Formation pédagogique au Centre universitaire

Entre gris clair et gris foncé

d'Lëtzebuerger Land du 25.01.2001

Alors que la troisième promotion de 119 stagiaires a entamé sa formation pédagogique - nouvelle version - en janvier, nous revenons avec Guy Poos, l'administrateur du département de formation pédagogique au Centre universitaire, sur cette réforme.

 

d'Lëtzebuerger Land : Lors de sa mise en oeuvre en 1999, les syndicats notamment craignirent une réforme prématurée, pas suffisamment préparée. Et il semblait effectivement que la réforme du stage pédagogique fut quelque peu forcée par la ministre... 

Guy Poos : La réforme avait été préparée de longue date et le ministère nous avait fourni un cadre approprié. Le moment était venu de la mettre en oeuvre. Les difficultés d'organisation et de gestion se seraient probablement posées de la même manière une année plus tard. Vous savez, le nouveau stage implique presque mille personnes, entre les stagiaires, les tuteurs, les formateurs, les coordinateurs (de module ou de discipline), les directeurs des lycées et nous. Il est normal que la mise en place et le roulement parfait d'une telle structure prennent un peu de temps. Cette année, nous devons organiser des cours de formation pour quelque 250 stagiaires des deux promotions issus de 27 disciplines différentes et qui assurent en plus des cours d'enseignement dans les lycées le matin... C'est une organisation énorme et très complexe.

Au début, il nous a fallu nous battre pour avoir les budgets nécessaires et pour obtenir les bureaux et salles de réunions dont nous avions besoin, mais avec l'engagement et les heures supplémentaires de tout le monde, nous avons néanmoins réussi à assurer un fonctionnement à peu près normal. L'innovation dans l'éducation nationale est toujours difficile à réaliser, les gens sont désorientés lorsque leurs repères changent, c'est compréhensible. Mais la première promotion a néanmoins relativement bien fonctionné, ce que je considère comme une réussite.

 

Or, au fur et à mesure que le stage avance apparaissent des situations qui semblent inattendues. Je pense par exemple aux cinq stagiaires qui n'ont pas réussi à passer leur soutenance en juin dernier (voir d'Land 41/00)... Est-ce que ces détails n'auraient pas pu être prévus d'avance ? 

En ce qui concerne ces échecs à la soutenance dont vous parlez, nous n'étions pas du tout pris de court, les solutions retenues que sont les parcours personnalisés pour les stagiaires en question sont expressément prévues dans nos règlements. Il ne restait qu'une question de terminologie à régler. Mais les syndicats essayaient de faire pression pour qu'on laisse passer tout le monde, uniquement parce qu'il s'agissait de la première promotion. Or, contrairement à ce qu'ils nous reprochaient, nous n'avons jamais navigué à vue mais suivons toujours notre ligne, celle de combiner bagage théorique et formation pratique, telle qu'elle est définie par les règlements et le cahier des charges qui nous lient au ministère de l'Enseignement supérieur. 

Un autre exemple : les enseignants-stagiaires sont maintenant censés être accueillis dans deux lycées différents, une fois par un tuteur d'accompagnement, où ils donnent des cours eux-mêmes, et une fois par un tuteur d'accueil, où ils assistent aux cours de leur tuteur. Cela implique un travail de gestion énorme de notre part et occasionna, au début, un certain nombre de réticences sur le terrain, mais je crois qu'aujourd'hui, tous les intervenants sont extrêmement satisfaits des résultats. De cette façon, ils découvrent plusieurs systèmes de fonctionnement d'un lycée.

 

Justement, la première promotion, qui a débuté sa formation pédagogique en janvier 1999, vous a quitté en juillet 2000 mais n'a pas terminé sa formation pour autant... 

Après avoir obtenu le diplôme de formation pédagogique, ils accèdent, à la rentrée de septembre, à la « période probatoire » durant laquelle ils enseignent seize heures par semaine. Par la suite, un poste leur est garanti - ce qui est d'ailleurs le cas pour tous les stagiaires à partir de leur recrutement en première année de formation. Dès lors, ils portent le titre de « candidats » et disposent de 18 mois pour préparer un « travail de candidature ». Les échos que je reçois aujourd'hui de ces candidats sont globalement positifs. Maintenant, tout le monde estime que ce nouveau stage est meilleur.

