Campagnes pour les communales 2005

Méi no. Zesummen. Doheem. Gestäerkt

d'Lëtzebuerger Land du 18.08.2005

Dans les centrales des partis, c'est calme, très calme en ce moment. Un vrai mois d'août. Congés pour les uns, services réduits pour les autres, les décideurs politiques sont de toute façon tous en vacances. Il n'y a qu'au bureau du groupe parlementaire du DP qu'on s'affairait cette semaine, de jeunes femmes préparaient la distribution du matériel promotionnel de communales pour les sections et les communes. La date limite pour le dépôt des listes de candidats est fixée au 9 septembre, un mois jour pour jour avant l'échéance des élections communales du dimanche 9 octobre. Les partis semblent s'être donnés le mot d'ordre d'une campagne courte et intensive – le CSV ne veut se lancer officiellement qu'à la rentrée scolaire. L'ambiance en cette année électorale n'a rien de celle d'il y a six ans, en 1999, lorsque les communales avaient lieu la même année que les législatives, à quatre mois d'écart seulement, et que les partis voulaient soit confirmer, soit infirmer l'évolution des résultats de juin. Or, si, par leur essence-même, les élections communales sont préparées, organisées et remportées sur le plan local, en réagissant aux problèmes ponctuels de chaque commune, de chaque quartier, et surtout grâce à la popularité des candidats, héros des fêtes foraines et autres concerts de bienfaisance des harmonies municipales, les partis essaient néanmoins, et ce depuis assez récemment seulement, de structurer ces déclinaisons locales et leur idéologie en proposant des programmes-cadres destinés aux édiles locaux. Faisant entre quatre (Déi Lénk) et 21 pages (DP), ces programmes ont été adoptés par les congrès nationaux des partis et présentés durant les derniers mois (seul l'ADR n'a pas encore présenté le sien, mais le fera début septembre). Les slogans, choisis par les partis, respectivement leurs agences de publicité, ainsi que l'esthétique des programmes collent largement à ceux des législatives de 2004, tout en jouant sur la proximité: «Méi no, Méi blo!» (DP), «Doheem. A ménger Gemeng» (LSAP), «Zesummen. Fir d'Gemengen. CSV. De séchere Wee» ou «Gréng stäerkt » (Verts) (La Gauche n'ayant pas encore affiché de slogan). Le CSV a opté pour un abécédaire, accrochant parfois son programme à des termes insolites (comme «Uebstbeem», arbres fruitiers), La Gauche par contre pour une déclaration politique de base sur les difficultés d'une politique communale de gauche, le DP, le LSAP et les Verts pour des programmes plus classiques, déclinant différents thèmes de politique locale par des promesses et déclarations d'intention concrètes. Jusqu'à l'heure, seules les versions allemandes des programmes ont été publiées1. À la lecture comparative de ces documents, quelques grands thèmes se dessinent.  Le rôle des communes, entre service public et tentation privéeC'est probablement le point sur lequel il y a le plus grand écart idéologique entre partis, entre la gauche et la droite. Si La Gauche se positionne clairement comme une «force de résistance» à la «tendance néolibérale d'une privatisation des services communaux» et se déclare pour un service public fort, le DP par contre parle sans ambages de son aspiration à privatiser un certain nombre de services communaux, persuadé qu'il est que cela serait synonyme d'un meilleur service. «Comme les sociétés commerciales, une commune a elle aussi une clientèle: ses habitants. Il s'agit de satisfaire cette clientèle» (p. 3). Pour y répondre, la commune sera, dans la vision du DP, gérée comme une entreprise privée dont le maire est plus un manager qu'un édile local. Dans les grandes communes, le poste de maire devrait être professionnalisé (p. 5) et, pour colmater les brèches qu'il pourrait y avoir en matière de financement des services communaux, des public private partnerships (en anglais dans le texte), c'est-à-dire des partenariats entre les communes et des entreprises de services privées seraient la réponse idéale, selon le DP, notamment dans des domaines comme le transport, la gestion de l'eau ou des déchets. Pour les libéraux, les communes doivent pouvoir participer au capital d'entreprises de droit privé (p. 9). Les socialistes, tout en se déclarant «pour un État fort et des communes fortes», estiment que «la politique communale est moins une question idéologique que pratique» et demandent avant tout que les communes disposent d'une autonomie assez large, qui leur permette d'agir sur le plan local, soit seules, soit dans des communautés régionales, selon le principe de la subsidiarité (structure des syndicats d'intérêts à redéfinir). Néanmoins, «le LSAP est pour la création d'un 'établissement public communal' et d'une nouvelle structure juridique pour les partenariats public-privé» (p. 6). Même les Verts n'y résistent pas, et annoncent que «dans des domaines d'avenir, comme les énergies renouvelables ou les technologies de communication, des partenariats avec des acteurs de l'économie privée sont envisagés». (p. 9). La Gauche regrette que les communes soient soumises à «la pression pour une libéralisation et privatisation (où la diminution des recettes fait progresser les tendances à privatisation des communes)» (p. 1). Le CSV, lui, reste dans le vague: «Nous nous engageons à utiliser les moyens financiers disponibles de manière la plus rationnelle et contrôlée possible. (...)  Nous sommes le garant d'une planification financière responsable (...) Pour cela, il faut aussi le courage d'organiser les recettes propres des communes de telle manière que des services compétitifs et efficaces puissent être garantis.» (p. 9). Avec son annonce, à la mi-juillet, de vouloir réduirel'impôt commercial dans la Ville de Luxembourg pour rendre le territoire de la capitale plus attractif pour les entreprises, l'échevin CSV responsable des finances, tête de liste et candidat à la mairie, Laurent Mosar ne s'est pas fait que des amis, ni dans sa propre majorité, ni dans l'opposition, ni, surtout, dans les autres communes, qui craignent une concurrence déloyale. Et se plaignent déjà toutes d'une augmentation des charges administratives organisationnelles (comme l'éducation précoce et les foyers d'accueil) qui incombent aux communes, avec, de l'autre côté, une diminution des revenus, notamment des financements directs de la part de l'État et d'impôts commerciaux.

