Cinéma

Abracadabrantesque Allen

d'Lëtzebuerger Land vom 15.08.2014

Le facteur est passé, on a reçu une nouvelle carte postale de Woody Allen ! Cette année, après l’Espagne, Paris ou Rome, le cinéaste, qui fêtera ses 80 ans l’an prochain, a choisi la douceur de la French Riviera pour se reposer. Il en a profité pour filmer Colin Firth et Emma Stone en costumes d’époque, qui discutent en regardant la mer. Parfois aussi, ils s’agitent dans une grande maison, avec un peu de monde autour. Des dames en toilettes élégantes se mettent devant la caméra et écoutent des messieurs distingués tenir des propos misogynes. Parfois, un mouvement, aussi audacieux qu’un travelling avant, vient amorcer la tension de l’intrigue : appelé à la rescousse par son confrère (Simon McBurney), un magicien brillant (Firth) arrive dans une propriété familiale pour démasquer une médium autoproclamée (Stone) et son imprésario de mère (Marcia Gay Harden). Les deux femmes se sont attirées les faveurs de la mère (Jacki Weaver) et du fils (Hamish Linklater) en même temps que la méfiance de la fille (Erica Leehrsen). Stanley, le prestidigitateur estimé, après avoir opposé une vaine résistance, voit sa rationalité mise à mal et doit bien admettre que la jeune femme possède un véritable don.

Vacances provençales pour Woody Allen, dont Magic in the Moonlight est le 47e long-métrage en 48 ans de carrière, qui semble fasciné par le romantisme de ses paysages et peu par son intrigue, simple prétexte à l’exercice de la direction d’acteurs. Rien à redire évidemment sur ce point, du flegme de Colin Firth aux petites moues d’Emma Stone, le petit monde d’Allen est comme à son habitude, toujours juste. Et tout aussi bavard. Mais ici, ce ne sont plus des dialogues qui semblent sortir de leurs bouches, mais bien des logorrhées aussi soporifiques que répétitives. Si quelques piques font leur effet sur les inconditionnels, on regrettera les prises de consciences redontantes du pauvre Stanley, qui voit sa rationalité lui échapper, puis revenir, puis...

Cette incontinence verbale, dont Woody Allen est atteint depuis le début de sa carrière, manque ici singulièrement de charme tant il ne prend plus la peine de les mettre en scène. Assieds-toi et parle, a-t-il probablement ordonné à ses comédiens, alors que Darius Khondji, son chef-opérateur, semble, lui, avoir reçu la consigne de faire des belles lumières... et de ne plus bouger. Loin des villes, Allen reste assis à s’écouter parler. Difficile de trouver une quelconque surprise, tout au moins une information, dans cette succession de champs / contre-champs et ces cadres rigides.

Si la magie est un thème qui revient souvent dans les dernières œuvres du réalisateur (Scoop, 2006 et plus récemment Midnight in Paris, 2011), elle n’est ici que le symbole de ses manœuvres : de la poudre aux yeux pour briller. Mais on commence à connaitre les ficelles.

Marylène Andrin
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