Chronique Internet

2,4 pour cent des jeunes Allemands sont accros du Net

d'Lëtzebuerger Land vom 25.05.2012

Plus d’un demi-million de personnes en Allemagne ont développé une sorte de dépendance pathologique à l’égard d’Internet, selon Mechthild Dyckmans, en charge d’une mission de lutte contre l’addiction auprès du gouvernement fédéral. Les 560 000 personnes qui ont ce comportement jugé à risque représentent un pour cent de la population considérée, les quatorze à 64 ans. En raison notamment du succès des jeux en ligne, mais surtout à cause des réseaux sociaux, les jeunes de quatorze à 24 ans sont nettement plus exposés que le reste de la population, avec 2,4 pour cent d’entre eux qui sont classés comme dépendants et 13,6 pour cent comme « utilisateurs problématiques ».

Les chiffres de Mechthild Dyckmans sont issus d’une étude menée à l’initiative du ministère de la santé au cours de laquelle 14 000 personnes ont été consultées par téléphone entre novembre 2010 et février 2011. Les résultats de cette étude, présentée en septembre 2011 sous le titre Prävalenz der Internetabhängigkeit abrégé en Pinta, montrent une assez nette différence entre jeunes filles, qui se tournent surtout vers les réseaux sociaux, rarement vers les jeux en ligne (sept pour cent seulement), et les jeunes hommes, nombreux à tomber dans les rets des jeux en ligne (33,6 pour cent) et des réseaux spécifiquement associés à ces jeux. Les réseaux sociaux représentent 64,8 pour cent des cas d’addiction recensés chez les jeunes hommes.

Ces résultats ont d’autant plus consterné les responsables de la santé publique en République fédérale que les jeunes Allemands présente par ailleurs des taux remarquablement bas pour la plupart des autres addictions, notamment tabac et drogues. Les accros du Net, des gens « qui ne vivent presque plus que dans le monde virtuel d’Internet » et y passent plusieurs heures par jour, ont des symptômes de manque lorsqu’ils ne sont pas en ligne : mauvaise humeur, angoisse, irritabilité ou ennui. Ils ont du mal à se concentrer, sont plus négligents et moins précis que d’autres dans leur vie offline.

Mechthild Dyckmans a annoncé cette semaine qu’elle compte présenter d’ici l’été une série de mesures pour endiguer le phénomène. Mais en pratique, à part proclamer les résultats de l’étude Pinta, ses moyens d’action sont évidemment limitées. Comme les machines à sous sont aussi dans son collimateur, elle compte faire adopter rapidement une limitation du nombre de ces machines installées dans les cafés, à moins des trois actuellement admises. Théoriquement, les mineurs ne sont pas censés s’en servir, mais en pratique ils y ont accès librement.

Pour ce qui est des situations de dépendance aux réseaux sociaux et jeux en ligne, la chargée de mission compte sans doute sur les parents des enfants et adolescents concernés, peut-être aussi, dans le cas des adultes atteints, sur les collègues de travail : savoir reconnaître la dépendance au Net et le complexe de symptômes spécifiques à cette addiction est primordial. Heureusement, à part la mesure sur les machines à sous, les autorités allemandes ne semblent pas envisager de mesures réglementaires pour endiguer le phénomène.

Certains feront valoir qu’il est fallacieux de parler de dépendance pour les jeux en ligne et les réseaux sociaux, et qu’il s’agit de la transposition à Internet de perceptions venues du monde de l’alcool, des drogues et des jeux d’argent. Tout au plus, diront-ils, s’agit-il de phases d’utilisation excessive eu égard aux obligations de la vie « civile ». L’étude Pinta montre cependant que pour une partie des personnes concernées, il n’est pas vain de parler de véritable dépendance, avec des conséquences non négligeables pour la santé, notamment du fait du manque de sommeil, et des problèmes comportementaux qui peuvent certes préexister et être amplifiés par ces phénomènes addictifs, mais qui n’en sont pas moins fortement pénalisants.

Jean Lasar
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