Pour La Gauche, les communes ont avant tout une obligation sociale, devant soutenir les plus démunis, avec des aides financières directes, mais aussi la mise à disposition de logements sociaux ou la création d'emplois dans le domaine de l'économie solidaire, notamment pour intégrer de jeunes chômeurs sur le marché du travail. Le LSAP consacre tout un chapitre aux services sociaux des communes (p. 10), plaidant pour des tarifs adaptés aux revenus des citoyens ou des aides directes, financières ou au logement, alors qu'en matière de politique économique, il opte plutôt pour une organisation régionale en zones d'activité afin d'encourager la création d'emplois de proximité. Le mot «économie» (Wirtschaft) apparaît 17 fois dans le programme du CSV: «un développement positif de l'économie est essentiel pour l'avenir des communes. Elles doivent s'engager intensivement pour l'économie et ses possibilités de développement» (p. 17). Comme si le DP rétorquait uniquement au CSV, il écrit: «ce n'est pas le chemin le plus sûr, mais des chemins innovateurs qui nous sortiront de l'embarras économique» (p. 12) Les libéraux ne cachent pas qu'ils accordent la primauté à l'économie dans toute leur politique, même l'IVL (Intergratives Verkehrs- und Landesplanungskonzept), le programme directeur pour l'organisation territoriale du pays, doit, selon eux, avant tout être appliqué sous l'aspect d'une «réorganisation des activités éconmiques dans le pays».

Lorsque les Verts parlent d'économie, c'est avant tout sous l'angle du développement durable. Ils savent que les idées écologiques ont le vent en poupe et déclinent tout leur programme-cadre sur ce point, persuadés – et confortés en cela par les sondages – que les électeurs leur accordent une certaine crédibilité sur le sujet : organisation territoriale, plans d'aménagements, promotion du transport en commun, voire de moyens de transport alternatifs comme le vélo, promotion de constructions à basse énergie, énergies alternatives... En outre, les Verts mettent un accent sur l'auto-détermination des citoyens et l'intégration des non-Luxembourgeois – ils sont d'ailleurs les seuls à accorder une ligne aux demandeurs d'asile («la commune assume sa responsabilité dans le domaine de la politique d'asile», c'est-à-dire est prête à accueillir des foyers de demandeurs sur son territoire; p. 13). Cela ne manque pas de courage, de briser le tabou, car beaucoup d'analystes post-référendum du 10 juillet estimaient que le rejet xénophobe envers les demandeurs d'asile dans le voisinage de certaines petite communes du Nord avait fait basculer ces électeurs dans le camp des nonistes. La participation politique de tous les habitants de la commune, indépendamment de leur sexe, de leur âge, de leur nationalité ou de leurs convictions politiques ou religieuses est le fil rouge du programme des socialistes (d'ailleurs tous les partis se déclarent pour la promotion ou l'introduction de «parlement des enfants» ou de jeunes, certainement «le» gadget de ces programmes). Le LSAP s'engage en outre pour des actions concrètes dans le domaine du logement, conscient que c'est un des problèmes qui touche le plus directement les citoyens (à la recherche de logements, en attente de permis de construire...): «Avoir un logement est devenu un luxe que beaucoup de gens ne peuvent plus guère se payer, bien qu'il s'agisse d'un droit humain,» écrivent-ils (p. 12) C'est pourquoi les socialistes vont tout faire pour que le logement redevienne accessible»: acquisition de terrains par la main publique, promotion du logement social, bail emphytéotique... Tous les partis sont pour l'égalité des chances entre femmes et hommes, seuls les moyens mis en œuvre pour y arriver diffèrent – tout en restant toutefois toujours dans le domaine du goodwill. Le minimum étant toujours la création d'une commission communale supplémentaire. Ce qu'on retient de l'abécédaire du CSV, ce sont deux termes : la subsidiarité d'une part – résoudre chaque problème au niveau politique le plus approprié, commune, région, gouvernement, Europe, c'est normal, le parti est au pouvoir dans toutes ces instances, alors que les socialistes prônent plutôt l'autonomie des communes, car le parti domine surtout au niveau communal – et la sécurité de l'autre. Le terme sécurité apparaît pas moins de treize fois dans le document, dont le titre même de la campagne, De séchere Wee, qui reprend le slogan de 2004, avec lequel le parti a eu tant de succès. «Pour qu'un plus en sécurité puisse être garanti à nos citoyens,» le CSV plaide pour une augmentation des pouvoir des agents municipaux (les «Pecherten»), notamment dans le domaine du contrôle de l'application des règlements municipaux» (p. 14), ce qui a toujours été un des dada de l'ancienne bourgmestre de la capitale, Lydie Polfer (DP). Le ministre de l'Intérieur, Jean-Marie Halsdorf (CSV) s'est déjà prononcé en faveur de l'élargissement des compétences des agents municipaux – qui ne seraient toutefois pas armés. Une réflexion que l'on comprend, vu de l'angle des communes, qui, depuis la fusion de la gendarmerie et de la police, n'ont plus mandat direct sur la police, et que les services de la police nationale sont désormais sous la responsabilité du ministre de la Justice. La police elle-même toutefois a toujours vu cette tendance d'un mauvaise œil, craignant, après la concurrence des sociétés de sécurité privées, celle des services communaux.

1 Toutes les traductions dans cet article: jh.

 

josée hansen
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