Marie Mistral

La fée des gâteaux

d'Lëtzebuerger Land du 21.06.2013

Univers rose bonbon, pièces montées girly à toucher le plafond, cupcakes aux toppings gourmands... Bienvenue chez Marie Mistral, la fée sucrée. Installée dans le Grund, la magie semble avoir touché cette jeune femme, encore sans emploi il y a tout juste un an. Dans ses bagages, un CAP pâtissier et quelques expériences dans la restauration, mais pas question pour elle de faire nuit et jour des éclairs à la chaîne. Son truc c’est surtout d’être une maman, une maman proche de ses quatre enfants et qui confectionne des gâteaux pour les fêtes scolaires. C’est d’ailleurs l’une de ses créations qui va pour ainsi dire changer sa vie. « C’était un gâteau avec de la pâte à sucre que j’avais réalisé pour Carnaval. J’avais vu un reportage sur cette tendance à la télé, et j’ai voulu faire pareil. Forcément, ça a fait fureur, mon gâteau a été pris en photo, d’autres mamans m’en ont commandé... », se souvient Marie.

Face à ce succès grandissant, la pâtissière aux doigts d’or décide d’ouvrir sa boutique. Mais pas évident quand on ne touche que le RMG... « Je suis allée voir le Fonds du logement qui m’a proposé ce local, rue St Ulric, pour un prix dérisoire. Je l’ai pris et j’ai tout installé moi-même ». En un tour de baguette magique, la petite boutique se transforme en palais merveilleux de la gourmandise et ouvre ses portes le 2 juillet 2012. À l’intérieur, les créations exclusives de Marie, la Fée sucrée cake designer. Car c’est ça son métier, créer et confectionner le gâteau de vos rêves : Des pièces montées à dentelles, perles et rubans pour les mariages en passant par des gâteaux colorés à la déco personnalisée pour les anniversaires...

« Je fais ma pâte à sucre moi-même et c’est elle ensuite que je modèle et qui me permet de décorer le gâteau », explique-t-elle avec simplicité. Dans sa vitrine réfrigérée, « (sa) dernière acquisition », une farandole de cupcakes, petits gâteaux d’origine américaine surmontés de crème au beurre ou de chantilly. « Avec la boutique, je me suis diversifiée. Je ne fais pas que des gâteaux, je propose aussi des macarons, des biscuits, des cookies... ». Bref, impossible de résister aux vitrines alléchantes de l’enseigne. « J’ai envie de faire plaisir aux gens, de leurs préparer de bonnes choses », avoue tout sourire celle dont les larmes montent aux yeux quand on lui demande quelle commande l’a le plus marquée. « C’était pour un anniversaire de mariage, un vieil homme voulait offrir un de mes gâteaux à sa femme, qui était fan de mes créations. Il m’a touché, je lui ai offert une énorme pièce montée... J’ai su ensuite que sa femme était malade, elle est décédée quelques semaines après ». Mais la fée retrouve vite son aplomb quand elle évoque une de ses premières clientes, toujours fidèle aujourd’hui et devenue maman entre-temps. « Une miss Belgique, assez connue, mon premier people en quelque sorte ». Pour répondre à toutes ces commandes, la cake designer ne compte pas ses heures. « Je travaille souvent la nuit, la journée je suis à la boutique, le soir je m’occupe de mes enfants... Parfois je ne dors pas pendant 48 heures ». En plus, depuis peu, la boutique propose aussi des cours de pâtisserie ouverts au public, histoire d’apprendre aux intéressés à créer eux-mêmes leurs propres gâteaux et à maîtriser l’art de la pâte à sucre. « J’ai encore beaucoup de projets et de choses que je veux faire. Mais je manque de temps, alors ça se fera petit à petit. Parfois c’est difficile, de gérer tout toute seule comme je le fais, mais quand je prends deux secondes pour souffler et que je vois le chemin parcouru en un an, je ne regrette rien et je sais qu’un jour tout ça paiera ». Fée sucrée et bonne fée tout court, Marie se veut solidaire des personnes en difficultés. Et parce qu’elle n’a pas oublié son passé, cela fait quelques semaines qu’un service de cafés en avance a été instauré au sein de sa boutique. « Quand un client m’achète quelque chose, il peut acheter un café sans le consommer, pour l’offrir ensuite à un individu dans le besoin », explique-t-elle. « En fait, je note les cafés payés à l’avance sur un tableau, pareil pour les sandwiches ou les gobelets de soupe, et les associations m’envoient des gens à qui les donateurs offrent, par mon biais, de la nourriture ou des boissons déjà payés ». Mais pour l’instant, à quelques jours de souffler sa première bougie, Marie a plus que jamais les mains dans la farine. Pour chaque gâteau, vendu 6,50 euros la part, une part s’envole dans une tirelire, destinée à financer le rêve de ses enfants : aller voir le Taj Mahal. En attendant, la Fée croise les doigts pour que son rêve à elle se réalise bientôt. Un projet top secret qui lui tient très à cœur et dont elle attend le dernier feu vert... « Quelque chose pour lequel je m’entraîne depuis quelques mois et qui j’espère, aboutira ». Promis, si ça se concrétise, vous en entendrez parler.

Salomé Jeko
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