Pitou Antoni

Au salon des immortel(le)s

d'Lëtzebuerger Land vom 14.06.2013

Oase inattendue dans ce quartier plutôt résidentiel des rues latérales du boulevard de la Pétrusse, Amapura n’est pas facile à cerner du premier coup d’œil. Superette bio offrant des produits alimentaires et une large sélection d’huiles essentielles, tisanes et autres hydrolats, elle présente aussi un grand choix de livres santé, articles cosmétiques et accessoires ainsi que, le clou, un menu du jour composé de plusieurs plats cuisinés d’après la méthode raw food qui garantit la préservation des nutriments et enzymes. Les petites salades, soupes, desserts scintillants de fraîcheur sont à déguster à volonté et en communauté autour de la table massive, pièce maîtresse du local.

« Il n’y a pas de terme fixe pour désigner mon établissement », sourit Pitou Antoni, la charmante propriétaire des lieux. « Ce sont les maîtres mots santé et bio qui m’ont guidée, mais aussi la curiosité des produits alternatifs et du potentiel des plantes que je découvre moi-même chaque jour un peu plus et dont j’ai envie de transmettre la connaissance ». C’est son père d’origine corse qui a, très tôt, initié la psychologue aux vertus des plantes ; elle s’est offert un rêve en ouvrant ce lieu. « Je l’ai toujours vu cueillir des herbes, les faire mijoter, macérer, exploiter leurs propriétés aroma-thérapeutiques. Je ne m’y suis jamais véritablement intéressée, mais à un moment de ma vie, je me suis souvenue de ces expériences fascinantes. Ça a été un retour aux sources en même temps que la découverte d’un nouveau monde ». Pitou part en Corse faire le tour des producteurs d’huiles essentielles et d’hydrolats bio, pour n’en ramener que les meilleurs.

C’est toujours sur « l’île de beauté » qu’elle s’approvisionne, mais pas seulement : elle ne manque pas de ramener des produits traditionnels de ses nombreux voyages tels que cet encens de première classe qu’elle a importé d’Oman récemment. Last but not least, tout ce qu’elle trouve sur le marché local, elle l’achète luxembourgeois, à commencer par les fruits et légumes pour les succulents plats de midi, mais aussi les produits d’Arkhe, acquis à Garnich auprès de la pionnière de la phytothérapie au Luxembourg.

Les prochains pas ? « Je veux développer l’offre des conférences pour lesquelles je fais venir des experts reconnus, et les ateliers cosmétiques qui viennent de démarrer », révèle Pitou (ateliers lors desquels on peut fabriquer soi-même, sous l’œil expérimenté de Pitou, ses crèmes pour le corps et autres lotions et onctions beauté). « Il m’est important de divulguer des connaissances sur les plantes plutôt que de seulement vendre des produits prêts à l’emploi. Dans mon assortiment donc, pas de compléments alimentaires ou autres pilules magiques dont on ne connaît pas les ingrédients ; que du pur, des produits de base ». En perspective, elle entrevoit aussi de développer les cours de cuisine et la petite restauration, à l’aide de son nouveau collaborateur cuisinier d’origine grecque.

Pour le nom de son espace, Pitou s’est inspirée du côté de Myanmar, dont l’ancienne capitale s’appelait Amarapura signifiant, en Pali, « la Cité de l’immortalité ». L’Immortelle est aussi la plante qui la fascine le plus pour ses innombrables vertus : anti-inflammatoire, antalgique, cicatrisante, stimulant la circulation du sang, promettant longue vie aux peaux jeunes. « J’entretiens un lien particulier avec cette plante qui couvre les paysages corses tels un tapis doré ».

En un an, Pitou aura réussi à faire de son local du coin un point de rencontre pour toutes celles (et de plus en plus, ceux) qui s’intéressent à une alimentation saine et au pouvoir de guérison des plantes, dans une ambiance mi-resto affairé, mi-salon de détente. L’aura zen et accueillante de la maîtresse des lieux qui, le cœur sur la main, offre conseils et petites astuces pour chaque petit bobo qu’elle aura deviné, y aura été pour quelque chose. C’est aussi un regain de vie dans le quartier – des voisins de toujours apprennent à se connaître, des anciens camarades de classe se redécouvrent. « La Pitou-connection commence à  faire effet boule de neige », rit une des clientes en se régalant d’une salade de pois chiches à la coriandre et du jus de betteraves-fenouil fraîchement pressé. Viendra se purifier l’âme chez Pitou qui le souhaite, en attendant l’inauguration de la nouvelle terrasse le 3 juillet pour un test du menu de dégustation raw food et un pot (sain) de l’amitié scellant le pacte entre nature et urbanité.

Amapura, 43, rue Goethe à Luxembourg ; www.amapura.lu ; ouvert du mercredi au samedi.
Béatrice Dissi
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