’Lëtzebuerger Land : Le natur musée est en train de connaître d’importantes reconfigurations : vous venez de prendre la relève de Georges Bechet à la tête du musée, l’exposition permanente du musée sera rénovée et vous devez composer avec le fait que les budgets dédiés à la culture diminuent. Quels changements verra-t-on les prochaines années ?

Alain Faber : Mon prédécesseur, Georges Bechet, a mis le projet du renouveau sur les rails et l’équipe actuelle va le finaliser pour fin 2016. Et déjà pour l’avant-projet, il fallait revoir nos ambitions, diminuer les budgets et je pense qu’une réduction supplémentaire le remettrait en cause. Ce qui ne veut pas dire que le musée échappe à une réduction sur les autres postes budgétaires.

Les travaux de préparations pour ce renouveau sont en cours, notamment pour moderniser les équipements du deuxième étage, celui destiné aux expositions temporaires. Certaines installations seront adaptées (sécurité, électricité,…) et d’autres plus vétustes seront remplacées par des installations moins gourmandes en énergie (éclairage, climatisation). Mais ce qui sera plus tangible pour le public seront les changements des expositions permanentes au rez-de-chaussée et au premier étage. Ici le musée fait peau neuve pour mieux répondre aux attentes du public et pour présenter les missions du musée à travers les thèmes d’histoire naturelle. Le musée a des collections riches et il veut les montrer, soit par des expositions temporaires ou par des espaces permanents dont le contenu peut être renouvelé facilement : le public pourra ainsi apprécier de nouvelles pièces d’exposition à chaque visite.

De nombreux thèmes présentés depuis vingt ans au musée doivent être actualisés, les sciences naturelles ayant fourni de nouvelles connaissances et des nouveaux aspects s’ajouteront. C’est facile pour tout le monde d’aborder tous ces sujets par les medias modernes, les images sur le téléphones portables ou les clips sur les tablettes, mais voir les objets réels, grandeur nature, et en plus ceux de sa région, le visiteur pourra seulement le faire au musée. C’est pour cela que nous voulons placer l’objet au centre des éléments muséologiques et raconter l’histoire naturelle de notre région autour d’une plante, d’un animal, d’un fossile etc. Nous voulons créer une ambiance par des mises en scènes qui permettent au visiteur de plonger dans le temps et l’espace. Montrer la vie telle qu’elle se présentait il y a des millions d’années et suivre les changements comme par exemple l’évolution des baleines. Le squelette de leurs ancêtres, vivant dans les eaux des continents, a changé en quelque 60 millions d’années, ce qui a permis à ce groupe de s’adapter par étapes à un nouveau milieu de vie : la mer.

En parlant de l’importante collection du natur musée : dans le passé, le musée a eu quelques soucis quant au stockage de ses collections – notamment financiers et infrastructurels. Est-ce que vos problèmes ont été résolus depuis ? Ou y a-t-il encore des problèmes qui demandent à être résolus ?

Les collections, que ce soient des herbiers, des feuilles de plumages, des boîtes d’insectes, des lames minces de roches,… sont comme des trésors que le musée conserve pour le futur et qui témoignent de notre patrimoine naturel actuel et passé. Une grande partie des collections fera l’objet d’études, une autre partie a plutôt une valeur historique, les pièces exceptionnelles seront exposées et les plus courantes se retrouvent dans les ateliers d’enfants.

Les collections sont bien l’élément moteur des activités d’un musée. C’est la raison pour laquelle la conservation, la restauration et la gestion des collections méritent toute notre attention. Les collections s’agrandissent au fur et à mesure des acquisitions, des dons et des legs, donc il faut prévoir des locaux suffisants et en plus elles nécessitent des conditions d’humidité et de température adaptées pour assurer leur préservation pour le futur. Actuellement une grande partie des pièces sont stockées dans un dépôt loué, dont le volume est suffisant pour le moment. Malheureusement le système de climatisation n’est pas assez performant en cas de conditions météorologiques extrêmes. Il faut alors surveiller les valeurs de l’humidité et température de très près pour éviter des détériorations.

Des fossiles de dinosaures ont été récemment retrouvés près de Mersch. Pour un paléontologue, comme vous l’êtes, cette découverte doit être particulièrement réjouissante. Où en sont les excavations ? Le public peut-il déjà voir ces fossiles ?

L’étude de ces deux ossements de dinosaures est l’aboutissement d’un travail de recherche courant aux muséums. Une série d’étapes se sont succédées : fouille et préparation des pièces, premier examen au muséum, recherche de matériel de comparaison, description et détermination, acceptation et publication de l’article. Deux collectionneurs, collaborateurs du Musée national d’histoire naturelle, ont découvert les pièces dans un intervalle de huit ans : coup de chance, certes ! Mais il fallait surtout avoir le reflexe de ramasser deux fragments de roches et de les préparer pour savoir que c’était quelque chose de pas très commun. Curieux, ils ont montré les pièces au musée. Un premier examen oriente les recherches vers le groupe des reptiles.

