École d'intégration

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d'Lëtzebuerger Land du 30.11.2000

« Au fond, notre rapport ne contient pas vraiment de nouveauté révolutionnaire, affirma Agny Durdu (PDL), co-rapportrice avec Claude Wiseler, du débat d'orientation Pour une école d'intégration, mercredi à la Chambre des députés. Mais nous nous sommes donné la peine de consulter tous les partenaires de l'école, et si eux ne veulent pas de révolution, nous devons en tenir compte. » « Der Berg gebar eine Maus, » regretta pour sa part Robert Garcia (Verts), mais que lui et sa fraction voteraient néanmoins la motion déposée par Claude Wiseler (PCS) parce qu'elle contient des mesures concrètes1. Dans une motion adoptée à l'unanimité, Garcia invite pour sa part le gouvernement « à présenter dans les meilleurs délais à la Chambre un plan d'action structuré et un échéancier approximatif de la réalisation des différentes mesures. » 

Et la ministre de l'Éducation nationale, Anne Brasseur (PDL), de s'engager à faire évaluer les mesures préconisées par la Chambre des députés, et, sur cette base, à faire développer un plan d'application concret, suivi par un groupe de travail à créer. « Je veux que ce débat ait des suites ! » 

Autre mesure concrète : le ministère engagera un statisticien professionnel qui sera, selon le voeu de la ministre, envoyé en stage dans les services similaires des pays voisins afin d'acquérir la méthodologie spécifique en matière de statistiques scolaires. Car le matériel statistique actuellement disponible est trop rudimentaire pour l'exploiter et en déduire des hypothèses  un tant soit peu réalistes. En plus, Anne Brasseur annonça qu'elle était en train de finaliser un règlement grand-ducal qui confère au ministère le droit d'établir une banque de données nominatives, permettant de mettre en relation les différentes données . Actuellement, cela lui est défendu pour des raisons de protection des mineurs e.a.

Si le parlement discuta d'une école d'intégration2, il désigna par là avant tout l'intégration culturelle d'enfants allophones, mais non l'intégration d'enfants socialement défavorisés. Ainsi, une récente étude de l'institut de statistiques français Insee3 confirma que « les inégalités sociales devant l'école demeurent aujourd'hui fortes » et cela bien qu'elles aient diminué. Ainsi, si en moyenne quelque 63 pour cent des élèves entrés en sixième en 1989 en France obtinrent leur bac, ils étaient plus de 85 pour cent dans la catégorie socioprofessionnelle la plus élevée des cadres supérieurs, chefs d'entreprises etc., contre seulement 34 pour cent dans les familles de non-actifs. 

Cette défavorisation-là, Jos Scheuer (POSL) ne pouvait que l'ébaucher en des termes très généraux, se basant sur son son sentiment plutôt que sur des chiffres concrets. Anne Brasseur lui répondit que la discrimination sociale n'est pas une donnée qui doit forcément être liée à la nationalité de l'élève, mais que l'école doit en général essayer d'aider tous les élèves à s'en sortir. Ceci dit, cette question d'une autre égalité des chances fut à peine abordée dans ce débat.

En général, la motion votée va en direction d'une plus grande différenciation de l'enseignement, tout en s'attachant, et c'est le premier point, au moins symboliquement à l'unicité de l'école luxembourgeoise. Aussi, le principe du trilinguisme est-il maintenu (luxembourgeois, allemand et français) et l'importance du luxembourgeois en tant que vecteur de cohésion et d'intégration soulignée. Mais l'apprentissage de toutes ces langues - plus la langue maternelle de l'élève - devrait être facilité, différentes matières élaguées, plusieurs degrés de compétences différenciés, afin que les langues soient un facteur d'inclusion et non d'exclusion. La notion de première et deuxième langue sera introduite, le principe en est une exigence très forte dans une langue et des connaissances moindres dans plusieurs autres langues.

Les projets-pilotes d'une alphabétisation en français décidés par le gouvernement sont inclus dans le document - raison pour laquelle les socialistes se sont abstenus du vote - toutefois, la ministre dit ne pas vouloir en faire une « guerre de religion » mais rechercher simplement des voies pour faciliter l'accès à l'école unique à tous les élèves. 

Une nouvelle méthodologie de l'apprentissage des langues ira en direction de l'allemand comme langue étrangère. Le système d'évaluation sera lui aussi plus nuancé, incluant aussi bien une base d'éléments normatifs que des éléments formatifs, c'est-à-dire qui évaluent les compétences acquises durant le parcours de l'élève. 

Si le débat d'orientation, malgré le manque d'enthousiasme dans lequel il s'est déroulé, aboutissait à la réalisation de ces quelques timides avancées, il n'aura pas été complètement vain. 

1Ici, la motion adoptée mercredi avec 39 voix contre sept, et cinq abstentions, est disponible dans son intégralité 

2 Voir aussi « Por uma escola de intgração » d'Land 45/00 et en ligne.

3 Vous trouverez le document complet La réduction des inégalités sociales devant l'école depuis le début du siècle, par Claude Thélot et Louis-André Vallet, série Economie et Statistique n° 334 datant d'octobre 2000, sur le site de l'Insee : www.insee.fr

josée hansen
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