Avenir de l'Europe

Un détail présidentiel

d'Lëtzebuerger Land du 17.10.2002

Tout est dans le détail. Valéry Giscard d'Estaing, le président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, ne pouvait ainsi se retenir, parlant de l'Union européenne, de glisser un petit « dont il faudra voir le nom définitif » dans une de ses réponses dans le cadre de la conférence de presse commune avec Jean-Claude Juncker, mercredi au Château de Senningen. Il y a une semaine, le Premier ministre avait qualifié de « joujou », la tentative de lancer un débat sur un éventuel changement de nom de l'Union européenne. VGE s'est proposé de la baptiser Europe unie. 

L'ancien président français avait fait le déplacement au Luxembourg pour un échange de vue avec le gouvernement et un déjeuner avec les « conventionnels » luxembourgeois. La semaine prochaine, la Convention entrera définitivement dans sa phase chaude avec la présentation par VGE d'un premier jet de la future « constitution pour l'Europe ». En attendant, le gouvernement britannique a pris les devants en présentant, aussi mercredi, son propre Traité constitutionnel de l'Union européenne.

Dans les médias, c'est surtout l'idée de doter l'Europe d'un président qui fait les titres. Cette idée britannique, soutenue par la France et l'Espagne, était jusqu'ici rejetée catégoriquement par Jean-Claude Juncker. Mercredi, chez lui aussi tout était cependant dans le détail. Nuançant sa position en présence de son invité, le Premier ministre resta certes « très réservé » quant à la création d'un poste de président permanent du Conseil européen, mais il relativisa par un « tant qu'il n'existe pas de description précise des attributions de cette fonction ». Il se rapproche ainsi de la position allemande qui répond par un « peut-être, mais » à l'avancée britannique.

Aujourd'hui, la présidence du Conseil européen (réunissant les chefs de gouvernement), tout comme celle des différents conseils des ministres, est tenue chaque fois pour une durée de six mois par un État membre. Ce système de rotation, qui a longtemps bien fonctionné, s'est entre-temps soldé sur un constat d'échec. « Dans une Europe élargie à 25 pays, il n'y aura plus aucune continuité dans les travaux du Conseil, » constate Giscard. Juncker partage ce constat: « La rotation n'apporte aujourd'hui plus de valeur ajoutée. » Sur la solution du problème, les deux hommes sont toutefois loin d'un d'accord.

Même si VGE reste pour l'instant prudent à ce sujet ­ il a jusqu'ici évité que la Convention ne discute de dispositions institutionnelles ­, il estime que les chefs de gouvernement du Conseil européen (un organe qui est né à l'époque sous l'impulsion du président français Giscard) devraient eux-mêmes pouvoir désigner leur président. 

Jean-Claude Juncker, dans la tradition « communautaire » des pays du Benelux, craint qu'un nouveau président du Conseil européen n'affaiblisse la Commission européenne. Il préférerait a priori qu'il revienne aux commissaires et à leur président de diriger les réunions aussi bien des ministres que celles des chefs de gouvernement.

Mardi, une nouvelle voix est venue s'ajouter au camp des opposants à un président européen. Javier Solana, le Monsieur Politique étrangèrede l'UE, estime que le manque de cohérence de la politique extérieure de l'Union ne sera pas résolu par de nouveaux titres.

 

Jean-Lou Siweck
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