Joe Molitor

Ça bourdonne chez Joe

d'Lëtzebuerger Land vom 20.06.2014

De légers bourdonnements au loin, une odeur de miel dans l’air, dans le jardin de Joe Molitor, une rangée de ruches attire le regard et suscite la curiosité. Installé à Nospelt, cet enseignant cache une passion peu commune : l’apiculture. « Depuis tout petit, j’avais cette idée en tête, explique ce jeune père de famille. Enfant, je me souviens même avoir été acheter du miel chez un apiculteur du village et m’être dit qu’un jour, je m’intéresserai de plus près à cela ». Coup du hasard, son souhait se concrétise lorsqu’il rencontre sa femme, dont le père possède trois ruches. « Il m’a initié à son loisir et ensuite, j’ai eu l’opportunité de reprendre ses abeilles ».

C’était en 2002. Depuis, Joe a multiplié par dix le nombre de ses ruches. Mais avant d’arriver à ce résultat, l’apiculteur en herbe décide de prendre des cours théoriques et pratiques auprès de la Fédération des unions d’apiculteurs du Luxembourg. « On ne se lance pas comme ça dans l’apiculture, il faut certaines notions, sinon les colonies peuvent vite mourir », explique le passionné. Contrer l’essaimage des ruches, reconnaître les cellules royales, isoler la reine et les abeilles lors de la récolte, éviter le virus de l’acarien varroa... autant de notions qu’il faut entre autres pouvoir maîtriser pour se déclarer du métier. Enfumoir à la main, Joe s’en va nous présenter ses abeilles. « Là-dedans, il n’y a que de la fumée, réalisée à partir de bois ou de carton brûlé. Croyant que la ruche prend feu, les abeilles vont se préparer à affronter l’incendie en faisant le plein de miel et c’est cet instant que l’apiculteur saisit pour faire son travail », explique calmement Joe, en extrayant un cadre recouvert d’abeilles de sa ruche.

C’est avec ces mêmes gestes lents que dès le mois de mai, l’apiculteur entretient une à deux fois par semaine son rucher pour y récolter ensuite son miel. « Il y a la récolte du printemps, qui donne un miel plutôt clair, et la récolte estivale, où le miel est beaucoup plus sombre. La couleur dépend toujours des plantes qui ont été butinées. Un miel de pissenlit sera par exemple très jaune, tandis qu’un miel de colza sera quasiment blanc. Mais ici, au Luxembourg, nous ne faisons pas de miel spécifique, mais plutôt du multiplantes, car le pays est trop petit pour cela », précise Joe Molitor.

Hébergeant jusqu’à 65 000 abeilles, une ruche fournit en moyenne 25 kilos de miel par an. Un produit brut que l’apiculteur se doit alors d’affiner au cours de différentes étapes. « Je retire d’abord les plaquettes de cire, puis je place les cadres dans une centrifugeuse. Je passe ensuite le miel au tamis, afin d’éliminer tous les résidus de cire. Enfin, je remue chaque jour le miel avec assiduité, afin d’éviter la formation de cristaux de sucre. On obtient alors quelque chose de très fin », indique Joe. Quand il n’est pas occupé à fabriquer du propolis, de la liqueur ou du vin de miel à partir de sa récolte, ce passionné ouvre ses ruches aux enfants des écoles, pour qui il a créé une ruche d’observation, dans laquelle les abeilles sont visibles à travers une vitre. « Les adultes ont souvent plus peur des abeilles que les enfants, qu’il faut parfois presque freiner. D’ailleurs, les abeilles ne sont pas très agressives, ce ne sont pas elles qui vous dérangent quand vous mangez dehors, mais plutôt les guêpes, qui sont attirées par les protéines de nos aliments », remarque Joe.

L’occasion pour lui de sensibiliser également la jeune génération à la disparition inquiétante des abeilles de notre écosystème. « L’an passé, nous avons noté une perte de 35 pour cent. C’était très important. Cette année, ça va mieux, on est retombé à un taux normal de dix pour cent. Il n’y a pas vraiment d’explications précises, mais nous avons des pistes bien sûr, explique l’apiculteur. Premièrement, la propagation du parasite varroa, qui affaiblit les abeilles et les tue. Ensuite, l’utilisation des pesticides, qui dérèglent l’orientation des abeilles. Enfin, la biodiversité qui est mise à mal. Il n’y a plus assez de pollen pour tenir tout l’hiver et les abeilles, dont l’espérance de vie en hiver devrait atteindre les huit mois, ne tiennent pas le coup ». Faut-il pour autant installer des ruches chez soi, histoire de faire sa part pour l’environnement en contribuant à l’élevage des abeilles ? « Pas sans s’intéresser un minimum à l’apiculture. Je recommande vivement de prendre des cours avant et d’être prêt à entretenir les ruches comme il se doit. Sinon ça ne sert à rien, le rucher ne durera pas ».

Plus d’infos sur le site de Joe Molitor : http://beien.molito.net ou sur celui de la Fédération : www.apis.lu.
Salomé Jeko
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