 

Le lancement du nouveau stage s'est fait à un moment de grands changements : le statut d'autonomie du Centre universitaire instauré par la loi de 1996 n'était pas encore entièrement achevé et en plus, quelques mois après le début de la réforme, l'Éducation nationale fut scindée en deux - le ministère de l'Éducation nationale, de la formation professionnelle et des sports (Menfps) d'une part et celui de la Culture, de l'enseignement supérieur et de la recherche (MCESR) d'autre part - qui interviennent tous les deux dans le stage, le premier en tant qu'employeur, le deuxième en tant que responsable de la formation. Est-ce que cela a compliqué la gestion du stage ? Les stagiaires se plaignent aussi d'un manque de communication entre les différents intervenants...

C'était effectivement un cadre dans lequel nos débuts furent relativement difficiles, rien que par l'instauration de ce qui constitue quasiment un tout nouveau département. À cela s'ajoutaient les difficultés de mise en place du nouveau statut d'autonomie du Centre universitaire, cela faisait beaucoup de changements en même temps. Par contre, la division du ministère ne me semble pas avoir créé de difficultés, parce que les gens qui gèrent le dossier du stage sont restés les mêmes, ils ont simplement changé d'adresse ; nous nous voyons toujours à intervalles réguliers pour discuter du stage et des stagiaires. 

Nous dépendons directement du ministère de l'Enseignement supérieur, auquel nous sommes liés par une convention avec un cahier des charges qui définit nos missions. Le ministère a défini le cadre politique et nous, institut de formation, nous l'exécutons. Nous formons les futurs enseignants pour le compte du ministère de l'Éducation nationale, qui recrute les stagiaires et nous les envoie. D'ailleurs nous sommes le seul département à ne pas choisir nous-mêmes nos étudiants. Dans la gestion quotidienne, le Menfps intervient surtout par le biais des collèges de directeurs, qui sont les employeurs directs des stagiaires et mettent à disposition les tuteurs qui les accueillent dans leurs classes et les assistent sur le terrain.

Pour moi, les stagiaires suivent avant tout une formation pédagogique chez nous, et dans ce cadre donnent aussi des cours dans les lycées. Certains le voient autrement et estiment que les stagiaires sont avant tout des enseignants, qui suivent parallèlement des cours au Centre universitaire. Cela dépend toujours un peu d'où on se positionne. 

 

Et nous voilà à une autre plainte des stagiaires, formulée dans une lettre ouverte publiée dans le mensuel forum (n° 201 de juin 2000) : ils s'y plaignaient qu'ils « croulaient » véritablement sous le travail, entre les 450 heures de cours théoriques à suivre en cinq trimestres chez vous et les cours à préparer pour les donner eux-mêmes dans les lycées... Est-ce que les stagiaires ne sont pas réellement surchargés dans cette formation ? 

C'est une question qui s'est toujours posée concernant la formation pédagogique : y a-t-il surcharge ? Et si oui, quelle est son envergure ? Durant les deux premiers trimestres, le stagiaire doit assurer six leçons de cours et assister à seize « leçons » de formation par semaine ; durant les trois trimestres suivants, il doit donner douze leçons de cours lui-même et suivre dix « leçons » de formation. En comptant que chaque leçon et chaque cours à préparer nécessite au moins une heure de préparation, il est clair que cette formation, comme toute formation universitaire, demande un investissement en temps à la hauteur de ses exigences.

Pour beaucoup de stagiaires, cela est très lourd, mais je considère qu'un nouveau métier demande toujours plus d'engagement au début. Puis, avec le temps, on trouve un certain rythme. Nous demandons aux directeurs de lycée de placer toutes les heures de cours des stagiaires avant midi, les après-midi étant réservés à la formation. Mais malheureusement, il s'est avéré que cela n'est pas toujours possible. En fait, leur statut n'est pas toujours facile, à la charnière entre la formation et le monde du travail. Mais en général, je crois que la charge de travail n'est pas insurmontable.

