CD Pocket Heaven de Guru Banana

Diptyque de poche

d'Lëtzebuerger Land vom 12.03.2009

Cela fait un petit bout de temps que l’asbl Panoplie organise des concerts au Luxembourg, invitant des artistes et des groupes italiens plus ou moins underground. Petit à petit, on s’est mis à rêver de label. Tout d’abord timidement, avec deux compilations fort recommandables (Eskimo friends et Tales from my pocket, pour ne pas les citer) au design impeccable, puis la petite structure Pocket Heaven vit le jour, en proposant sous nos latitudes les dernières plaques de leur parrain, Giovanni Ferarrio, équivalent transalpin de John Parish. C’est d’ailleurs, entre autres, son dernier projet Guru Banana qui refait parler de Pocket Heaven.

Tirant son patronyme d’une chanson de Kevin Ayers, dandy nonchalant ayant survolé les sixties et seventies, Guru Banana est le fruit de la collaboration entre le sieur Ferrario et un certain Andrea Fusari, qui a écrit la majorité des morceaux. D’emblée, ce qui frappe aux écoutilles, c’est l’aspect brut et direct soulignant une spontanéité, voire même une urgence palpable malgré la prédominance des midtempi. Ce parti pris sert grandement les deux comparses, aidés par un groupe sur certains morceaux, ajoutant une spontanéité et une fraîcheur bienvenues. Ancrant leur inspiration dans la charnière sixties-seventies, les deux comparses installent une pop un peu bricolée, construite comme certains albums solos de John Frusciante, fourre-tout d’obsessions musicales en tout genre, mais qui n’ou­blie jamais un ludisme de bon aloi.

Le spectre couvert étant assez important, on reconnaîtra l’une ou l’autre inflexion proches du Velvet Under­ground sur Bucky-bucky, un Elliot Mur­phy sur G. B. has lost his mind, voire des phrasés proches d’un Dylan. La symbiose entre les deux hommes fonctionne à merveille, comme le rappelle étrangement une photo où leur mimétisme physique s’étale au grand jour. Autres moments forts de la plaque : en ouverture, Cold water qui évoque The ballad of John [&] Yoko des Beatles ; le low-fi et prenant Neigh­bour à l’orgue insidieux ; sans oublier le floydien et néanmoins bref Like never before.

Autre sortie estampillée Pocket Hea­ven, l’Amplified nature du duo mixte Schonwald. Le douze pouces ravira les amateurs de vinyle, mais le label y a, judicieusement, inséré une version CD de l’album, de quoi contenter les mélomanes de tout bord. Schonwald peut être considéré comme un projet, car ses deux membres, Alessandra Gismondi et Luca Bandini, officient également au sein de Pitch, formation originaire d’Italie du Nord. 

Attiré par le minimalisme sous ses formes rock et électroniques, le duo applique ces contraintes de base en utilisant des boîtes à rythmes, des synthés noisy et des boucles programmées, éléments sur lesquels se déploie la voix lascive et versatile d’Allessandra Gismondi. Tour à tour susurrants, affirmés ou pialeux, son timbre et son phrasé nous transportent vers les contrées foulées par Kim Gordon de Sonic Youth ou encore Kazu Makino de Blonde Redhead, ces formations inspirant aussi la trame mélodique de certains morceaux comme One day soubrette ainsi que certains riffs de guitares et autres stridences héritées du noiserock new-yorkais.

Mais étrangement, la musique de Schonwald rappelle outre encore Suicide, mentors de toute musique à base de synthés trash, les Yeah Yeah Yeahs et les Kills, autre duo mixte flirtant avec un minimalisme de bon aloi, les Luxembourgeois de Minipli en plus mélodique, préférant s’atteler à écrire des titres solides plutôt que de tout miser sur des bricolages censés entretenir une excentricité vacillante, pêché mignon du fantasque trio local. À noter les deux versions du morceaux, Slow milk, la première basée sur un motif d’orgue tout en distorsion, pas très éloigné des premiers Stereolab est assez directe, voire pop, l’Airstrip1 version, nettement plus dark et obsédante se permet de flirter avec les moustaches de Giorgio Moroder et les sons acides fin 80’s. 

Avec ses deux sorties solides et variées, le label Pocket Heaven a maintenant pignon sur rue et nous dévoile une Italie bien éloignée des poncifs de ses exportations habituelles de sinistre mémoire comme Ramazotti, Zucchero et consorts.

Pour plus d’informations : www.myspace.com/heaveninmypocket, www.myspace.com/gurubanana1, www.myspace.com/schonwald. Signalons que Schonwald se produira ce 28 mars au D:qliq.

David André
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