Cinéma

On n’en fait plus, des comme ça !

d'Lëtzebuerger Land du 15.08.2014

Au cours de trente années de carrière, Luc Besson est devenu un des poids lourds du cinéma européen en tant que producteur et réalisateur. Sa filmographie dans ses deux fonctions couvre une large gamme de longs-métrages allant du drame historique au film d’action, avec un accueil critique et public tout aussi mitigé.

Lucy s’inscrit dans ce dernier genre et raconte l’histoire d’une étudiante américaine à Taipei qui est forcée à transporter dans son corps une grande quantité d’une nouvelle drogue synthétique vers Paris. Mais lorsqu’un des hommes du caïd coréen, qui l’a enrôlée malgré elle, la frappe à coups de pied dans le ventre, le sachet s’ouvre et relâche le mystérieux produit dans son organisme. La jeune femme est désormais capable d’accéder à des capacités de son cerveau qu’aucun humain n’a jamais pu atteindre et se transforme en machine à tuer dotée de superpouvoirs qui se retourne contre les trafiquants.

Ceux qui flairent déjà le navet d’après le synopsis ne se trompent malheureusement pas. Malgré sa distribution haut de gamme avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman et la vedette asiatique Choi Min-sik (Oldboy, 2003 ; I saw the Devil, 2010), Lucy est tellement bourré des clichés et de bonnes intentions que l’on bascule rapidement dans le ridicule. L’idée de donner un fond scientifique, voire même philosophique par un montage alterné entre le combat de Lucy, des leçons du professeur Norman (Morgan Freeman) et des images illustrant l’évolution devient à force un exercice lourdingue mis en scène avec un schématisme ennuyeux.

Si certaines lignes de dialogue témoignent d’une véritable recherche scientifique, d’autres comme : « Un et un n’ont jamais fait deux ! » nous rappellent forcément quelques interviews légendaires de l’acteur Jean-Claude Van Damme. Au vu du genre de film, on est prêt à accepter certaines conventions et à faire des concessions sur le réalisme. Mais lorsque des dizaines de malfrats, tous habillés en costume noir, déchargent tranquillement un arsenal impressionnant d’armes automatiques à quelques mètres d’une armada policière, appelée en renfort sur la même fusillade, on se sent pourtant à mille lieues de films d’action comme la saga des Bourne Identity, cherchant toujours à introduire un brin de réalisme là où l’intrigue le permet. Les personnages de Lucy sont purement fonctionnels et sans aucun fond. Le comble au niveau scénaristique est probablement celui du capitaine Pierre Del Rio (Amr Waked) de la PJ française, qui sert à alerter ses collègues de l’arrivée de mules dans d’autres capitales européennes et de protéger Lucy pendant le showdown. Entre ces deux moments, son rôle est largement réduit à celui d’un spectateur, alors qu’il accompagne pourtant l’héroïne pendant tout son périple parisien. Au lieu de trouver une autre solution dans l’écriture, le réalisateur/scénariste lui confère cette ligne : « Je ne suis pas sûr de pouvoir vous être d’une grande aide » et ne fait que confirmer, sans ironie perceptible, l’aspect bancal de l’intrigue.

Les acteurs font de leur mieux pour interpréter les quelques stéréotypes auxquels il sont réduits, mais n’arrivent pas à effacer l’anachronisme de ce mélange d’action et de science-fiction, qui semble avoir au moins une génération de retard au niveau du scénario et de la mise en scène.

Fränk Grotz
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