 

Les stagiaires et les syndicats pourtant avaient une solution pour cette surcharge : éradiquer les cours un peu trop théoriques, qui ne leur apportaient pas de bagage consistant pour leur métier... La première promotion estimait qu'il y avait beaucoup de cours superflus. 

C'est effectivement une critique que nous avons beaucoup entendue. Mais ce n'est pas une critique spécifique au Cunlux, on l'entend dans tous les instituts de formation à travers l'Europe. Or, il est essentiel d'établir un dénominateur commun sur lequel tous les stagiaires se retrouvent. 

Vous savez, nos stagiaires reviennent de formations d'au moins quatre pays différents, nous formons des enseignants pour 27 disciplines, des mathématiques à l'horticulture, et qui se destinent à enseigner dans un lycée technique ou classique dans des grades différents. Il est donc essentiel qu'on arrive d'abord à ce que tout le monde parle la même langue et comprenne le même vocabulaire. 

Tout dépend aussi de la définition qu'on donne du mot théorie. Selon mon approche, elle commence dès le moment où on discute de problèmes pratiques, comment organiser un cours etc. L'idée principale est que toute théorie doit avoir une application pratique. Les stagiaires veulent connaître quelques recettes faciles pour organiser leurs cours. Or, c'est exactement ce que nous voulons éviter ; nous voulons au contraire leur apprendre une approche réflexive générale qui leur permette de résoudre eux-mêmes les problèmes pratiques qu'ils pourront rencontrer dans l'exercice futur de leur métier. Pour cela, la théorie est un background essentiel, une base pédagogique vitale.

 

Qu'en est-il de la formation des formateurs ? L'ancien stage était toujours encadré par des enseignants du secondaire ; durant les discussions sur sa réforme, les syndicats demandaient que les futurs formateurs soient mieux préparés à leur mission. Comment les avez-vous formés ? Et selon quels critères avez-vous choisi les spécialistes étrangers qui complètent le pool des formateurs ?

Pour moi, la principale force de ce stage est que parallèlement à la formation initiale pour enseignants-stagiaires, il fait fonction de formation continue pour les tuteurs. Car les enseignants qui accueillent un stagiaire dans leur classe sont tenus à assister à un certain nombre de formations chez nous, ce qui leur permet d'acquérir de nouveaux instruments pédagogiques par cet échange. Nous sommes en train d'établir un cadre pour cette formation, qui implique quelque 600 de ces formateurs au sens large ; ce cadre, qui sera prêt pour la prochaine rentrée, nous permettra de définir les objectifs et les besoins d'une telle formation continue. 

En ce qui concerne les formateurs et coordinateurs qui interviennent chez nous, il est effectivement toujours difficile de trouver un équilibre entre enseignants du secondaire luxembourgeois, qui connaissent le terrain, et experts en pédagogie externes. Les échanges réguliers entre coordinateurs de discipline, formateurs et tuteurs par exemple, font partie intégrante de la formation. Nous tenons toujours à ce que le lien entre théorie et pratique soit sauvegardé. 

 

Et quels sont le rôle et les droits des stagiaires dans tout cela ? À quel degré les écoutez-vous ? Ceux de la première promotion avaient visiblement l'impression d'être « infantilisés », de ne guère avoir de voix dans l'organisation et le perfectionnement du stage... Pourquoi est-ce ainsi ?

Ce n'est pas tout à fait vrai : nous avons des réunions mensuelles avec la délégation des stagiaires et en plus je tiens à m'entretenir avec des étudiants de chaque discipline pour avoir des échos directs. Il est évident que, dans un projet d'une telle envergure, les stagiaires sont au centre de nos préoccupations, l'objectif de la formation étant de les préparer à leur métier d'enseignants de demain. Mais nous ne pouvons pas donner suite à toutes leurs revendications. Par exemple, nous ne pouvons pas simplement licencier les formateurs qui ne leur conviennent pas. Nous les écoutons, mais il faut aussi parfois prendre des décisions. Et pour cela, les choses ne sont jamais ni entièrement blanches ni entièrement noires.

 

Vous trouverez tous les articles du Land sur le sujet sur www.land.lu, dossier Éducation 

 

 

josée hansen
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