Élections européennes

L’Europe de l’Est penche à l’ouest

d'Lëtzebuerger Land vom 31.05.2019

Rien de nouveau sur le front de l’est ? Pas vraiment. Les élections européennes du 26 mai ont été un révélateur des mouvements qui tissent l’Europe de l’Est. La majorité des Polonais, des Hongrois et des Tchèques restent attachés aux partis conservateurs et nationalistes qui ont fait leur fonds de commerce avec des discours antieuropéens. La bonne nouvelle dans ces pays de l’Europe centrale dits « groupe de Visegrad » est la baisse des mouvements extrémistes qui ont fait des scores très faibles. En Hongrie, les extrémistes de Jobbik ont reculé à neuf pour cent des suffrages. Même pourcentage en République tchèque du côté du parti d’extrême droite Liberté et démocratie directe (SPD). En Pologne une coalition d’extrême droite n’a même pas franchi le seuil des cinq pour cent nécessaires pour envoyer des députés au Parlement européen.

La grande surprise a eu lieu plus à l’est, en Roumanie où la jeunesse europhile a sanctionné la majorité sociale-démocrate qui contrôle le gouvernement et le parlement. « Plus de six millions de Roumains ont voté pour l’avenir de leur pays, a déclaré le président libéral Klaus Iohannis dès l’annonce des résultats. Ils ont donné une sévère leçon au

populisme, à la démagogie et aux discours antieuropéens. » Fin de partie pour Liviu Dragnea, 56 ans, président de la Chambre des députés. Lundi 28 mai il a été condamné par la Haute cour de cassation et de justice à trois ans et demi de prison ferme pour abus de pouvoir.

La défaite personnelle de M. Dragnea fait suite à la défaite de son Parti social-démocrate (PSD) aux élections européennes qui n’a obtenu que 23 pour cent des suffrages. Sous sa baguette la puissante machine politique héritée du Parti communiste roumain s’est grippée. En 2016 le PSD était arrivé au pouvoir avec un score de 46 pour cent, ce qui avait provoqué un tsunami sur l’échiquier politique roumain. Sa priorité avait été de blanchir le casier judiciaire de M. Dragnea en supprimant la loi qui interdit aux personnes condamnées par le code pénal d’occuper la fonction de Premier ministre.

Sa solution : limiter le pouvoir des magistrats, stopper la campagne anticorruption menée par les procureurs et procéder à une refonte de la législation pénale afin d’échapper à ses condamnations. Face à cette offensive contre la justice des centaines de milliers de Roumains sont allés manifester malgré une répression très dure de la part des forces de l’ordre. C’est la pression des jeunes Roumains pro-européens et des institutions européennes qui a empêché le PSD de mener son plan à bien. Le 26 mai, à l’occasion des élections européennes la première formation politique du pays a été balayée par un électorat jeune et europhile. Le PSD n’a obtenu que 23 pour cent des suffrages en deuxième position après le Parti national-libéral (PNL), 27 pour cent des suffrages, et suivi de près par l’USR-Plus, une alliance de jeunes partis europhiles qui ont remporté vingt pour cent des voix. « L’agenda de M. Dragnea n’avait plus aucun lien avec l’agenda de la Roumanie, affirme Dacian Ciolos, l’étoile montante de la jeune génération qui représente le mouvement USR-Plus. La Roumanie a besoin de se reconstruire. Notre priorité est de réparer ce que le PSD a détruit. »

M. Dragnea n’est pas au début de ses déboires avec la justice. En avril 2016 il avait été condamné à trois ans de prison avec sursis pour fraude électorale, et en novembre 2017 il était mis en examen pour avoir détourné 21 millions d’euros de fonds européens. Il sort donc perdant de sa confrontation avec la justice et laisse derrière lui un parti qui a perdu la moitié de ses électeurs. La Première ministre Viorica Dancila assurera la présidence du parti jusqu’au prochain congrès que le PSD est en train d’organiser. Quant à l’opposition de droite, elle exige des élections anticipées et se déclare prête à faire tomber le gouvernement social-démocrate en déposant une motion de censure.

Le président libéral Klaus Iohannis qui brigue un deuxième mandat à la fin de l’année renforce sa position sur l’échiquier politique. À l’occasion des élections européennes il a organisé un référendum sur la corruption. Plus de 81 pour cent des Roumains ont répondu « oui » à la question de savoir s’il fallait interdire aux hommes politiques condamnés pour corruption d’occuper une fonction publique. « C’est la Roumanie européenne qui sort gagnante de ce référendum a-t-il déclaré au lendemain du plébiscite. Maintenant on vit dans un pays où les voleurs et ceux qui commettent des infractions sont derrière les barreaux et non à la tête de l’État. » Un message qui pourrait toucher beaucoup d’oreilles en Europe de l’Est où les jeunes électeurs semblent pencher de plus en plus sur les valeurs de l’Ouest.

Mirel Bran
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