Tzeedee

CD Talk Like Blood de 31 Knots

d'Lëtzebuerger Land vom 15.12.2005

La collaboration entre Own Records, label luxembourgeois et le combo américain 31knots continue et porte ses fruits sur le très fringant Talk like Blood. À l’heure où les bilans de fin d’année s’accumulent un peu partout et sont confondants de conformismes bien pensants, revenons sur cet album particulier, paru en automne, prêt à revêtir un statut d’outsider de choix pour les lauriers de fin d’année. Originaire de Portland en Oregon, le trio n’en est pas à son coup d’essai. Un actif de trois albums et plusieurs eps dont The Curse of the Longest Day en 2004, qui entérinerait leur collaboration avec Own Records pour la distribution européenne. Pour la structure basée au Luxembourg, cette optique confirme le changement de cap qu’elle s’est imposée en resserrant ses effectifs et ses objectifs autour de quelques points névralgiques. Quelques groupes, autant de coups de cœur, pourront ainsi profiter plus efficacement du savoir-faire et du réseau développés au fil des ans par Own Records. Mais revenons à 31knots. Trouver des équivalents à ce groupe n’est pas évident, tant il a su digérer ses influences les plus diverses (Karate, Blonde Redhead, Modest Mouse… et même des réminiscences progressives à la Yes ne sont pas absentes) pour se créer une personnalité musicale bien à part. Talk like Blood, leur dernier opus, redéfinit un peu plus les contours d’une oeuvre remarquable qui s’affirme un peu plus à chaque apparition. On peut même arguer qu’il s’agit ici de l’album de la maturité tant la fougue et la maîtrise technique des protagonistes semblent s’être affinées au service d’une écriture racée et élégante qui n’oublie pas pour autant l’urgence (Hearsay, Chain Reaction, Talk like Blood et ses parties de pianos déraillantes). Mais la grandiloquence et les mélodies à tiroirs qui apparaissaient parfois sur les précédentes plaques semblent s’être évanouies. Cela reste éminemment nerveux, sinueux et très sautillant, mais ils ont daigné épurer leurs morceaux et les rendre ainsi plus limpides et immédiats, sans pour autant céder à la facilité. Trio qui utilise une instrumentation de base (guitare, basse, batterie), mais n’hésitant pas à enrichir leurs morceaux de samples et de boucles, 31knots parvient régulièrement sortir du cadre étriqué et pré-défini pour notre plus grand bonheur (City of Dust, Intuition Imperfected et le dernier morceau sans titre). Au passage, ils réussisent à éviter les sentiers balisés par une pléthore d’autres trios qui utilisent les mêmes instrumentations. Ainsi Busty is Bold, petite perle à la boucle de violon dramatique et tranchante soutenue par la voix insistante de Joe Haege, jusqu’à mi-morceau avant que le trio ne se cabre par l’entremise d’un riff de guitare assassin et jouissif, est assez révélateur de la maîtrise des 31knots. Alors qu’il a été souvent connoté de math-rock, 31knots se montre capable d’évoluer pour se laisser de côté les canons du genre. Ce faisant, il se permet de les remodeler pour mieux se les réapproprier. Ce qui s’avère gagnant, la retenue tellement palpable dont le groupe fait preuve tout au long du disque permettant aux trouvailles mélodiques et sonores de respirer et de briller. Talk like Blood est d’ores et déjà un album crucial. Pour le groupe, en pleine possession de ses moyens, il lui permet de grandir de belle manière et d’enrichir sa palette. Pour nous, il est un de ces albums qui s’installe insidieusement dans le lecteur, qui reste jubilatoire et frais après des écoutes répétées, et qui finit par trouver une place (temporaire ?) dans le panthéon personnel du moment. Évidemment, en live ils tuent! Merci, Petit Papa Own Records!

Pour plus d’informations : www.31knots.com ou www.ownrecords.com

 

David André
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