Patricia Engel

Fraîcheur colorée

d'Lëtzebuerger Land du 09.06.2011

Peu de personnes ont cette joie de vivre et cette assurance qui caractérisent Patricia Engel. Quand on la rencontre pour la première fois, c’est son sourire et sa vitalité qui étonnent et quand elle raconte son parcours, la surprise est encore plus grande. Elle a en effet traversé divers pays, embrassé plusieurs métiers, rencontré les personnes les plus variées avant de revenir se poser dans son Luxembourg natal. « Depuis longtemps, je sais ce que je veux et ce que je vaux », affirme-t-elle. Il faut dire qu’à l’adolescence déjà, Patricia avait quitté sa famille et avait choisi de vivre à l’hôtel en cumulant un boulot de serveuse à ses études au lycée. Du caractère, de la volonté, elle en a à revendre. De la personnalité aussi : « Je n’ai jamais été comme les autres, je me faisais déjà remarquer par les profs comme une originale ».

Rêvant de soleil et de paillette, la jeune femme part vivre en Californie où elle espère devenir actrice. Déçue de dépendre du désir des autres, Patricia Engel ne reste pas longtemps dans ce milieu. Elle découvre ce que la région offre de mieux : la nature et ses produits. Elle se passionne pour l’homéopathie, les remèdes naturels, les plantes qui font du bien et décide de tout plaquer pour vivre en harmonie avec la nature. « J’avais un petit chien, George, que j’ai toujours, j’ai vendu ce que j’avais et je suis partie vivre avec les Indiens au Nouveau-Mexique », raconte-t-elle dans un éclat de rire. C’est ainsi qu’elle apprend à reconnaître les traces d’animaux, leurs cris et les dangers qu’ils représentent, qu’elle découvre comment se nourrir de presque rien, comment établir un campement et se protéger la nuit. Elle passera ainsi huit mois dans le désert, avec son chien comme seule compagnie et un cactus comme essentielle nourriture. De retour à la « civilisation », elle mettra cette expérience à profit en organisant des cours et stages de survie pour bobos en mal de sensation. Ces clients étaient des personnes, surtout des femmes, qui, à la quarantaine, voyaient leur vie filer sans s’être accompli et écouté. L’aventure d’une dizaine de jours que Patricia leur proposait était assez radicale et changeait généralement leur vie: « le processus est le même pour tous, après quelques jours de baisse de moral dû à la faim et la fatigue, le corps s’adapte et recouvre la forme autour du 6e ou 7e jour », nous dit la spécialiste.

C’est aussi en Californie qu’elle va exploiter pendant sept ans un bar à jus comme celui qu’elle a désormais ouvert à Luxembourg. Après un passage à Malte, où elle découvre les bienfaits de l’aloe vera, elle revient au grand-duché en 2009. Dans son petit établissement du Boulevard Royal, heureusement nommé Juice-a-liscious, Patricia Engel propose des dizaines de jus de fruits et de légumes d’une fraîcheur incomparable. Chaque jour, un panneau annonce la liste des ingrédients disponibles et les clients sont libres de commander le mélange de leur choix. Mais la plupart préfèrent se laisser guider par la maîtresse des lieux qui connaît des recettes originales et trouve toujours ce qui nous fera le plus grand bien. « Impossible ici d’avoir un jus d’orange » ironise-t-elle en préférant proposer un mélange d’agrumes pimenté de gingembre fraîchement râpé. On choisit aussi une taille de verre et on n’ajoute surtout pas de glaçons pour ne pas travestir le goût ni tromper sur la quantité. Dans son restaurant très coloré – vert, jaune, orange et rose rivalisent sur les murs comme sur le tablier de Patricia – elle propose aussi en été des salades et des tartines alors qu’en hiver, les soupes et les plats végétariens s’affichent sur les nombreux tableaux. On peut aussi découvrir le filet d’autruche « made in Luxembourg », une viande très pauvre en graisse et en cholestérol.

Avec des produits de qualité, dont elle connaît toujours la provenance, Patricia veut « simplement faire du bien, apporter du bonheur ». Elle se réjouit chaque jour de venir travailler dans un « endroit qui sent bon » et veut que ses clients se sentent bien. Elle donne à chacun des conseils pour mieux vivre, avoir de l’énergie, se poser les bonnes questions. Pour cette femme à l’optimisme sans faille, « il n’y a pas de problème, mais que des solutions ». Une joie de vivre communicative qu’elle espère pouvoir développer en mettant en place un établissement original où elle proposerait ses spécialités de nourriture saine ainsi que des soins aux plantes (bains aromatiques, massages…) pour lesquels elle est en train de se former. Toujours un défi en tête, Patricia Engel ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

Jade Fairbanks
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