Stratégies commune des théâtres de la Ville

Quantensprung

d'Lëtzebuerger Land vom 10.10.2002

«Pour moi, l'avantage d'une collaboration plus étroite avec le Grand Théâtre est évident, explique Marc Olinger, directeur du Théâtre des Capucins. Désormais, je ne suis plus un petit théâtre, mais une des salles des Théâtres de la Ville de Luxembourg, qui en comptent trois en tout: le Capucins, le Studio et la grande salle. Ce nouvel agencement me permettra de coproduire des spectacles d'une autre envergure.» Assis en terrasse devant le Musée d'art moderne et contemporain, en face du Théâtre national de Nice  (TNN), le directeur a fait le voyage pour assister à la première de Festen de Thomas Vinterberg, mise en scène par le nouveau directeur du TNN, Daniel Benoin. La pièce est coproduite par le Théâtre des Capucins, financée par son budget - «il est clair que de si grands projets demandent des moyens financiers plus conséquents,» estime Marc Olinger -, mais elle sera jouée en novembre 2003 dans la nouvelle salle du Grand Théâtre, le Studio, d'une capacité de quelque 300 places. 

La production de Festen peut donc être considérée comme le coup d'envoi de la nouvelle stratégie des deux théâtres municipaux de collaborer étroitement, l'opéra et la danse au Limpertsberg, des formes d'expression plus expérimentales aussi, qui seraient alors montrées au Studio, mais le théâtre, la production de pièces resteraient du domaine du Capucins (voir aussi notre entretien avec Frank Feitler, directeur de la grande maison). Ce rapprochement - qui permettra aussi de mieux tenir tête à la concurrence du Théâtre national de Luxembourg, quasi étatique - n'est toutefois pas officialisé, il ne s'agit pas d'une fusion, ni administrative, ni financière: les deux maisons gardent chacune son budget et sa programmation. «Mais Frank Feitler et moi voulons vraiment programmer en commun et nous consulter,» précise Marc Olinger. Si cela peut marcher, c'est avant tout dû à la bonne entente, voire à l'amitié entre les deux hommes. À moyen terme, le rêve serait d'en arriver à la création d'un pool de techniciens par exemple, qui puissent travailler pour les trois scènes, «mais de toute façon, il nous faudra plus de personnel, plus de flexibilité aussi,» continue le directeur des Capucins.

Si Daniel Benoin vient de créer, dès son arrivée à Nice, une sorte de troupe de sept acteurs fixes afin de souligner l'importance qu'il accorde à la création, la réponse de Marc Olinger par contre est claire et nette: «je persiste et signe: je suis contre une troupe au Luxembourg!» Et d'invoquer le problème linguistique en premier lieu - rares sont les acteurs et actrices qui sachent jouer en luxembourgeois, en allemand et en français à la fois, qui sont pourtant toutes les trois langues courantes dans la programmation du Capucins. «Ce qui ne veut pas dire que nous ne prenions pas au sérieux notre rôle en tant qu'établissement public: nous devons contribuer à ce que les acteurs qui travaillent au Luxembourg puissent en vivre. Mais pour moi, dans notre situation, la seule solution à ce problème est un véritable statut de l'intermittent du spectacle, qui doit absolument être adapté à la réalité du terrain!»

Dans ce sens aussi, Festen est un saut qualitatif, garantissant un emploi durant plusieurs mois - à Nice, à Paris et au Luxembourg -, à Joël Delsaut, Patrick Hastert, Nicole Max, Marie-Pierre Mouillard et Claudine Pelletier, cinq acteurs et actrices de la «famille» du théâtre au Luxembourg. Et leur a donné la possibilité de travailler avec des gens exceptionnels comme Daniel Benoin, Jean-Pierre Cassel ou Frédéric de Goldfiem. Sous le soleil de Nice, en plus...

josée hansen
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