CD Trash de Low Density Corporation

Artificially conceived

d'Lëtzebuerger Land vom 24.04.2003

«Wake up! Wake up! It's a dream!» chante Rocco Russo sur «Lagerfeuer ­ a cowboy called cyber», la deuxième chanson sur le deuxième disque de Low Density Corporation. La formation trip-pop révolutionna le monde de la musique pop-rock nationale avec son premier disque, Low Density Corporation featuring Galliver, en 1999. À l'époque, leurs chansons comme notamment «Ode to my stupidity» ou «Disconnected» provoquaient une véritable surprise, comme un petit choc, pour ceux qui étaient habitués à n'entendre que du blues ou de la soupe commerciale. Une finale du tremplin Emergenza, plusieurs tournées, de nombreux remaniements du groupe et quatre années plus tard, voici donc Trash, leur deuxième disque qu'on attendait avec impatience.

«Pourquoi quatre ans? Parce que nous avons beaucoup cherché dans quel style nous pourrions évoluer, nous avons beaucoup remanié les morceaux que nous avions joués en live pendant deux ans,» explique le charismatique chanteur, frontman et auteur des textes, Rocco Russo. Avec Olivier Toth aux synthés et à la programmation, qui est aussi le compositeur des chansons, Rocco Russo mène le groupe. Beaucoup de chansons ont terminé dans la poubelle durant le processus créatif, qu'ils veulent interactif parmi tous les membres de la formation, d'où le titre du disque. 

Les autres huit titres ont été fignolés jusqu'au moindre détail. Et c'est probablement le principal reproche que l'on puisse leur faire: il manque la spontanéité, tout est extrêmement travaillé, rond, sans rien qui dépasse. Des chansons «trop parfaites» pour ainsi dire, un peu trop «artificially conceived» comme le chante Rocco Russo sur «Valid». On sent les mois de studio, de mixages et de remixages, mais c'est quelque chose que le chanteur assume pleinement. «Notre ambition était très clairement de faire une musique très mélodieuse, très pop, avec tous ses éléments constitutifs, notamment la structure des chansons,» explique-t-il et utilise, pour décrire leur évolution, un langage coloré: des couleurs vives, plus brutes de leurs débuts vers des couleurs adoucies, plutôt pastels.

Alors que la plupart des groupes de pop-rock luxembourgeois se séparent après leur premier disque, Low Density Corporation s'inscrit donc dans la lignées des rares formations qui durent. Et comme un véritable groupe, qui, contrairement au «projet», évolue aussi en dehors du studio, sur scène. Le live est d'ailleurs un de ses points forts, l'endroit où ils retrouvent leur spontanéité pêchue. Par leur structure très claire, leurs mélodies très marquantes et la composition des chansons - une partie est constituée de samples programmés, mais une grande partie reste instrumentale aussi, basse, percussions, synthés, deux voix; ces derniers temps, même la guitare a fait sa réapparition ­, ils arrivent à capter très vite leur public. Et à le garder. 

Connaissant les limites du marché luxembourgeois, Low Density Corporation a des ambitions internationales, ils ne l'ont jamais caché. Ils viennent de signer un contrat pour la Belgique et le Luxembourg avec le distributeur Distrisound - «around this globe, 500 companies are waiting to see your work and pay you the big dollars!» est la promesse de la société de distribution sur son site Internet -, et sont en train de tenter une incursion sur le marché allemand. 

Rocco Russo écrit des chansons «internationales». «Lorsqu'on habite au Luxembourg, on vit comme dans une bulle, c'est comme si tous les problèmes du monde se passaient en dehors de cette bulle, affirme-t-il. Mais nous ne pouvons pas toujours vivre par procuration!» Alors, si des groupes plus radicaux, notamment la scène hardcore du Sud, fustigent plus directement les dysfonctionnements du monde avec des textes accusateurs et politiques, si d'autres songwriters luxembourgeois écrivent sur le hic et nunc ou leur nombril, et si la toute jeune scène électro ou postrock se passe tout simplement de textes, Low Density Corporation parle d'une société futuriste, ses thèmes de science-fiction sont en accord total avec la musique planante. «Je m'intéresse à tout ce qui se passe dans une autre dimension, continue l'auteur des textes, je me pose beaucoup de questions sur la philosophie, l'avenir des hommes.» 

Et de revendiquer les références culturelles des meneurs de LDC: la pop des années 1980, de Duran Duran à Depeche Mode, plus proche de nous le trip-hop, mais aussi d'autres disciplines, comme le cinéma. Les samples qu'Olivier Toth a programmés le prouvent: tantôt une véritable tempête de basses électriques, tantôt une incompréhensible logorrhée d'un super-héros (de manga?) japonais sont là pour prouver cette ouverture.

D'ailleurs, le plus beau compliment, la plus grande reconnaissance que la scène musicale ait pu leur faire est gravée en bonus sur le disque: un remix très dynamique de la célèbre «Ode to my stupidity» du premier disque par les délirants Principal Trade Centre.

 

Trash de Low Density Corporation, produit par ldc, coûte 15 euros et est en vente chez les disquaires. LDC en 2003 c'est: Rocco Russo, Olivier Toth, Gilles Wagner, Laurent Peckels et Claudia Galli. Pour plus d'informations sur le groupe et sur les dates de concerts: www.ldc.lu

 

 

 

 

josée hansen
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