Chronique Internet

In der Kürze…

d'Lëtzebuerger Land vom 29.09.2017

Twitter a annoncé cette semaine avoir décidé de porter la longueur maximale des tweets à 280 caractères, contre 140 jusqu’ici. Une révolution pour le service de micromessagerie, qui cherche désespérément depuis plusieurs années la formule magique qui lui permettra enfin de devenir profitable. Les réactions oscillent entre tiédeur et hostilité.

Dans l’immédiat, il s’agit d’essais concernant un nombre limité d’utilisateurs. Twitter a expliqué que la limite des 140 caractères était une « source majeure de frustration » pour certains. « Essayer de comprimer vos pensées dans un tweet – nous sommes tous passés par là, et c’est vraiment dur », a expliqué Aliza Rozen, product manager. Elle a précisé que les tests concernaient toutes les langues sauf le japonais, le chinois et le coréen, qui parviennent à transmettre deux fois plus d’information par caractère que les autres langues.

Mais elle reconnaît que « Twitter, c’est la brièveté », ce qui illustre bien le tiraillement de Twitter quant à cette limite, à la fois trait distinctif et obstacle à son adoption plus universelle.

À ses débuts, lorsque la possibilité d’envoyer des textes depuis un téléphone portable se limitait aux textos, c’est le plafond technique des 160 caractères des SMS, un des moyens d’injecter des messages dans le service lorsqu’on était en déplacement, qui avait incité Twitter à décréter une limite dure de 140

caractères. C’est de cette brièveté que Twitter a tiré son attrait. Il a conservé cette limite bien que les SMS aient été délaissés depuis et que chaque tweet puisse désormais véhiculer des contenus bien plus volumineux.

Même s’il s’agit pour l’instant d’un test, Twitter semble bien décidé à aller de l’avant et à généraliser la limite de 280 caractères. Aliza Rozen a indiqué que celle-ci aurait pour conséquence de faciliter l’acte de tweeter.

Faciliter pour qui ? Un journaliste du Times a exprimé sa crainte que Donald Trump ne soit l’un de ceux invités à participer au test.

Pour Julia Gillen, la mesure montre que Twitter, qui a enregistré une perte de 160 millions de dollars au quatrième trimestre, contre 90 millions un an plus tôt, continue de vaciller entre succès et échec. Son modèle d’affaires continue d’être « fondamentalement instable ». écrit-elle dans The Conversation.

Puisqu’il s’agit pour Twitter de générer davantage de revenus, pourquoi ne pas adopter une formule payante pour les tweets dépassant les 140 caractères ? C’est la proposition provocante formulée par le blogger Steve Randy Waldman, à
Interfluidity.com. Il recommande à Twitter de renoncer à son modèle d’affaires fondé sur les publicités et de facturer plutôt ceux qui peuvent se permettre de payer pour des tweets plus longs que 140 caractères. « Pendant des années, j’ai gaspillé des dizaines d’heures à essayer de raboter quelques caractères d’une idiotie vaine dont j’imaginais qu’elle était intelligente et pleine d’esprit, pour respecter la limite des 140 caractères », écrit-il avec autodérision. D’où sa proposition que Twitter adopte une « facturation exponentielle » : 1 cent pour le premier caractère excédant les 140, le double pour le second, le quadruple pour le troisième etc. Les quelque 20 dollars que l’on paierait par mois pour les petits dépassements vaudraient le temps économisé, avance-t-il.

Sauf qu’à 28 caractères excédentaires, le coût passe à plus d’un million de dollars. Ne serait-ce pas là, pour les twittos compulsifs, une élégante façon de faire étalage de leur richesse ? L’utilisateur @squarelyrooted, porté sur les maths, s’est amusé à calculer le coût d’un tweet de 280 caractères suivant ce modèle : 290 septillions de fois le total de toute la production économique de tous les temps. Sur cette lancée, on imagine la facture pour un tweet bavard émis depuis la Maison Blanche pour annoncer le déclenchement d’un conflit nucléaire qui justement, tiens, annihilerait à tout jamais toutes les productions humaines…

Jean Lasar
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