La tragicomédie d'Esch

Being François Schaack

d'Lëtzebuerger Land du 27.01.2000

Yvan s'indigne du mauvais procès d'intention que l'on tente au vaillant Mischi Wolter, accusé d'endosser une position partisane en refusant (pour l'instant) la tenue de nouvelles élections à Esch. Il est, après tout, dans la nature du ministre de l'Intérieur d'être à l'intérieur du PCS et donc de l'affaire eschoise. Ne demandons pas au loup de protéger les brebis dans la bergerie, ni au vautour de prendre de la hauteur et de la distance. Il est vrai que les prétendants du petit chaperon rouge eschois sont loin d'avoir la prestance du fauve de Tex Avery, même si, de temps à autre, ils ou elles se sentent, comme lui, pousser des dents.

Aujourd'hui, Hollywood semble donc s'inspirer des protagonistes de la tragicomédie d'Esch, tout comme ceux-ci se sont laissé guider par les théories freudiennes, comme Yvan se faisait fort, l'autre jour, de le démontrer. N'écoutant que sa conscience professionnelle, votre serviteur s'est donc offert une toile, la semaine dernière, avec l'adorable Being John Malkovich, le dernier film de Spike Jonze. À l'intention de tous les malheureux qui n'ont pas encore vu ce petit chef d'œuvre, rappelons qu'il s'agit de l'histoire d'un joueur de marionnettes qui découvre un jour un tunnel qui le mène dans le corps et l'esprit du célèbre acteur John Malkovich. Il devient alors une espèce de tour-opérateur, offrant, contre espèces sonnantes et trébuchantes, des voyages à l'intérieur de John Malkovich. Se glisser, pour quelques instants, dans la peau du fameux interprète deviendra ainsi à la portée de Monsieur Tout-le-Monde. Les choses se compliquent quand les femmes se mettent, elles aussi, en tête d'entrer dans la tête de l'acteur et quand Malkovich en personne se glisse dans le tunnel qui le mène dans lui-même. À la fin du film, le vieux docteur Lester, l'instigateur démoniaque de toute la machinerie, se rend enfin maître de la vie et du corps de l'acteur, accédant ainsi à l'immortalité. Ce grand film, qui tient à la fois du vampirisme et de E.T.A. Hoffmann, illustre à merveille la situation eschoise, où tout le monde, ou presque, veut devenir "Schaacke Fräntz".

Yvan lui-même se souvient du temps béni où il fut, au Lycée de Garçons d'Esch, l'élève du prof de maths que fut alors François Schaack. Fort en thème et en gueule, cancre en maths, combien de fois ne rêvait-il pas de se glisser dans la peau de son prof afin de connaître à l'avance les sujets d'examen ou d'arrêter in extremis le funeste stylo rouge ? Quant au pauvre Jung, il se retrouve dans la situation des clients du joueur de marionnettes, contraint de payer, des années durant, l'obole mensuel de 5 000 francs, afin de se couler, ne serait-ce que pour trois ans, dans le corps et la fonction de Schaack. Lydie la Rouge, de son côté, devrait se méfier avant de s'engager dans le tunnel qui la transportera dans le personnage de "Schaake Fräntz". La promise eschoise qui se jettera dans les bras de François, se retrouvera en réalité avec Françoise. Les citoyens de la Métropole du fer qui trouveraient ces lignes quelque peu abstruses devraient donc courir au plus vite au cinéma avant de déposer dans l'urne leur prochain bulletin de vote. Car le programme de tous les partis politiques se résumera, pour les nouvelles élections, à un titre de film : Being François Schaack. Dans de telles conditions, l'intéressé "himself"pourrait bien être amené à reconsidérer l'opportunité de sa propre candidature. S'inspirant alors de la carrière shakespearienne du grand acteur John Malkovich, il se posera tout naturellement la question : "To be or not to be Schaake Fräntz ?"

Yvan
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