Mais aucune pièce de notre collection ne permit un rapprochement. Il fallait chercher du matériel de comparaison autre part. Avec l’aide d’un collègue paléontologue et après de nombreux échecs, du matériel de référence fut finalement déniché dans différents musées américains. Les descriptions minutieuses, des photos et la publication d’un article clôturent cette recherche et confirment : les premiers ossements de dinosaures jurassiques ont été trouvés au grand-duché ! Double coup de bol : premièrement, les dinosaures du début du Jurassique sont plutôt rares en Europe et deuxièmement, retrouver des os de reptile vivant sur la terre ferme dans des roches déposées en mer, suppose que les deux os ont été transposés par un cours d’eau du continent dans le bassin marin. Mais les visiteurs de L’invitation aux musées ne devront pas trop chercher, ils trouveront ces os de dinosaure directement dans le hall du muséum.

L’étude des collections est un volet de la recherche au muséum, d’autres projets se penchent sur les processus qui lient les organismes à leur environnement pour mieux comprendre comment sauvegarder la biodiversité et finalement des recherches sur l’évolution, la taxonomie,... intéressent notre musée. Je vous invite à suivre le développement de la recherche sur notre site web.

Votre musée dispose de quelque 200 « collaborateurs scientifiques ». Ces passionnés travaillent bénévolement avec le musée et ils fournissent un travail que le musée tout seul ne pourrait produire – comme par exemple de cartographier la faune et la flore luxembourgeoise. Quelle est la place de ces collaborateurs au sein du musée ? Comment les motivez-vous ?

L’idée de rassembler les compétences et les initiatives de bénévoles, des chercheurs ou collectionneurs, souvent très spécialisés dans un domaine précis, a fait son chemin depuis trente ans. Le musée profite de leur expertise, de leur expérience et les collaborateurs recherchent un cadre qui leur permette d’évoluer, de prévoir de nouveaux projets. Ce sont souvent des gens du terrain, qui recherchent ou observent champignons, mousses, insectes, fossiles,… Ils participent activement aux inventaires de la faune et la flore – un travail qui serait largement incomplet sans leur apport. Une bonne partie des informations stockées dans notre banque de données sur le patrimoine naturel ont été fournie par les collaborateurs scientifiques.

Partant de ces données nous pouvons montrer la répartition des espèces végétales et animales, puis en comparant les données anciennes aux collections conservées au musée, nous essayons de suivre les changements qui affectent la biodiversité. En dehors des observations, les collaborateurs cèdent souvent leurs collections au muséum, pour en garantir la conservation pour le futur. C’est une contribution qui permet au musée de compléter ses collections, sur lesquelles travaillent et travailleront d’autres chercheurs. Et nous pouvons reprendre l’exemple des dinosaures du jurassique luxembourgeois : les os ont été trouvés par deux hommes du terrain, et un troisième collaborateur a décrit la dent et l’os. Finalement la détermination s’est faite par comparaison avec des objets de collections américaines.

Actuellement nos collections d’objets physiques sont complétées par les banques de données sur le patrimoine naturel. Les données informatiques rassemblées servent à d’autres études, par exemple dans le cadre du suivi de la biodiversité. Ceci vaut sur une échelle nationale et sur une échelle plus globale, d’où la collaboration avec des réseaux comme GBIF (Global Biodiversity Information Facility) et biocase (biological collection access service). Les banques de données sont un outil indispensable pour l’étude et la protection du patrimoine naturel. Pour que cet outil reste efficace, il faudra investir maintenant en personnel et support informatique.

Les musées luxembourgeois connaissent en général assez peu leurs publics. À part du nombre des visiteurs et des données classiques comme leur âge ou leur sexe, on sait relativement peu de leurs capacités linguistiques, leurs attentes, leurs professions et leur éducation. Est-ce aussi le cas pour le natur musée ? Qui sont vos visiteurs ?

En effet certaines études réalisées auprès du public ont révélé des données intéressantes sur les visiteurs du natur musée. Les familles avec enfants sont les visiteurs les plus réguliers, mais le nombre d’adultes, surtout d’adultes assez jeunes et de ceux qui veulent approfondir les sujets, n’est pas négligeable. Pour les visites en groupe, ce sont surtout les classes scolaires, mais aussi des groupes qui participent à des activités parascolaires.

Les enquêtes sont moins parlantes sur les attentes des visiteurs, les thèmes qui les intéressent et la présentation qui leur plaît. Les données sont encore plus fragmentaires sur les visiteurs qui ne trouvent pas (assez) souvent le chemin vers le musée, comme les adolescents, les visiteurs de la Grande Région ou les seniors. Qu’est-ce qui les retient ? Le renouveau constitue l’occasion de mieux cibler certains groupes de visiteurs et de voir leur fréquentation s’accroître. L’invitation aux musées est aussi un événement organisé pour attirer de nouveaux visiteurs. C’est au musée ensuite de leur proposer des manifestations afin de les fidéliser.

Entretien réalisé par courriel.
Morgan Meyer
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