CD Bang my can de Pascal Schumacher

Yes, my can

d'Lëtzebuerger Land vom 05.05.2011

Pascal Schumacher se rappelle à notre bon souvenir avec son nouvel opus Bang my can, à peine un an après Face to face. Cette fois-ci, il fait appel à son quartet, qui comprend Christophe Devisscher à la contrebasse, le batteur Jens Düppe et Franz Von Chossy au piano tandis que le vibraphoniste se charge de son instrument de prédilection, mais aussi de quelques interventions au glockenspiel.

C’est encore le prestigieux label allemand Enja Records, comptant dans son riche catalogue des enregistrements de légendes comme Elvin Jones, McCoy Tyner voire Lee Konitz, qui sort Bang my can. Ce recueil d’onze morceaux comprend des compositions de chacun des membres du quartet, même si près de la moitié sont signés Schumacher. Si la formation n’utilise que des sonorités propres au jazz dit classique, tout en évitant les cuivres, l’approche est résolument moderne. En effet, le quatuor propose une espèce de jazz de chambre, éminemment élégant et bénéficiant d’une certaine épure, qui laisse transparaître, avec clarté, les thèmes principaux. Le parallèle avec des formations comme la regrettée EST est encore bienvenu, car les deux formations poursuivent une même recherche de la limpidité, à cheval entre expérimentation et accessibilité.

Jouant sur une certaine variété rythmique qui alterne binaire et ternaire, le quatuor se met proprement au service des compositions, sachant quand il faut faire monter la pression ou quand relâcher la bride, offrant de beaux moments d’introspection tout comme ne négligeant pas de-ci, de-là une frénésie, voire une tension au cordeau. Les capacités d’improvisation dont font preuve les différents instrumentistes s’insèrent parfaitement dans l’écrin des morceaux avec la précision d’un horloger et rien ne dépasse. Le vibraphone de Pascal Schumacher a ceci de particulier qu’il peut suspendre des notes dans l’air comme dans l’introductif et mystérieux Inspector, se faire plus funky à l’image des fameux Fender Rhodes (ces pianos électriques au son chaud et particulier) comme sur Elmarno, voire lancer des ostinatos rythmiques qui font contrepoids ou encore lancer les thèmes principaux.

Après la vaporeuse introduction, Water like stone prend la forme d’une montée fiévreuse sur un leitmotiv enlevé et optimiste avant de s’achever sur une pluie de notes qui se vaporisent, comme après avoir heurté le sol brulant. Sur un tempo nettement plus lent Seven fountains poursuit un certain fatalisme. Le morceau titre, quant à lui, avance sur des pas plus déterminés tout en s’empreignant d’une douce mélancolie, entretenue par une belle complémentarité entre le vibraphone et le piano. Après ce coup d’éclat, on freine à tout va avec la complainte A fisherman’s tale, qui crée, avec minimalisme et retenue, une ambiance diaphane et froide.

Plus éthéré dans son début, Metamor­phosis se mue vers quelque chose de plus enjoué, évoluant au gré des humeurs de musicien avec fil rouge le piano de Von Chossy, qui maintient le cap. Le linéaire Headspin maintient une tension similaire, malgré quelques moments suspendus du plus bel effet, avant que la machine ne soit relancée. Par contre, le lancinant Taurenturm prend son temps, après des débuts intimistes et s’étoffe peu à peu, avec une mélodie très pure au piano. No dance on volcano ashes, comme son titre l’indique avec humour, ne tient pas en place et développe un thème ascensionnel, qui cependant redescend aussi lentement qu’il a commencé avant de repartir de plus belle. Quant au bien-nommé Ghosttrackmusic, il joue avec nos sens auditifs par un va-et-vient lugubre et expérimental rappelant Sextant de Herbie Hancock.

Pour plus d’informations : www.enjarecords.com, www.mondaynightproductions.com ou encore www.pascalschumacher.com.
David André
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