Le challenge environnemental au cœur des technologies de l’information

Green IT

d'Lëtzebuerger Land vom 22.04.2010

Effet de société ou réel enjeu, les considérations environnementales n’ont jamais été autant sous les feux de la rampe que depuis ces dernières années. Chacun y va de sa contribution à la préservation de l’environnent, que ce soit par conviction ou intérêt économique.

Le concept de « Green IT » est né de cette rencontre entre opportunité de réduction des coûts et image respectueuse de l’environnent. En effet, les TICs (« Technologies de l’Information et de la Communication ») sont aujourd’hui responsables de deux pour-cent de la production de CO2, soit autant que celle de l’industrie aérienne. Or, le développement des installations informatiques est en continuelle croissance (pénétration accrue d’Internet dans les foyers, augmentation du trafic de données, etc.) augurant une augmentation de 40 pour-cent d’ici les dix prochaines années des rejets de CO2 imputables aux TICs.

Le Green IT se traduit en de multiples initiatives visant à réduire la consommation énergétique des installations informatiques, à favoriser l’utilisation d’énergie verte ou renouvelable et à réduire l’utilisation des matériaux difficilement recyclables qui entrent dans la composition des équipements électroniques. Les solutions Green IT sont déjà nombreuses : la visio-conférence permet ainsi de réduire les émissions de CO2 en limitant les trajets ; nombre de documents sont dématérialisés afin de réduire l’utilisation du papier (factures et relevés électroniques), etc.

Mais, le Green IT a surtout fait naître des intérêts à la fois écologiques et économiques auprès des datacenters, ces centres de traitement de données informatiques particulièrement énergivores. Ceux-ci ont ainsi développé le concept de « Cloud-Computing », visant à optimiser l’utilisation des ressources informatiques en fonction de la demande (mutualisation, adaptation de la capacité en fonction de la charge, etc.), réduisant de fait les consommations énergétiques, synonymes de réchauffement climatique mais surtout de premier centre de coût des datacenters. Certains envisagent même de recycler la chaleur dégagée par leurs parcs de systèmes informatiques pour alimenter les systèmes de chauffage de leurs voisins.

À l’heure du réchauffement climatique, de l’échéance des objectifs de Kyoto et de l’explosion du coût des matières premières, les responsables des pays industrialisés voient dans l’émergence du Green IT une opportunité de développement durable au sein même d’un secteur en plein boom. La crise a d’ailleurs renforcé cette tendance, les entreprises souhaitant réduire leurs coûts fixes tout en améliorant leur image d’entreprise citoyenne s’investissant dans la problématique environnementale.

La Californie, toujours pionnière dans les technologies de pointe, fait figure de leader sur ce marché. Mais l’Europe ne veut pas être en reste : Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la société de l’information et des médias souhaite que les TICs apportent leur contribution à l’amélioration de l’efficacité énergétique, avec pour objectif une réduction allant jusqu’à 15 pour-cent des émissions totales de carbone en Europe. L’Allemagne, à travers la création de Green IT Allianz s’est rapidement engagée dans ce domaine, tout comme les autorités luxembourgeoises et la Fedil qui ont lancé une véritable campagne sur la contribution des TICs au développement durable.

Désireux d’être la vitrine de l’union européenne, le Luxembourg a commencé à investir activement dans ce domaine promettant un avantage compétitif certain. Ceci se traduit au travers de diverses initiatives telles que l’instauration des « Flagship Awards » visant à promouvoir notamment les TICs opérant dans le secteur du Green IT, ou encore la création d’un référentiel d’auto-évaluation permettant aux entre­prises de déterminer leur consommation de CO2 (à l’image de ce qui se fait pour les appareils électroménagers ou les habitations désormais).

À l’heure de la reprise, tous s’accordent pour dire que les projets d’informatique verte sont promis à un développement fulgurant. Les entreprises pourront ainsi mettre en avant leur préoccupation pour l’environnement, tout en diminuant leurs coûts d’utilisation ; un avantage compétitif combinant à la fois les intérêts des entreprises, des gouvernements et des citoyens.

Les auteurs sont asssocié, respectivement manager chez Ernst & Young, www.ey.com/Luxembourg
Olivier Lemaire, Alexandre Minarelli
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