Spéculations d'après législatives

Et maintenant, les communes

d'Lëtzebuerger Land vom 18.06.1999

Les socialistes pansent leurs plaies. La défaite cuisante aux législatives - moins quatre sièges, adieu le gouvernement - prendra du temps à être digérée, analysée, expliquée. Au-delà de l'attribution des responsabilités - à qui la faute ? : au candidat tête de liste Robert Goebbels ou au président du parti Jean Asselborn - et des conséquences personnelles qui en seront tirées au sein du parti, des postes qui seront réattribués, le renouveau public du parti socialiste (Posl) est attendu avant octobre. Jean Asselborn l'a annoncé dès dimanche, tous les efforts du parti iront maintenant vers une consolidation du pouvoir dans les communes. Même s'il n'excluait plus un retour au pouvoir gouvernemental (en cas d'échec des négociations PCS-PDL) mardi, prise de position ressentie comme une gaffe par le parti, l'option ayant été niée par ses collègues par la suite. Car si l'opposition parlementaire peut être régénératrice pour le parti, Erna Hennicot-Schoepges, présidente du PCS, a probablement raison en estimant que ce sera une opposition très forte. Parmi leurs treize sièges, ils compteront quatre anciens ministres - Robert Goebbels, Mady Delvaux-Stehres, Georges Wohlfart et Alex Bodry, plébiscité: avec 36 305 voix il a amélioré son score de 1994 de plus de 5 000 voix et est élu deuxième dans le Sud, derrière Jean-Claude Juncker - et une ancienne secrétaire d'État (Lydie Err), ainsi qu'une équipe de dépu-tés rodés et travailleurs. On estime l'amertume des quadras réputés ministrables - Lucien Lux, Mars di Bartolomeo, Jeannot Krecké - de devoir prendre leur mal en patience. Or, même si Jean Asselborn à Steinfort, Lucien Lux à Bettembourg et Mars di Bartolomeo à Dudelange semblent indétrônables dans leurs bastions, leurs bons résultats individuels aux législatives l'ont prouvé, il reste à défendre deux communes majeures en octobre. À Esch-sur-Alzette, l'actuel maire François Schaak est le grand perdant des élections législatives. Dans sa propre ville, il ne se classe qu'à la dixième place, derrière les membres de sa coalition, François Biltgen et Ady Jung (tous les deux échevins PCS). Ayant été candidat à sa propre succession, à 71 ans, il devra probablement revoir ses plans si le Posl ne veut pas perdre son bastion. Pourtant, son dauphin présumé Henri Grober a fait un plus mauvais score que lui, tous les deux dépassés par Lydia Mutsch. À Luxembourg-Ville se présente une situation toute nouvelle, la bourgmestre depuis 18 ans et présidente du Parti démocrate, Lydie Polfer, étant ostensiblement intéressée à un poste de ministre, tout comme risque de l'être sa dauphine Anne Brasseur, vu son très bon score personnel (plus 1 408 voix à 19 564). Dans ce cas de figure, le PDL entrerait fortement affaibli aux élections communales, avec comme candidat potentiel au poste de maire Paul Helminger. Leur partenaire de coalition jusqu'à présent, le PCS, quant à lui, n'a pas non-plus de véritable porteur de sympathies. Willy Bourg, immédiatement élu au parlement, s'est retiré des affaires communales, Paul-Henri Meyers n'est pas vraiment un personnage charismatique et perd quelques voix - d'ailleurs il n'a jamais accepté son mandat parlementaire lors des derniers scrutins, préférant toujours rester conseiller d'État. Reste Laurent Mosar, qui, bien que non directement élu au parlement, améliore quand-même son score et entrera certainement au parlement après la formation du gouvernement. Il est prévisible que dans ces conditions, les socialistes voient une chance réelle pour briguer une nouvelle fois le pouvoir dans la capitale. Supposant qu'après sa défaite en 1993, Robert Goebbels ne soit plus candidat, Jeannot Krecké, au vu de son excellent score personnel (une progression de deux mille voix à 15 436), sera prévisiblement promu challenger socialiste. En général, on constate, comme déja en 1994, une progression des députés-maires, comme si un mandat communal était une preuve de fiabilité. Ou simplement de popularité. Ainsi, à part les trois députés-maires socialistes, le Sud enverra encore à la Chambre le maire de Frisange, Gast Gibéryen (ADR), ayant fortement amélioré son résultat, et Nelly Stein, députée-maire PCS de Schifflange, stabilisée, ainsi que, dans l'hypothèse de trois députés chrétien-sociaux appelés au gouvernement, Fred Sunnen, maire de Sanem. Au Centre, le maire de Bertrange, Niki Bettendorf (PDL), a été élu haut la main, tout comme Alphonse Theis (PCS) de Hesperange. Cette évolution est la plus marquante dans les deux petites circonscriptions, au Nord et à l'Est, où les députés-maires font légion. Les deux députés démocrates à l'Est sont bourgmestres: Carlo Wagener, Wormeldange, et Maggy Nagel, Mondorf, tout comme le premier suppléant, Jeannot Belling à Remich. Le premier suppléant sur la liste du PCS, Nicolas Strotz, est maire de Bech-Kleinmacher. Au Nord, Émile Calmes (PDL) et Agny Durdu (suppléante PDL) doivent leur popularité à leur mandat de bourgmestres, de Bettborn et de Hamiville respectivement. Camille Gira (Déi Gréng), bourgmestre de Beckerich, restera député au Luxembourg, malgré sa première place sur la liste européenne de son parti; il a refusé le mandat européen qui leur revient. Dans le groupe du Parti chrétien-social, Marco Schank illustre bien l'interrelation entre les deux niveaux du politique : étant devenu député après la mort de Ed. Juncker - l'éternel député-maire d'Ettelbruck -, il améliore son résultat personnel de plus de mille voix à un total de 9 407. Ou est-ce dû à l'inauguration récente du Naturpark Uewersauer, dont il s'est toujours fait le défenseur? Probablement pas, car son collègue pour la cause, Nico Loes, maire de Nothum, perd des voix et n'est plus que premier suppléant. En fait, tout se passe comme si l'évolution du politique allait dans deux sens, l'intégration européenne imposant une très forte présence internationale de quelques représentants - le gouvernement pour l'Union, le commissaire à désigner et les députés européens - alors que le niveau national se subdivise toujours en régions, en groupes de pressions pour les intérêts locaux. D'ailleurs la maire de la Ville de Luxembourg en est un exemple parfait: ayant fait du lobbying pour sa ville durant 18 ans et ayant toujours comparé la politique nationale à son administration communale, elle devra maintenant s'éloigner de ce schéma et défendre aussi Esch-sur-Alzette. Et même Esch-sur-Sûre.

josée hansen
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