Tyran hilarant

d'Lëtzebuerger Land vom 25.05.2012

Les temps ne sont pas propices pour les dictateurs dans le monde. L’amiral général Aladeen (Sacha Baron Cohen) est confronté lui aussi à quelques problèmes. Car outre les sanctions et les appels ennuyeux de la communauté internationale à respecter les droits de l’Homme, on complote dans ses propres rangs contre l’autoproclamé leader suprême de la république de Wadiya. Lors d’un voyage à New York, où Aladeen a prévu d’insulter les États membres des Nations Unies, son oncle Tamir (Ben Kingsley) cherche à le tuer et faire signer une nouvelle constitution démocratique par une doublure d’Aladeen. Mais ce dernier échappe de justesse à l’assassinat et se fait cacher par la patronne d’une épicerie bio de Brooklyn (Anna Faris). À l’aide de ses nouveaux amis activistes, qui le prennent pour un des leurs, Aladeen tentera tout pour sauver son pays de la démocratie.

Après Ali G (2002), Borat (2006) et Brüno (2009), l’acteur/comique Sacha Baron Cohen endosse le costume d’un nouveau personnage pour s’en prendre aux despotes contemporains les plus notoires. Notamment les défunts Kim Jong-Il et Mouammar Kadhafi, qui prennent cher.

Des médailles à faire craquer l’uniforme fantaisiste, des lunettes de rockstar, des femmes de rêve, des voitures de sport et des ordres d’exécution qui fusent au moindre signe de résistance : pour sa nouvelle collaboration avec le réalisateur Larry Charles, Cohen, qui a également co-écrit le scénario, s’inspire des personnages les plus décadents de l’histoire récente.

The Dictator renonce au style mi-documentaire des films précédents, mais pas à l’humour extrême et efficace qui a rendu Cohen mondialement célèbre. Misogynie, mégalomanie et culte de la personnalité sont détournés jusqu’à l’extrême.

Rappelant la visite pompeuse de Kadhafi à Paris, Aladeen fait ainsi son entrée à New York avec une parade d’éléphants et un bataillon de gardes du corps féminins. Le scénario, dont le schéma du voyage initiatique accompagné d’une amourette est quasi identique à Brüno et Borat, ne réserve pas de revirements surprenants, mais surtout une panoplie de détails et de gags hilarants, que ce soit dans les décors, les accessoires ou les dialogues.

Succès oblige, Cohen peut entre-temps s’assurer le support de co-stars comme Sir Ben Kingsley et des caméos de John C. Riley ou Megan Fox, qui, dans son propre personnage, passe une nuit avec Aladeen avant de partir pour l’Italie rejoindre son Premier ministre.

Avec ces quelques égarements dans l’humour cracra, The Dictator ne vole peut-être pas toujours très haut. Pourtant, on ne peut renier le talent de Sacha Baron Cohen à détecter et détourner le ridicule, du côté des dictateurs, mais aussi ailleurs.

Pour un avant-goût du dictateur, on ne peut que recommander une des ses nombreuses interviews lors desquelles il a entre autre affirmé que le Titanic a été coulé par les Israéliens ou le site officiel de la Répuplique de Wadiya www.republicofwadiya.com, qui fait aussi partie de cette énorme campagne de marketing dont Cohen et son équipe sont entre-temps devenus les grands spécialistes.

Julien Davrainville
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